Jeudi 17 janvier : « Couvre-feu »

 

Le jour tombait et les voitures roulaient plus vite que d’habitude. Dans quelques heures, un couvre-feu. Chacun se dépêche de rentrer chez soi, de faire ses dernières courses, d’aller se calfeutrer en famille, en sécurité si possible. Un peu partout, des check-points se mettent en place : pendant 48 heures, jour et nuit, sur la quasi-totalité du territoire irakien, seuls les militaires et les policiers pourront circuler.

La terreur : les voitures piégées, conduites par des kamikazes. Tous les ans depuis avril 2003, le sang ne coule pas seulement dans le dos des chiites qui se flagellent à coups de chaînes. Tous les ans, des fous de Dieu, du même, s’entre-tuent. En période sacrée, c’est mieux.

Premier attentat vers 15 heures : un homme s’avance dans une procession. Il est sunnite. Ils sont chiites. 8 morts, plus le kamikaze. A Kerbala, on attend 2 millions de pèlerins. Il y a 25 000  policiers déployés en ville.

Guillaume, JRI de France 24, est arrivé, mais son avion avait du retard. Trop déjà pour prendre la route en relative sécurité. Il n’y a que 110 kilomètres en Bagdad et Kerbala, mais au moins 5 heures de route, une centaine de barrages, et des zones incontrôlées, impossible à traverser la nuit. 

Sur le terrain vague, à quelques kilomètres du terminal. J’attends Guillaume avec toute la sécurité nécessaire pour lui offrir une belle arrivée. Le soleil réchauffe, et je tente sans succès de compter les convois de Blackwater : plus d’une vingtaine en deux heures. Des jeeps blindés, équipées de mitrailleuse lourdes qui sont pointées sur le piéton, au cas où. Je filme : deux fusils à lunettes sont immédiatement braqués sur l’objectif. D’un geste violent, on m’ordonne de couper. Il est interdit de filmer ceux qui protègent l’armée américaine. Et qui sont eux-mêmes interdits sur le sol irakien depuis le 20 septembre dernier. Tout le monde les hait. Ils haïssent tout le monde.

16 heures. Muthanna vient me tirer de mes comptabilités. « On ne peut plus aller à Kerbala, je crois ». S’il le dit… Et il ajoute : « de toutes façons, les gardes ne veulent pas prendre le risque de rouler de nuit ». Opération Kerbala stoppée. Nous verrons l’Achoura à Bagdad. Et à pied.

A 20 heures, le calme s’installe. Plus de voitures qui filent dans la nuit, ne s’arrêtant ni aux feux ni aux carrefours. Un chien errant, ravi du brusque silence, aboie. D’autres lui répondent. Chiens de guerre.

Bonne nuit, bonne journée.

Lucas

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Pour participer, rien de plus simple. Choisissez dans la liste sur la page suivante les 10 personnalités qui méritent à vos yeux de rentrer en priorité dans ce Panthéon laïc et numérique.

Objectif : Identifier celles et ceux qui nous rassemblent. Contribuer à les faire mieux connaitre, avec la conviction que dans cette période de doute sur sa légitimité, notre métier a plus que jamais besoin de se raccorder à son histoire.

Nous partagerons les premiers résultats de cette consultation lors de la seizième édition des Assises du journalisme à Tours le 30 mars 2023.

Nous lancerons ensuite la démarche au niveau européen en proposant aux journalistes des 26 autres pays de l’UE de s’associer à l’initiative avec l’ambition de présenter le Panthéon des Journalistes Européen lors de la deuxième édition des Assises de Bruxelles à l’automne 2024.

En fonction de la dynamique créée, un groupe de travail proposera les évènements, les colloques, les publications qui permettront de valoriser au mieux l’histoire et l’œuvre des journalistes Panthéonisés.

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