« Mediavu »

Dans les bureaux de Mediapart
Le site payant d’Edwy Plenel poursuit ses expérimentations en ligne.
Inauguré il y a tout juste six mois Mediapart se lance vendredi 19
septembre dans le marché de la photographie, associant son savoir-faire
journalistique au prestige de l’agence Vu. Résultat : Mediavu, ou
comment récolter des fonds en défendant le photojournalisme, première
victime de la course à l’argent…


"Mediapart est un laboratoire…"
Après six mois d’existence sur la toile, Edwy Plenel rappelle que le site payant d’information qu’il a lancé au printemps dernier n’est pas figé, bien au contraire. Preuve en est le projet de partenariat Mediavu, dernière innovation de ce labo de l’info en ligne qui s’associe à l’agence Vu, un des plus prestigieux viviers de photographes indépendants en France.
Jusqu’ici, Mediapart ne proposait que très peu d’images : "Photographies et diaporamas sont le fruit de travaux au coup par coup avec des photographes professionnels", explique François Bonnet, directeur éditorial. Avec Mediavu, le site augmente sa publication d’images et, surtout, s’ouvre à la vente… "Mais attention, précise François Bonnet, on ne devient pas un magasin d’images !" Alors Mediavu, comment ça marche ?

Mode d’emploi et règle du jeu

Chaque vendredi à 13h, les visiteurs de Mediapart pourront profiter d’une nouvelle fonctionnalité : Sur la page d’accueil en accès libre, un onglet proposera un portfolio d’un photographe de l’agence Vu qui pourra être feuilleté par tous, "comme on tourne les pages d’un livre" précise Edwy Plenel, aimant à rappeler que l’ergonomie de Mediapart n’est jamais cloisonnée dans l’univers analogique. Chaque portfolio contiendra 12 à 20 images suivies d’un court texte de présentation de l’auteur et du contexte du reportage.
Ainsi dès vendredi prochain, on pourra parcourir les clichés d’Abdul Munem Wasif, lauréat du prix du Jeune Reporter de Visa pour l’Image 2008. Mais pour acheter, il faudra être abonné… Riche de ce privilège on pourra alors se lancer dans une véritable course à l’achat dont on ne connaît encore que les grandes lignes. "On ne veut pas dévoiler le parcours d’achat car il a un aspect ludique que chacun pourra découvrir", s’amusent les concepteurs du système. Les règles du jeu sont cependant déjà bien établies : Toutes les photos qui composent les portfolios font l’objet de tirages de collection en série limitée à 15 exemplaires, chaque tirage étant accompagné de son certificat d’authenticité signé par l’auteur. Le premier tirage sera vendu au prix de 350 euros. Dès qu’il est vendu, le tirage suivant verra sa valeur augmenter de 10 % (385 euros), de même pour le suivant… et ainsi de suite jusqu’à épuisement du portfolio.

Quand les lignes éditoriale et économique se rejoignent

"C’est une nouvelle façon d’acheter qui va attirer de nouveaux acheteurs
, explique Edwy Plenel, les lecteurs de Mediapart partagent des centres d’intérêts autours d’une communauté éditoriale, ce ne sont pas forcément ceux qui visitent les galeries de photographies." "Il existe encore une "petite muraille" entre le photojournalisme et la photo d’art, poursuit Eric Larrouil, directeur général de l’agence Vu. Avec Mediavu, on accède directement à des images de qualité qui ont une valeur artistique et marchande." D’ailleurs, le système de partage des recettes est lui-même calqué sur celui des galeries d’art : 35 % pour l’artiste, 35 % pour le galeriste et 30 % pour Mediapart qui joue ici le rôle d’ "intermédiaire" comme le font certains lieux d’exposition.
Pour Edwy Plenel, Mediavu est le reflet de la cohérence entre une ligne économique et une ligne éditoriale. Il s’agit bien entendu de récolter des fonds mais aussi de soutenir une forme de journalisme aujourd’hui "souvent malmenée et dévaluée par la presse en crise et les sites publicitaires." Proposant les travaux de l’agence Vu, Mediapart réaffirme ainsi sa position clairement en opposition aux sites d’info en continu – ou "sites de flux" – qui publient des avalanches d’images informatives ou illustratives. Une ligne autoproclamée indépendante que son créateur entend poursuivre très prochainement avec la vidéo et le documentaire. Des discussions avec Dailymotion seraient déjà en cours.


Daphné Kauffmann



Le site Mediapart


Le site de l’agence Vu