Mats Carduner, Directeur Gal de Google Europe

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L’Association des Journalises des Médias et
de la Communication (AJM) réunit des journalistes actuellement actifs
traitant des sujets médias dans la presse écrite, la télévision, la
radio ou Internet. Chaque mois, elle organise un déjeuner avec une
personnalité des médias.

Les journalistes  de La Correspondance de la Presse, racontent chacun de ces rendez-vous.


Mats CardunerJeudi
25 septembre, l’AJM recevait Mats Carduner, Directeur Général de Google Europe du Sud

Google discute avec des éditeurs de presse français pour numériser leurs archives

"Don’t be evil". Cette devise de Google, qui célèbre cette année ses 10 ans d’existence, le directeur général de Google Europe du Sud Mats CARDUNER s’est attaché à l’appliquer hier, lors d’un déjeuner avec l’Association des journalistes médias (AJM). M. CARDUNER a en effet insisté sur "le dialogue" noué avec les groupes de médias, et relayé au second plan les différends en cours, sur les questions de droits d’auteur notamment.

Concernant les éditeurs de presse, Google se propose par exemple de participer à la numérisation de leurs archives. Le groupe californien vient d’annoncer le lancement aux Etats-Unis de son service de numérisation et d’archivage des journaux, News Archive Search. M. CARDUNER a indiqué que le groupe souhaitait le développer en France. "Nous avons commencé à en parler avec les éditeurs". Les protestations soulevées par un projet similaire, celui de la numérisation des livres, commencent à s’estomper, a estimé M. CARDUNER même si des actions judiciaires sont en cours avec La Martinière et le Syndicat national de l’édition (SNE). "Les mentalités ont beaucoup changé", a-t-il indiqué, citant l’exemple de la bibliothèque de Lyon qui a signé avec Google pour la numérisation de 500 à 600 000 ouvrages. De même, le différend qui opposait le moteur de recherche à l’Agence France-Presse (AFP) a été réglé à l’amiable l’an passé, via un accord qui rémunère l’AFP pour la diffusion de ses informations dans Google Actualités. "Nous venons en plus de signer avec l’agence pour la diffusion d’une chaîne AFP Vidéo sur Youtube", a ajouté M. CARDUNER.

Malgré ce type de partenariats, Youtube, le site de partage de vidéos racheté par Google en 2006, reste au centre de plusieurs affaires judiciaires. Des groupes de médias internationaux comme Viacom ou Mediaset, mais aussi TF1 en France, demandent réparations pour la diffusion de contenus piratés sur le site. Sur ce sujet, M. CARDUNER "mise sur le dialogue avec toutes les parties prenantes". "Il est très important pour nous de rémunérer les créateurs et les ayant droits", a-t-il ajouté. Mais face à la quantité de vidéos arrivant sur le site, tous les contenus ne peuvent pas être filtrés. "Une partie de la solution est technologique", a-t-il souligné, en défendant la technologie de marquage numérique des œuvres développée par Youtube, concurrente de "Signature", développée par l’INA. Google discute en amont "avec tout le monde, y compris ceux avec qui nous sommes en procès, pour tester cette technologie", a-t-il assuré.

Philippe Gavi et Mats Carduner
Plus généralement, Google prône le maintien de la distinction juridique entre hébergeur et éditeurs de contenus, introduite par la loi sur la confiance dans l’économie numérique (LCEN) de juin 2004. Le groupe n’a pas signé les accords Olivennes sur le piratage "car le statut d’hébergeur n’y est pas bien rappelé", a estimé M. CARDUNER. La mise sur le même plan des hébergeurs et des éditeurs serait "extrêmement dangereux", selon lui, car les plateformes ne peuvent pas avoir la maîtrise de tous les contenus qu’elles hébergent. Par exemple, une moyenne de 13 heures de vidéos sont publiées sur Youtube chaque minute, a indiqué M. CARDUNER.

Concernant les développements publicitaires, Google mise aussi sur des partenariats. Le dernier en date –et le plus important- est celui noué avec Yahoo!, qui prévoit que Google pourra placer les publicités de ses annonceurs sur les pages de recherche de Yahoo!. "Les détails sont en train d’être finalisés, mais cela concerne surtout les Etats-Unis et le Canada, nous ne travaillons pas encore à son application en Europe", a indiqué M. CARDUNER. Par ailleurs, aux Etats-Unis, Google a étendu ses compétences de régie publicitaire à la presse écrite, à la radio et récemment à la télévision, avec un accord conclu avec NBC Universal. M. CARDUNER a toutefois assuré qu’il n’avait "pas de plan particulier en France" pour devenir la régie de médias hors Internet.

"Favoriser le développement de l’Internet mobile"

Le mobile est un autre axe de développement pour Google. La firme américaine vient ainsi de lancer en Allemagne, avec l’opérateur T-Mobile (Deutsche Telekom), un téléphone équipé de sa technologie Androïd. M. CARDUNER n’a pas évoqué de date pour un futur lancement en France, même si SFR évoque déjà un lancement possible au 1er trimestre 2009. "Nous ne lançons pas un Google Phone", a précisé M. CARDUNER, "mais nous voulons encourager la création d’un écosystème qui va favoriser le développement de l’Internet mobile". Le système Androïd est ouvert et permet aux développeurs de proposer leurs propres applications. Un concours doté d’un prix de 10 millions de dollars a été lancé pour inciter les ingénieurs à développer la plateforme. Google avait par ailleurs postulé aux enchères sur les fréquences disponibles aux Etats-Unis, "surtout afin d’obtenir auprès du régulateur des dispositions importantes dans le cahier des charges des nouveaux opérateurs, comme l’accessibilité, l’interopérabilité…", a expliqué M. CARDUNER. Quant à savoir si Google va adopter la même stratégie pour les fréquences qui vont être libérées en France à l’extinction de l’analogique, M. CARDUNER "ne pense pas" que ce sera le cas.

Jean-Gabriel Bontinck
Photo : Charlotte B.

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