« Quel avenir pour le dessin de presse ? »

Charb : "Le dessin n’est qu’une ponctuation pour faire vivre l’idée"

Charb
A l’occasion d’une demi-journée consacrée au dessin de presse au Centre Pompidou, rencontre avec Stéphane Charbonnier alias "Charb", l’un des dessinateurs de presse les plus reconnus en France. Parti à l’âge de 20 ans à la conquête des rédactions avec ses dessins sous le bras, il porte aujourd’hui plusieurs casquettes, travaillant pour différents supports tels que l’Echo des Savanes ou encore Fluide Glacial tout en étant rédacteur en chef adjoint de Charlie Hebdo pour lequel il dessine et écrit des articles.

Simple et discret, Stéphane Charbonnier dit Charb apparaît comme un homme a priori tout à fait ordinaire. On pense au personnage mythique de bande dessinée "Mais où est donc passé Charlie ?", ce bonhomme à l’allure décontractée avec ses lunettes rondes et ses grands yeux. Un dessinateur de presse sans prétention et très accessible en somme.
Depuis tout petit, son truc à lui, c’est le dessin ! Au début il imitait les personnages de Tintin et de Picsou. Puis avec la découverte de Cabu et Le Grand Duduche, il fait la jonction entre la BD et le dessin d’actualité. "C’est le journal du collège qui m’a permis d’aborder le dessin de presse. Il a reçu des prix, et c’est grâce à cela que j’ai eu mes premières parutions officielles dans l’hebdomadaire local intitulé Les Nouvelles du Val d’Oise", raconte Charb. Après avoir obtenu son bac difficilement, il entame un BTS de publicité mais se rend très vite compte que ce monde ne lui correspond pas. Sans l’appui de son entourage, pessimiste sur le métier de dessinateur, il fait le tour des rédactions et présente ses travaux. "Mais la même question revient sans cesse : Je n’ai pas de diplôme donc je ne suis pas légitime. Il faut reconnaître que ça été un peu dur, il fallait persévérer !", constate encore aujourd’hui Charb.

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Stéphane Charbonnier a commencé à bien vivre comme dessinateur de presse à partir de  1992 avec ses nombreuses parutions dans La Grosse Bertha, qu’il quittera en juillet de la même année. Tout s’emballe à ce moment précis, il participe à la nouvelle version de Charlie Hebdo dans lequel il publie encore aujourd’hui l’essentiel de ses dessins et de ses textes. "Grâce à Charlie Hebdo, je peux tout faire, du dessin de presse en passant par le dessin de reportage jusqu’au strip, ces  idée exprimée en trois cases. Cependant, je pars toujours du principe que l’idée compte avant tout et que le dessin n’est qu’une ponctuation pour faire vivre l’idée", insiste Charb, lorsqu’on lui demande dans quelle catégorie de dessinateur il se classe. Aujourd’hui, il travaille pour différents supports et se dit militant que lorsqu’il dessine gratuitement pour des syndicats  ou lorsqu’il s’agit d’un engagement pour une cause. Jamais figé, le style et le coup de crayon de Charb sont en perpétuel mouvement, ils évoluent au fil des années avec ses différentes collaborations.

Comme le trait de Charb, la presse elle aussi évolue et change de visage… "Je constate qu’il y a encore des endroits où l’on peut faire du dessin mais malheureusement, les journaux ont tendance à prendre le lecteur pour beaucoup plus con que qu’il est, du fait de la disparition du directeur artistique dans les rédactions. Tout cela ne redore pas le statut du dessin de presse déjà malmené", soupire Charb. Et l’avenir du dessin de presse en France ? "Je pense qu’il y a encore de la place pour de nombreux titres de journaux satiriques, mais il n’ en a pas tant que ça qui se crée. Cela reste un mystère pour moi". L’avenir de Charb, lui, se porte plutôt bien : "Je trouverai toujours du taf, conclue Charb, même si on n’est plus que deux !"

Tiphaine Bellambe

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