Laurent Joffrin, Pdt du Directoire de Libération

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L’Association des Journalises des Médias et
de la Communication (AJM) réunit des journalistes actuellement actifs
traitant des sujets médias dans la presse écrite, la télévision, la
radio ou Internet. Chaque mois, elle organise un déjeuner avec une
personnalité des médias.

Les journalistes  de La Correspondance de la Presse, racontent chacun de ces rendez-vous.


Laurent JoffrinMardi 18 novembre, l’AJM recevait Laurent Joffrin, Président du Directoire du quotidien Libération

"Libération" devrait terminer l’année proche de l’équilibre

Ce n’est pas cette année que "Libération" va gagner de l’argent, même si c’est ce qu’avait prévu son président du directoire Laurent JOFFRIN lorsqu’il a pris les rênes du quotidien en 2007. En revanche, "Libération" devrait s’approcher de l’équilibre en 2008. "On ne devrait pas perdre plus de 400 000 euros net en exploitation avec les aides d’Etat", a ainsi déclaré hier M. JOFFRIN, lors d’un déjeuner avec l’Association des journalistes médias (AJM). Le titre va en effet toucher pour la première fois cette année l’aide aux quotidiens à faibles ressources publicitaires (cf. supra) d’un montant de 2 millions d’euros. "On n’est pas du tout mécontent de nos résultats, compte tenu des conditions de marché qui sont difficiles", a ajouté M. JOFFRIN. D’ailleurs, si la crise financière n’avait pas éclaté en cette fin d’année, "Libération" serait bénéficiaire, si l’on en croit le président du directoire. Celui-ci ne désespère pas de parvenir à cet objectif en 2009, sauf si, comme le prédisent certains, les recettes publicitaires s’effondrent.

Avec une diffusion qui devrait baisser de 5 % cette année et des revenus publicitaires (25 % du chiffre d’affaires) en augmentation de 20 % à 30 % par rapport à 2007, à 11 millions d’euros, "Libération" reste dans une situation économique fragile. Le titre a d’ailleurs inscrit un budget publicitaire en baisse pour 2009. Signe de ces difficultés : il a dû récemment augmenter son prix à 1,30 euro. C’est surtout la vente au numéro qui fait défaut au quotidien, bien qu’une reprise soit notable depuis octobre. "En février-mars, l’ensemble du marché a perdu 5 points, tout le monde a été touché", selon M. JOFFRIN, qui met en avant la baisse du pouvoir d’achat et le "trou noir de la gauche". Tous, sauf la presse économique qui affiche une progression de ses ventes régulières depuis le début de l’année.

"Libération", qui compte aujourd’hui 130 à 140 cartes de presse, n’est cependant pas resté sans réaction. Des aménagements de maquette ont été réalisés dernièrement comme nous l’annoncions (cf. "CP" des 22 octobre et 6 novembre), avec pour but de faire figurer plus de titres en Une et de construire le journal autour de quatre ou cinq sujets forts. Plus qu’un autre journal, "Libération" veut aujourd’hui prendre des positions fortes, comme il a pu le faire dernièrement en prônant un référendum sur la privatisation de La Poste. Et si ce travail devait être poursuivi, il pourrait aboutir sur une nouvelle formule au printemps prochain. Mais aujourd’hui aucune décision n’est actée.

Philippe Gavi et Laurent Joffrin
Une entreprise multimédia

Alors que l’environnement se fait de plus en plus concurrentiel en raison de la montée en puissance des journaux gratuits et de l’Internet, quoiqu’il arrive, "Libération", comme les autres quotidiens, doit plus que jamais innover. M. Laurent JOFFRIN le sait, qui a plusieurs projets dans ses cartons en vue de faire de "Libération" une "entreprise multimédia". Ainsi, l’idée d’un supplément de fin de semaine qui doperait les ventes du quotidien est à l’étude depuis plusieurs mois. Après le "Libé en papier glacé" ou le "Libé des écrivains", le journal va poursuivre ses opérations spéciales et peut-être à nouveau lancer des plus-produits, mais plutôt des livres car l’expérience des DVD n’a pas été fructueuse. Plus que les innovations sur le papier, M. JOFFRIN a en tête des projets de développement autour de la radio ou de la télévision. Comme il l’a déjà fait une fois, "Libération" pourrait à nouveau produire des émissions pour la télévision, à condition de ne pas déléguer la production à un tiers pour en conserver les marges. Le site Internet, qui ne gagne pas d’argent mais engendre 20 % des recettes publicitaires de "Libération" (2 millions en 2008 et peut-être 3 millions en 2009), devrait poursuivre sur sa lancée. Il se veut complémentaire du papier et ne met en ligne des articles du quotidien qu’à partir de 17h. Aujourd’hui, "Libération" accorde la plus grande importance à son site, à tel point que le titre réfléchit à un déménagement de façon à pouvoir regrouper l’ensemble de ses équipes sur un même plateau de 1000 m² pour "mieux travailler en symbiose".


"Coup de pouce" des actionnaires

Mais la concrétisation de ces projets nécessite des financements. Avant l’été, les actionnaires (M. Edouard de ROTHSCHILD, l’italien Carlo CARACCIOLO, cofondateur de "La Reppublica" ou encore "La Libre Belgique", pour les principaux) n’avaient pas accepté d’investir plusieurs millions d’euros pour lancer le supplément de fin de semaine. M. de ROTHSCHILD qui a lui déjà dépensé 25 millions d’euros dans le titre ne devrait pas remettre au pot aussi facilement. "Il y aura un coup de pouce des actionnaires probablement", a cependant affirmé M. Laurent JOFFRIN, concédant même qu’aujourd’hui, il "n’a pas 3 millions d’euros" en poche lancer de grands chantiers. "Les actionnaires sont là et aucun n’a l’air de vouloir partir", a-t-il aussi assuré, ne prévoyant "aucun accident de trésorerie d’ici deux ans".

Mais l’aide pourrait aussi venir des Etats généraux de la presse écrite dont M. JOFFRIN attend qu’ils permettent d’améliorer le système de distribution qu’il juge "épouvantable" et de faire baisser les coûts de d’impression des journaux (9 millions d’euros pour "Libération"). Selon lui, une aide de l’Etat pour le portage serait la bienvenue. Il plaide également pour un recentrage des aides à la presse autour des journaux d’information politique et générale. Enfin, il dit n’avoir "pas d’opposition de principe" contre la constitution de grands groupes, à condition que l’autonomie rédactionnelle soit préservée par des "procédures et des textes".

Déjeuner de l'AJM avec Laurent Joffrin

 

Fabienne Schmitt
Photo : Charlotte B.

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