Jean-Pierre Elkabbach, pdt d’Europe 1

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L’Association des Journalises des Médias et
de la Communication (AJM) réunit des journalistes actuellement actifs
traitant des sujets médias dans la presse écrite, la télévision, la
radio ou Internet. Chaque mois, elle organise un déjeuner avec une
personnalité des médias.


Fabienne Schmitt, journaliste à La Correspondance de la Presse, raconte chacun de ces rendez-vous.


Jean-Pierre Elkabbach
Mercredi 26 mars, l’AJM recevait Jean-Pierre Elkabbach, Président d’Europe 1

Europe 1, déterminé à devenir un "média global"

Invité hier de l’Association des journalistes médias (AJM), le président d’Europe 1 Jean-Pierre ELKABBACH a rappelé son intention de faire d’Europe 1 un "média global". Il s’est dit "certain" d’"entamer une lente et longue reconquête", alors que la station n’a enregistré qu’une petite progression de son audience cumulée sur un an (+0,1 point, à 9 %) (chiffres Médiamétrie, nov-dec 2007)."Il y a les audiences, mais il faut aussi tenir compte d’autre chose comme l’Internet, les podcasts…", a-t-il souligné. "Internet va permettre une évolution positive de l’audience. Celle-ci rajeunit car les jeunes viennent par les nouveaux médias. On essaie d’agréger les deux audiences : Internet et la station", a-t-il ajouté.


Le site Internet d’Europe 1, qui emploie une douzaine de personnes, devrait lancer une nouvelle version dans "quelques semaines, au plus tard à la mi-mai"
, a-t-il par ailleurs signalé. L’objectif est d’atteindre les 2 millions de visiteurs uniques en juin 2009, alors qu’en février, il a réalisé 1,2 million de visiteurs uniques (Nielsen). Europe 1 dispose par ailleurs d’une "chaîne" sur Youtube. Mais les recettes publicitaires "ne suivent pas encore", a cependant regretté M. ELKABBACH, "à cause d’un intérêt pas encore assez notoire des annonceurs, même si on voit bien que ça bouge".


Europe 1 va mettre en place un "groupe de réflexion éthique"

Alors que "l’affaire du sms" (Nouvel Observateur) a suscité beaucoup de remous dernièrement, la station Europe 1 va mettre en place un "groupe de réflexion éthique", a également fait savoir M. ELKABBACH. Trois personnes, de la nouvelle Société des rédacteurs (SDR), présidée par Mme Hélène FONTANAUD, chef du service Politique intérieur, devraient y siéger, puis d’autres devraient le compléter prochainement.

Ce groupe compte ensuite procéder à des auditions de personnalités des médias comme MM. Claude PERDRIEL, Denis OLIVENNES, mais aussi des chercheurs, afin de définir "des règles et principes" à respecter dans le traitement des informations et plus particulièrement celles publiées sur le site Internet d’Europe 1. "Tous les jours nous sommes bombardés d’informations de sites, les uns sérieux, les autres lançant des informations uniquement pour asseoir leur existence. Ils nous appartient d’essayer de savoir si les contenus sont vérifiés", selon le président d’Europe 1. Les médias doivent selon lui s’interroger sur la "peopolisation qui a envahi la presse". "En ayant l’oeil rivé sur les ventes ou les clics, on pourrait voir dans les informations outrancières un salut commercial. Or c’est un salut provisoire, une mode, et au final un danger car on arrivera à saturation", a commenté M. ELKABBACH.

Au sujet de M. Jean-Marc MORANDINI, le président d’Europe 1 a dit que désormais, celui-ci reversait une quote part des recettes publicitaires de son blog à Europe 1. M. MORANDINI, animateur sur Europe 1, utilise en effet tous les jours cette émission pour faire la promotion de son blog. M. ELKABBACH a ajouté que "dans les mois qui viennent" des discussions allaient se dérouler "sur des bases nouvelles et différentes pour que les choses rentrent dans l’ordre, c’est-à-dire, peut-être, que son site vienne renforcer celui d’Europe 1". La question du rachat du blog de M. MORANDINI par le groupe Lagardère avait déjà été posée, il y a plusieurs mois, mais l’animateur avait refusé.

Le président a aussi rappelé qu’Europe 1 serait candidate pour la radio numérique. Outre la station, il compte aussi proposer, comme prévu, la nouvelle radio Europe 1 Sport diffusée sur l’Ile-de-France, que le groupe vient de racheter. Il a laissé entendre que d’autres projets étaient possibles, sans rentrer dans les détails. Enfin, interrogé sur la grille de rentrée en septembre, M. ELKABBACH a indiqué qu’il n’avait "pas l’intention d’aller chercher des animateurs dans d’autres radios". En ce qui concerne la matinale, animée par M. Jacques PRADEL, il a précisé : "je ne vois pas pourquoi je le décapiterais".


Pour un "moratoire" à la réforme de l’audiovisuel public

M. Jean-Pierre ELKABBACH, ancien président-directeur général de France Télévisions, s’est aussi exprimé sur les réformes en cours dans l’audiovisuel public. Il a ainsi estimé que "maintenant qu’elle est lancée", la réforme de l’audiovisuel public "devait aboutir dans les meilleures conditions", bien qu’à titre personnel il ne "voyait pas l’urgence" de celle-ci. "Il faut donner au service public les moyens de réussir sa mue nécessaire : l’Etat a promis de compenser euro par euro, qu’on ne mégote pas et qu’on donne l’argent nécessaire", a-t-il ajouté, tout en soulignant le "travail de qualité dans un contexte difficile" réalisé par MM. Patrick de CAROLIS, président-directeur général de France Télévisions et Patrice DUHAMEL, directeur général de France Télévisions chargé des antennes, du développement et de la diversification. Il y a deux mois (cf. "CP" du 31 janvier 2008), M. ELKABBACH avait qualifié la réforme de l’audiovisuel public de mesure qui pouvait être une "vraie chance" pour la télévision publique, si elle obtenait des "moyens et une indépendance garantie".

M. ELKABBACH a également estimé que le pouvoir politique ne s’est "pas rendu compte de ce qu’il mettait en route" en annonçant la suppression de la publicité sur les chaînes du groupe public. "Ne faudrait-il pas proposer un moratoire à cette réforme, un temps d’apaisement pour ne pas agir dans la précipitation et fourguer en six mois une réforme qui peut avoir des conséquences négatives pour les personnels et l’ensemble du secteur?", s’est-il en outre interrogé. Le président d’Europe 1 et Public Sénat a également encouragé les personnels de France Télévisions à "apporter leur contribution à la réforme", notamment en "mutualisant davantage" et en "aidant aux synergies" entre les différentes sociétés du groupe. Enfin, M. ELKABBACH a assuré que le groupe Lagardère n’avait aucune intention de "lancer un vol de vautour" sur l’une des chaînes du groupe public, dans l’hypothèse – écartée par le président de la République Nicolas SARKOZY – d’une privatisation.

Sarah Benlolo et Fabienne Schmitt

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