Le journaliste et le lobbyiste : comment éviter les conflits d’intérêts ?

 Environnement, écologie, santé, alimentation, technologies… Le lobbyisme est présent dans tous les domaines de notre société. Comme les hommes politiques, les journalistes sont soumis au lobbying. Cet atelier propose de mieux comprendre les réalités du lobbying pour mieux l’appréhender. Tour d’horizon des dispositifs pour retrouver le contrôle.

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Comment dans leurs pratiques, les journalistes peuvent-ils être plus attentifs aux pratiques des lobbies ? L’objectif de cet atelier professionnel est de mieux comprendre les réalités du lobbying. Comment s’organisent-ils ? Sous quels contrôles ? En quoi le lobbying peut-il être utile pour le travail des journalistes ?

Un tour d’horizon des dispositifs et des outils mis à la disposition des journalistes est nécessaire pour prendre en compte les réalités du lobbying, à l’échelle locale et internationale. A partir de travaux de décryptage sur l’intervention de lobbies, il est possible d’analyser l’attitude des médias. Ont-ils été manipulés et de quelles façons cela est-il possible ? 
Qu’en résulte-t-il dans l’esprit du public ? 

 

L’atelier était introduit par Romain Hugon, délégué de l’Union des clubs de la presse de France et francophones pour les Assises et animé par Aurore Gorius, journaliste indépendante. 

 

Intervenants

Nicolas Bouvier, Directeur général France APCO Worldwide Internationalvice-président de l’AFCL (Association Française des Conseils en Lobbying) et responsable de la commission déontologie. 

Clémentine Forissier, rédactrice en chef de Contexte

Stéphane Foucart, journaliste au Monde

– Emmanuelle Garault, présidente de l’association BASE

Daniel Lebègue, Président de l’Institut Français des Administrateurs et Transparency International France, Président du comité d’éthique et de déontologie du Monde.

 

L’intégralité de l’atelier à réécouter ci-dessous : 

 

POUR ALLER PLUS LOIN : 

  • Comment les journalistes peuvent-ils résister à l’influence ?

Les 5 grands enseignements de l’atelier sur les lobbies (par Romain Hugon) 

A la définition proposée du lobby comme une mise en communication orale ou écrite auprès des décideurs publics pour faire valoir des intérêts privés, il faut ajouter la notion des méthodes utilisées car c’est dans l’examen de celles-ci que résident les principales préoccupations des journalistes.

Ainsi en va-t-il de l’intervention de grands groupes industriels qui cherchent à instrumentaliser la science. Des chercheurs individuels comme des institutions établies perçoivent ainsi des fonds pas forcément pour produire des contre-vérités scientifiques mais pour se pencher sur des sujets qui correspondent à l’intérêt des financeurs. Il s’agit parfois de brouiller les pistes, d’alimenter de faux-débats ou de créer du doute sur des résultats quasi-certains mais dérangeants pour les intérêts des lobbies concernés.

Pour contourner la manipulation, il incombe au journaliste de décrypter ces stratégies, d’interroger la parole des experts. Ce travail d’investigation réclame du temps et des moyens que la plupart des médias ont tendance à refuser à leurs journalistes. Il implique aussi de sortir de l’individualisme professionnelle pour un travail collectif de rédaction entre spécialistes et généralistes sans oublier l’apport potentiel des compétences du public.

Le lobby peut-être considéré comme un élément de la discussion démocratique mais cela nécessite un devoir de transparence du lobbyiste mais aussi du journaliste confronté à différentes pratiques comme les voyages de presse organisés par une entreprise ou une institution. Afin d’améliorer la transparence à l’égard du public il conviendrait de lui signaler quand une information est délivrée dans de telles conditions et, pourquoi pas, de se soumettre au principe de la déclaration d’intérêts.

Le journaliste doit veiller à diversifier ses sources et à donner la parole à ceux qui n’ont pas les moyens d’influencer la décision publique. Les lobbies constitués sont de plus en plus professionnels et savent se faire entendre. D’autres sources moins organisées pèsent moins. Au journaliste de rétablir ce « deux poids, deux mesures », de veiller à ne pas céder à la pression des plus influents, d’aller chercher ses propres sources.

Si le numérique accélère le tempo médiatique, et raccourcit le temps qui pourrait être consacré à l’enquête, il permet aussi, notamment au travers du mouvement de « l’open data », de mieux s’informer sur l‘impact des lobbies dans le processus de décision publique. La Commission européenne publie ainsi les réponses des parties prenantes aux consultations qu’elle organise dans la phase de préparation des nouvelles législations.

Les formations initiales ou continues des journalistes devraient intégrer à leur programme un enseignement sur les textes de droit civil qui concerne les lobbies. Mais également sur l’élaboration des politiques publiques afin de donner des outils pour comprendre de quelles façons les intérêts particuliers viennent s’intercaler dans le processus de décision. Des associations de lobbyistes se réclamant d’une éthique professionnelle disent l’importance de se doter de règles professionnelles et sont prêts à échanger avec les journalistes, y compris dans le cadre de formations, pour favoriser la transparence de leurs activités.