Furio Colombo

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Prétextant la sévère crise budgétaire qui touche actuellement l’Italie, le gouvernement de Silvio Berlusconi a annoncé des mesures visant à réduire les soutiens à l’industrie de l’édition. Un nouveau décret sera présenté au Parlement en octobre. Selon plusieurs journalistes italiens, il mettrait gravement en péril la liberté de la presse. Furio Colombo, homme politique et ancien directeur du quotidien L’Unità, explique pourquoi…


Le ministre des finances Giulio Tremonti vient de présenter un nouveau décret au Parlement italien. En quoi ce décret représente une menace pour la liberté d’information ?

Les conditions d’existence de la presse d’information italienne étaient déjà préoccupantes avant l’apparition du décret Tremonti.
Toute la presse d’information appartient à de grandes entreprises ou de groupements d’entreprises qui sont reliées par des liens normaux qui se tissent entre la finance et l’industrie d’un pays moderne. Mais la modernité du pays est altérée par deux facteurs.
Un homme immensément plus puissant que les autres – aussi bien dans le domaine des médias que dans celui de la finance – est également le chef du gouvernement. Cette situation intimide et décourage les gestes et initiatives qui peuvent déplaire à Silvio Berlusconi, dans sa double fonction de chef du Gouvernement et d’homme aux très grands pouvoirs économiques.
Le second facteur est l’opinion publique. Dans l’Histoire italienne le rôle agressif et audacieux de l’opinion publique a toujours été découragé, dans un premier temps par l’hégémonie de l’Eglise, puis par le fascisme, puis par le partage rigide des zones d’influences publiques déterminées par la Guerre Froide. Il serait injuste de dire que l’Italie n’est pas un pays courageux, comme il serait injuste de dire que les Américains sont enclins à la violence. Bien sûr, nous Italiens sommes enclins à un prudent opportunisme : Personne ne s’est révolté contre le fascisme sans partisans ; personne ne s’est révolté contre la corruption sans les juges des Mains Propres ; personne ne se lèvera pour dénoncer le silence de la presse qui pèse sur l’Italie jusqu’à… Mais cet événement reste encore à venir.

Dans ce cadre, la décision – apparemment uniquement due à une pénurie de ressources – de supprimer les subventions et aides économiques à la "coopérative des pubblicisti" (journaux sans patrons faits par des journalistes) peut sembler innocente, car tant d’autres choses sont supprimées. Mais cette décision est grave car ces voix sont les seules à donner une information différente.
Le cas le plus frappant est celui du Manifesto. Il s’agit en fait de pénaliser et finalement de faire disparaître les journaux qui – avec un peu d’aide publique – ne dépendent pas d’un patron. Mais pas non plus d’un parti politique. En effet si les journaux des partis sont épargnés, ils confirment une situation d’impasse pour la vie publique italienne : d’un côté la force (finalement soumise à une force plus grande qui est celle de Berlusconi) de la propriété industrielle. De l’autre les partis qui sont implicitement invités à baisser le ton s’ils veulent continuer à bénéficier d’aides pour leurs journaux.


Quels paramètres déterminaient les aides aux éditeurs de presse jusqu’à présent ? Et comment seront-elles attribuées si le décret Tremonti est adopté ?

Plutôt que d’entrer dans le détail des chiffres (peu significatifs et éloignés des préoccupations italiennes), je dirai qu’il s’agit d’un puissant découragement, une incitation à ne plus continuer de tenter d’exister. Je reprends le cas du Manifesto. Très vite, dans les moments difficiles, ce journal libre de gauche s’est relevé en recueillant des souscriptions privées. Difficile d’en obtenir si l’on sait d’avance que le journal est destiné à la faillite.


Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy sont souvent comparés dans leur manière de gérer et d’utiliser les médias. Qu’en pensez-vous ?

Il n’y a pas de comparaison entre Sarkozy et Berlusconi. Sarkozy est un homme politique habile qui profite de son influence et parfois de son pouvoir pour se montrer le plus souvent possible. Berlusconi possède trois journaux télévisés privés. Ils les contrôle personnellement, nomme et chasse les journalistes, récompense ses amis. Berlusconi est un hors-la-loi qui profite de la politique.

Propos recueillis et traduits de l’Italien par Daphné Kauffmann


Lire l’interview en Italien


Le site de Furio Colombo
(en Italien)
"Il Dissitente", le blog de Furio Colombo (en Italien)
Le site du Manifesto (en Italien)

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