Mercredi 2 juillet : « Le curé n’est pas là »

 

En voiture à la recherche des chrétiens de Bagdad. L’idée est de savoir combien ils sont. Comment ils vont. S’ils ont tous fui. Ce qu’ils font quand ils restent. Nous allons dans  Karrada, le quartier du centre de Bagdad où se concentrent beaucoup d’églises. Il y a 17 communautés chrétiennes différentes en Irak. Des plus classiques aux plus obscures. Des Eglises aux sectes.
 
Une grande croix en béton au-dessus d’une église cubique. La rue est barrée des deux côtés. Les visages sont fermés. Avec leurs revolvers et leurs talkie-walkie, les vigiles protègent les Eglises. Elles ont toutes été attaquées ces dernières années. Certaines ont brûlé. D’autres ont sauté. Les messes sont devenues rares, et les fidèles se cachent.
 
Dans la rue, on croise des regards. A la vue de nos caméras et de l ‘appareil photo de Yuri, ils se baissent. Se détournent. Survivre, c’est se cacher. Comme tout le monde en Irak, mais peut-être plus encore dans ce quartier. Nous tentons de frapper aux portes des Eglises. De forcer un peu. Rien n’y fait. Personne ne veut parler. "Le curé n’est pas là". Il est au Kurdisan. Il est au Liban. Il est en Europe. Il est fatigué.
 
En fait, le curé est là. Probablement. Mais il ne veut pas sortir. Pas parler. Se montrer le moins possible. Il y a quelques semaines, un curé de Karrada a été tué devant la porte de son appartement, à 15 heures. Comme ça. Parce qu’il était curé.
 
Des chrétiens de Karrada s’approchent de nous. Posent deux questions. Puis disparaissent. Sans vouloir répondre aux nôtres. La grande croix en béton est triste. On se prend les pieds dans les barbelés qui encerclent l’Eglise vide.
 
Il paraît que rue Saadoun, deux magasins d’alcool viennent de rouvrir après trois ans de fermeture. Il paraît que les vendeurs sont chrétiens. Les magasins sont ouverts. Et le commerce marche bien. Ça défile pour acheter des bières ou des petites bouteilles de whisky. Je demande si les vendeurs sont chrétiens. Embarras. Confusion. Non, puis oui, timidement, puis Non. Le secret, toujours. Tous les magasins d’alcool de la rue Saadoun ont sauté, eux  aussi, un jour ou l’autre.
 
Le curé n’est pas là. Les vendeurs ne sont pas chrétiens. Pour vivre malheureux, ils vivent cachés.
 
La nuit sera courte. Départ pour le Sud au milieu de la nuit. 
 
Bonne nuit, Bonne journée.

Lucas

 

Vous aussi, Participez à notre enquête

Un Panthéon du Journalisme, en France et en Europe.

Quelles sont les 10 personnalités de l’histoire du Journalisme français qui incarnent le mieux, selon vous, les valeurs de notre métier ?

Quel·les sont les journalistes, aujourd’hui disparu·es, qui ont forgé votre imaginaire ? Vous ont fait rêver ? Vous ont peut-être donné envie de faire ce métier ?

Des journalistes dont l’œuvre ou la vie ont incarné nos valeurs, vous ont servi de repères ?

Qui sont ces "grand·es" journalistes en somme à qui notre communauté professionnelle est «reconnaissante » ?

L’association Journalisme & Citoyenneté, organisatrice des Assises du Journalisme de Tours, de Tunis et de Bruxelles, vous propose de participer à la création du PANTHEON du JOURNALISME, en France d’abord, en Europe ensuite, pour honorer ces femmes et ces hommes qui ont marqué ce métier de leur empreinte.

Pour participer, rien de plus simple. Choisissez dans la liste sur la page suivante les 10 personnalités qui méritent à vos yeux de rentrer en priorité dans ce Panthéon laïc et numérique.

Objectif : Identifier celles et ceux qui nous rassemblent. Contribuer à les faire mieux connaitre, avec la conviction que dans cette période de doute sur sa légitimité, notre métier a plus que jamais besoin de se raccorder à son histoire.

Nous partagerons les premiers résultats de cette consultation lors de la seizième édition des Assises du journalisme à Tours le 30 mars 2023.

Nous lancerons ensuite la démarche au niveau européen en proposant aux journalistes des 26 autres pays de l’UE de s’associer à l’initiative avec l’ambition de présenter le Panthéon des Journalistes Européen lors de la deuxième édition des Assises de Bruxelles à l’automne 2024.

En fonction de la dynamique créée, un groupe de travail proposera les évènements, les colloques, les publications qui permettront de valoriser au mieux l’histoire et l’œuvre des journalistes Panthéonisés.

Pour suivre le développement du projet, vous pouvez vous inscrire à la newsletter journalisme.com :