Commission de la carte : une histoire française

Des cartes de presse
Qui sont les hommes et les femmes qui décident ou non d’attribuer la carte de presse ? Comment les commissaires de la Commission de la carte enquêtent-ils sur le travail des journalistes ? Quels sont les cas litigieux abordés lors des Commissions plénières?
Notre rédaction s’est glissée dans les locaux de la Commission de la carte pendant toute une journée. De la salle de consultation des dossiers, où les commissaires enquêtent, aux archives, véritable coffre fort de la mémoire journalistique, nous avons suivi l’itinéraire de la carte d’identité des journalistes.

Symbole de la profession en France, la carte de presse, barrée du bandeau tricolore, est l’objet de tous les fantasmes pour les non journalistes. Elle donnerait droit d’entrée partout,  permettrait de faire sauter les amendes. Pour les détenteurs de la carte, elle témoigne surtout de l’appartenance à la communauté des journalistes. Précieusement rangée dans un coin de portefeuille, elle est rarement de sortie mais toujours sous la main, comme l’écrit le journaliste Olivier Da Lage dans son livre Obtenir sa carte de presse et la conserver. L’obtenir est l’une des premières préoccupations pour les jeunes journalistes fraîchement sortis d’école, la garder l’une des nombreuses inquiétudes pour les pigistes les plus précaires.

{xtypo_rounded_right1} Aux origines de la carte de presse : Parcours de la carte tout au long de l’histoire du XXe siècle français…
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Dans les autres pays européens, la carte de presse existe, mais elle est distribuée par les  employeurs ou syndicats de journalistes. La France est une exception, car c’est une « Commission de la carte d’identité des journalistes » qui distribue le sésame au nom de l’Etat. En soixante et onze années d’existence, elle a traité plus de 109 000 dossiers. De Jacques Alexandre, 86 ans, journaliste radio titulaire de la première carte, à cette toute nouvelle génération de journalistes travaillant sur téléphonie mobile qui se sont vu délivré des cartes très récemment.

Pour les critères d’attribution, la Commission de la carte s’appuie avant tout sur la définition du journaliste contenue dans la loi du 29 mars 1935, qui est à l’origine même de sa création : « celui qui a pour occupation principale, régulière et rétribuée, l’exercice de sa profession dans une publication quotidienne ou périodique éditée en France ou dans une agence française d’informations et qui en tire le principal des ses ressources. » Pour obtenir la carte, les journalistes doivent pouvoir prouver à la Commission que leur activité constitue plus de 50% de leurs  ressources mensuelles, la moitié d’un SMIC au minimum, et ce sur  plusieurs mois consécutifs. La nature de l’entreprise et le poste occupé par le candidat seront également examinés.

{xtypo_rounded_right1} Les critères d’attribution de la carte : Pour obtenir la carte de presse, les candidats doivent remplir un certain nombre de conditions…
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Des journalistes « tués en plein vol »

CV, extraits des reportages ou captures d’écran… Dès réception du dossier de candidature, une quinzaine de salariés de la Commission numérisent les données, recalculent les salaires moyens. Des additions parfois complexes, chez les pigistes notamment. De nombreux dossiers restent coincés à cette étape, s’il manque une pièce. En moyenne, il faut compter 3 mois entre la dépôt de dossier et la réception de la carte. La plupart des journalistes envoient leurs demandes en janvier, les cartes de presse étant valables jusqu’au 31 mars de chaque année. Conséquence, l’imprimante de la salle de traitement expulse une carte de presse toute les 20 secondes. En période d’hyperactivité le téléphone sonne 200 fois par jour. Au bout du fil, des jeunes journalistes souvent, des pigistes encore, et toujours les mêmes questions sur le revenu minimum. La Commission de la carte se transforme alors, malgré elle, en bureau des pleurs.

Une fois franchie cette étape, les dossiers complets sont transmis en salle de consultation. Là, les commissaires épluchent les justificatifs et décident du sort à réserver aux demandeurs de la carte.

{xtypo_rounded_right1} La Commission en chiffres : 16 Commissaires, 8 Commissaires journalistes, 19 correspondants régionaux…
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La Commission est une structure paritaire (voir notre encadré). Maïté Baron, représente le collège des directeurs (SPMI). Elle est DRH chez Lagardère et commissaire depuis plus de 15  ans. En quinze années, elle a vu défiler les demandes. Un constat, confie-t-elle « Beaucoup de journalistes se retrouvent en situation de précarité. Ils ne parviennent pas à faire renouveler leur carte de presse car il faut un minimum requis (La moitié du SMIC par mois en moyenne sur un an). Les pigistes ont du mal à atteindre ce montant. » Eric Marquis, le président de la Commission de la carte confirme. « Ca nous arrive fréquemment. C’est pénible pour nous de voir ce phénomène de journalistes tués en plein vol ». Autre évolution du métier, le cas des « journalistes webmasters ». Depuis le développement d’Internet et des journaux en ligne, la frontière est parfois floue entre travail journalistique et maintenance des sites. Après avoir vérifié l’ours, un coup de fil à l’intéressé règle souvent l’affaire. Il obtiendra la carte de presse s’il écrit également des papiers d’informations pour le journal en ligne. « Il nous arrive d’appeler les journalistes pour avoir une description précise de leurs tâches, mais nous n’appelons jamais l’entreprise pour la première demande ! » explique Nicole Vidal commissaire représentant le collège des journalistes. La Commission prend des précautions pour préserver la confidentialité du journaliste vis-à-vis de l’employeur. Avec ou sans la fameuse carte, la rémunération d’une pige peut parfois passer du simple au double. Le recours au très large réseau de contacts des commissaires suffira à l’enquête. Leur travail est complété à l’échelle régionale par les 38 correspondants de la Commission. Pour valider un dossier, deux signatures des commissaires sont nécessaires, une côté journaliste et une autre côté employeur. Une seule signature suffit pour les renouvellements. En cas d’avis négatif, le dossier passe en Commission plénière.

Pas de carte de presse pour certains talk show…

{xtypo_rounded_right1} Où va l’argent des frais de dossier ?
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Chaque semaine, une trentaine de dossiers sont examinés par cette Commission de première instance, validés par un vote à la majorité absolue. Les demandes qui posent le plus souvent problème émanent de l’audiovisuel avec l’ambiguïté que présente le travail en sociétés de production, pour des talk show, ou des émissions de variété. Par exemple, les commissaires n’accorderont pas la carte à cette journaliste qui travaille comme assistante pour des chroniqueurs spécialisés sur une chaîne de télévision. Les preuves envoyées ne permettant pas de savoir si elle effectue un travail de journaliste. Cette directrice de programme sur une radio associative locale par contre, se verra attribuer la carte.  « Elle nous a envoyé une copie de son travail. Elle continue à faire du journalisme tout en dirigeant une équipe, raconte Eric Marquis, président de la Commission de la carte. C’est souvent le cas dans ces radios qui fonctionnent avec peu de moyens. » En cas de refus de la Commission plénière, il existe un recours pour les demandeurs de carte : la Commission supérieure constituée principalement de magistrats. Celle-ci se réunit une fois par mois pour examiner une quinzaine de dossiers en moyenne. Dans plus d’un quart des cas, elle revient sur la décision de la Commission plénière et finit par accorder la carte.

{xtypo_rounded_right1} Eric Marquis (capture d'écran)La Commission a-t-elle un rôle déontologique ? Interview d’Eric Marquis, président de la Commission de la  carte
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En 2007, les commissaires ont tout de même délivré 37 301 cartes de presse dont près de 2000 premières cartes. Ces premières cartes sont appelées « cartes stagiaire », elle se transformeront en « cartes titulaire » après 2 ans (un an pour les diplômés des écoles reconnues par la profession). Tous ces dossiers sont précieusement archivés dans les sous-sol de la Commission. Alignés comme autant de témoignages, les 109 330 chemises défraîchies y renferment l’histoire du  journalisme français et ses évolutions depuis 1945.

En savoir plus :

Le site de la CCIJP
Les chiffres détaillés du nombre de cartes de pressee

Olivier Da Lage, Obtenir sa carte de presse et la conserver , Victoires-Editions, 2003
V.Devillard, M.-F. Lafosse, C.Leteinturier, R.Rieffel, Les journalistes à l’aube de l’an 2000. Profils et parcours , Editions Panthéon Assas, 2001

Dossier réalisé par Bahar Makooi
Photos : Charlotte B.

 

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Pour participer, rien de plus simple. Choisissez dans la liste sur la page suivante les 10 personnalités qui méritent à vos yeux de rentrer en priorité dans ce Panthéon laïc et numérique.

Objectif : Identifier celles et ceux qui nous rassemblent. Contribuer à les faire mieux connaitre, avec la conviction que dans cette période de doute sur sa légitimité, notre métier a plus que jamais besoin de se raccorder à son histoire.

Nous partagerons les premiers résultats de cette consultation lors de la seizième édition des Assises du journalisme à Tours le 30 mars 2023.

Nous lancerons ensuite la démarche au niveau européen en proposant aux journalistes des 26 autres pays de l’UE de s’associer à l’initiative avec l’ambition de présenter le Panthéon des Journalistes Européen lors de la deuxième édition des Assises de Bruxelles à l’automne 2024.

En fonction de la dynamique créée, un groupe de travail proposera les évènements, les colloques, les publications qui permettront de valoriser au mieux l’histoire et l’œuvre des journalistes Panthéonisés.

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