Th. Renaudot

Un médecin protestant

Théophraste Renaudot naît en 1586, à Loudun, dans une modeste famille de la bourgeoisie protestante. En 1605, il part faire des études de médecine, auprès de chirurgiens parisiens puis à la faculté de Montpellier, ouverte aux protestants. Diplômé de médecine à l’âge de 20 ans, il voyage alors en Italie et en Allemagne.

En 1609, il se marie et s’établit dans sa ville natale. C’est là qu’il rencontre le Père Joseph, fervent défenseur de la Réforme Catholique, puis Richelieu, alors Evêque de Luçon. Ces deux illustres personnages prendront Renaudot sous leur protection.
Le Père Joseph l’amène en particulier à s’interroger sur la pauvreté. Renaudot publie en 1612 un Traité des pauvres qui lui vaut un brevet royal pour un projet de "bureau d’adresses".


Le Bureau d’adresses

Après confirmation de ce brevet royal, grâce à l’influence de ses deux protecteurs, il parvient, en 1629, à ouvrir son bureau d’adresses à l’enseigne du Grand Coq, sur l’Ile de la Cité, à Paris où il s’est installé et converti au catholicisme depuis 1626. On y recense les offres et les demandes d’emplois, afin que les pauvres trouvent des moyens de subsistances sans le recours à l’Eglise, à la charité ou encore à l’enfermement. Très vite, ce bureau d’adresses voit ses missions élargies, notamment du fait de la publication, à partir de 1633, de la Feuille du Bureau d’Adresses, dans laquelle on peut publier pour trois sous toutes sortes d’annonces : emplois, ventes, locations, services.

Dès 1632, l’enseigne du Grand Coq accueille d’autres activités. S’y tiennent notamment des conférences consacrées à des sujets non politiques où se retrouvent les grands esprits de l’époque. Renaudot participe pleinement à l’émergence de rencontres mondaines dans lesquels se dessine peu à peu la figure de "l’honnête homme". En 1637, deux brevets royaux viennent officialiser la création à cette même adresse d’un mont-de-piété, dont Renaudot avait pu étudier le fonctionnement lors de ses voyages en Italie, ainsi que d’un dispensaire de soins gratuits pour les déshérités. Ce qui guide l’action de Renaudot au sein du Bureau d’adresses tient peut-être dans cette phrase : "L’expérience a appris que dans les affaires de la vie, un secours venu à propos avait toute l’importance d’un trésor."

Le bureau d’adresses connaît un succès tel que Renaudot, alors nommé commissaire général des pauvres du royaume et historiographe du roi, ouvre, en 1640, une succursale dans les galeries du Louvre.


La Gazette ou les premiers pas de la presse française

Le Recueil des Gazettes
Le 30 mai 1631, Renaudot lance sa célèbre Gazette. Celle-ci naît quelques mois après le lancement des Nouvelles ordinaires de divers endroits par les libraires parisiens Martin et Vendosme. À ce titre, Renaudot n’est pas le "fondateur" de la presse périodique française. Il n’en demeure pas moins qu’il détient la paternité du premier grand titre de presse français. En effet, les Nouvelles Ordinaires se contentent de traduire les articles de journaux allemands ou danois, qui ont alors plus de vingt ans d’avance sur la France. De plus, Renaudot, grâce à l’appui de Richelieu, parvient à obtenir un privilège d’exploitation lui permettant d’absorber rapidement les Nouvelles Ordinaires qui deviennent une sorte de complément à la Gazette.

De petit format, la Gazette est une compilation d’informations et de communiqués officiels, à laquelle s’ajoutent les nouvelles de l’étranger. Richelieu l’utilise d’ailleurs comme un véritable outil de propagande. La nouveauté de la Gazette en fait probablement le succès. Dès 1640, celle-ci est tirée à plus de huit cents exemplaires. Tous les ans, les gazettes de l’année sont réunies dans un livre, dont Renaudot rédige l’introduction. Dans l’un d’eux, celui-ci écrit : "L’histoire est le récit des choses advenues, la gazette seulement le bruit qui en court […]. Je prie les princes et les États étrangers de ne point perdre inutilement le temps à vouloir fermer le passage à mes nouvelles dont le commerce ne s’est jamais pu défendre et qui tient en cela de la nature des torrents qu’il se grossit par la résistance." Ajoutant ailleurs : "La rétention de l’information est une forme de constipation du savoir."

Une fin de vie difficile

En 1642, Richelieu meurt, suivi, un an après, par Louis XIII. Renaudot perd ainsi ses principaux soutiens qui lui avaient permis de résister à l’inimitié que suscitait son action, notamment au sein de la Faculté de Médecine de Paris. Cette dernière s’empare de l’occasion pour intenter des procès à Renaudot afin de lui interdire l’exercice de la médecine.

La période de la Régence ne lui est pas favorable. Et un arrêt du Parlement, en date du 1er Mars 1644, lui enlève tous ses titres et privilèges. C’est la fin du dispensaire, du mont-de-piété, des conférences et du Bureau d’adresses. Seul est maintenu son droit à faire paraître la Gazette : Mazarin a bien compris l’intérêt politique à conserver cet instrument d’information officielle. Renaudot y consacre la fin de sa vie et transmet la publication à ses fils qui prendront le relais quelques années avant sa mort, au cours de la seconde Fronde.

Renaudot meurt en 1653, à moitié ruiné et éprouvé par l’adversité.

La Gazette lui survit, même si son monopole est rapidement mis à mal. Elle reste aux mains de ses descendants jusqu’en 1762, date à laquelle elle est annexée au Ministère des Affaires Etrangères et est rebaptisée la "Gazette de France". Elle conserve son caractère officiel et le monopole de l’information politique jusqu’en 1789. Elle traverse alors la Révolution et l’Empire sans faire de vague – elle ne fera même pas mention de la prise de la Bastille – , avant de devenir un quotidien monarchiste en 1815, puis légitimiste après 1830. Sa publication s’interrompt définitivement en septembre 1915.


Le Prix Renaudot

En 1926, dix journalistes et critiques littéraires attendant les résultats du prix Goncourt décident de créer le prix Renaudot, récompensant lui aussi une œuvre littéraire de l’année en cours.

Ainsi que l’écrivent les membres du prix Renaudot :

"Ce prix prestigieux perpétue le souvenir de Théophraste Renaudot, médecin de Louis XIII et ami de Richelieu. Homme inventif, curieux, il fut à l’origine d’institutions célèbres : les monts de Piété, les petites annonces, l’assistance publique, l’agence pour l’emploi et surtout la Presse.
La carrière de Théophraste Renaudot est des plus étonnantes et elle révèle un caractère exceptionnel tant par sa force que par son intelligence, doublé de réels talents d’intrigue … "


Eléments bibliographiques à propos de Théophraste Renaudot :


Théophraste Renaudot, un homme d’influence au temps de Louis XIII et de la Fronde
, Christian Bailly, Le Pré aux Clercs, 1987.

Théophraste Renaudot ou médecin, philanthrope et gazetier
, P. Gouhot, La pensée universelle.


La vie et les oeuvres de Renaudot
, Gilles de la Tourette, Ed. du Comité , 1892 (consultable "en ligne" sur le site de la Bibliothèque Nationale de France).


Théophraste Renaudot, la plume et le caducée
, Robert Delavault, Cosmogone, 2001.

Lien vers le site Internet du prix Renaudot :


www.renaudot.com

Mirabelle C-T.

 

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