Alain Weill, PDG de NextRadio TV

logo_ajm-correspondances.jpg
L’Association des Journalises des Médias et
de la Communication (AJM) réunit des journalistes actuellement actifs
traitant des sujets médias dans la presse écrite, la télévision, la
radio ou Internet. Chaque mois, elle organise un déjeuner avec une
personnalité des médias.

Les journalistes  de La Correspondance de la Presse, racontent chacun de ces rendez-vous.


Alain WeillMercredi 26 mars, l’AJM recevait Alain Weill, Président Directeur Général de NextRadio TV (RMC, BFM, BFM TV, groupe Tests) et acquéreur de "La Tribune" via sa holding personnelle News Participations


"Les groupes qui pensent qu’Internet viendra financer le papier disparaîtront", estime M. Alain WEILL, président-directeur général de NextRadio TV

Invité hier de l’Association des journalistes médias (AJM), M. Alain WEILL, président-directeur général de NextRadio TV (RMC, BFM, BFM TV, groupe Tests), acquéreur de "La Tribune" via sa holding personnelle News Participations, a apporté quelques précisions sur son projet de relance pour le quotidien économique. Persuadé que "la presse quotidienne a de l’avenir", M. WEILL a estimé que "la relance de "La Tribune" passe par un triptyque : un produit éditorial de qualité, une réduction des coûts et un développement du chiffre d’affaires". Sur le plan éditorial, "La Tribune" doit "réfléchir sur le rôle du journal par rapport à Internet et aux autres supports", a-t-il expliqué, jugeant que le journal papier devait être "créatif" et "apporter de la valeur ajoutée". Le projet de relance du quotidien (dont une nouvelle formule sera présentée en septembre prochain), ira ainsi "au-delà de la rénovation", a assuré M. WEILL, selon lequel "on réussira si on élargit le marché", en développant notamment la politique et l’international.

Sur le plan économique, les pertes du quotidien, qui étaient de 17 millions d’euros en 2007, ont été réduites "de façon drastique" depuis le rachat par News Participations, a assuré M. WEILL, sans plus de précisions chiffrées. L’équilibre est visé en 2010. Le plan d’économies, qualifié d’"important", "ne touche pas tellement la rédaction, mais la fabrication, la diffusion", a-t-il également expliqué. Depuis le rachat, 43 salariés sur environ 200 ont quitté le journal dans le cadre de la clause de cession, dont une vingtaine de journalistes. La direction a fixé un objectif de 50 départs (cf. "CP" du 9 avril 2008). Il y aura cependant "beaucoup de remplacements", a assuré M. WEILL, précisant que les équipes commerciales seraient notamment renforcées. A la fin de l’année, "La Tribune" doit ainsi compter "plus de 200 collaborateurs", a-t-il indiqué, dont une centaine de journalistes.


Il faut que le journal "soit rentable par lui-même" et soit "ambitieux"
, a-t-il jugé, avertissant que "les groupes qui pensent qu’Internet viendra financer le papier disparaîtront". Sur le plan commercial, M. WEILL compte augmenter la diffusion et le nombre d’abonnés de "La Tribune". Il souhaite également attirer vers la presse quotidienne économique certains annonceurs de secteurs jusqu’à présent "absents", comme celui du luxe. "La presse économique française a une image très institutionnelle, il lui manque une image plus glamour, art de vivre", a-t-il ainsi estimé. M. WEILL a cependant reconnu ne pas maîtriser "beaucoup de paramètres extrêmement complexes", tels que la distribution de la presse. Il a ainsi estimé que le bouclage de "La Tribune" à 19h30 en province n’était "pas acceptable pour l’avenir", et a jugé que "le monde de l’imprimerie est compliqué, pas moderne, pas dynamique".


"La presse quotidienne est quand même en grand danger et je n’ai pas l’impression que les uns et les autres en soient conscients"
, a-t-il regretté, ajoutant qu’il ne devait "pas y avoir de dossier tabou" dans la modernisation du secteur. "Depuis vingt ans la presse dit qu’elle va mal, elle subit, demande des aides", a également constaté M. WEILL, selon lequel "c’est tout un système qui doit être repensé". Sur le plan publicitaire notamment, il a ainsi jugé qu’il y avait "des arguments pour la presse quotidienne", qui pourrait bénéficier de retombées après la suppression de la publicité sur les antennes de France Télévisions. "La presse quotidienne aussi a besoin de son Grenelle", a-t-il également assuré.


"La Tribune" ne paraît pas aujourd’hui après une grève des salariés du service édition

Le déjeuner de l'AJM
C’est dans ce contexte que les salariés du service édition de "La Tribune" se sont mis en grève hier pour protester contre une réorganisation de ce dernier, entraînant la non-parution du quotidien aujourd’hui. "Pour la première fois depuis son rachat par Alain WEILL le 11 février, "La Tribune" ne sera pas dans les kiosques mardi", ont ainsi indiqué le SNJ, le SGJ-FO, Infocom-CGT et le Syndicat des correcteurs hier. Selon ces derniers, la direction a, "par une décision brutale et unilatérale", décidé une "réorganisation de l’édition dégradant de manière inacceptable le travail des journalistes, menaçant les emplois et la qualité de notre journal". Cette décision a "contraint" les salariés du service édition, "soutenus par les typographes et les correcteurs" à cesser le travail "pour obtenir l’ouverture de véritables et sincères négociations", ont-ils également expliqué. Une assemblée générale sur ce sujet a eu lieu hier au sein du quotidien économique.

Au total, une quarantaine de personnes étaient concernées par cet appel à la grève, qui ne touche pas les rédacteurs, ni les salariés travaillant sur le site Internet. "Nous avons débuté des négociations avec la direction sur la réorganisation du journal il y a quinze jours et alors même que ces négociations sont en cours, la direction veut réorganiser l’édition", a déploré M. David LARBRE, délégué SNJ. Selon ce dernier, la direction de "La Tribune" souhaite notamment que le service édition réalise un supplément pour la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur pour le mois de juin sans supplément de salaire, alors que les rédacteurs qui y participent sont payés en pige. "La direction essaye de passer en force et si elle réussit, elle appliquera la même méthode à l’ensemble du journal", a-t-il dénoncé. Les salariés protestent également contre la suppression envisagée de 7 postes sur 30 à l’édition et demandent que ceux dont le poste serait supprimé puissent être reclassés dans la rédaction.

Plus globalement, les salariés de "La Tribune" protestent depuis deux semaines contre "l’absence de dialogue social" avec la nouvelle direction du quotidien (cf. "CP" du 18 avril). Ils dénoncent également une méthode visant à "pallier par la seule productivité une baisse effrayante des effectifs", nous a-t-on indiqué. Un comité d’entreprise (CE) et un comité d’entreprise extraordinaire (CEE) doivent se tenir ce matin, le CEE ayant plus particulièrement pour objet le déménagement futur de la rédaction de "La Tribune" vers le siège de NextRadio TV à Issy-les-Moulineaux. "Ce n’est pas un quartier impossible", a assuré hier à ce sujet M. WEILL, déclarant notamment que si cette question faisait "partie des débats qui sont nécessaires et utiles", il y avait "des sujets plus importants". "Nous savons tous que les conditions de travail des journalistes seront meilleures qu’aujourd’hui", a-t-il notamment estimé. Les salariés de "La Tribune" soulignent quant à eux que "toutes les distances seront rallongées", et s’inquiètent d’un projet "fait à l’économie", impliquant "une énorme dégradation des conditions de travail".


2008, année "tranquille"

Le déjeuner de l'AJM
Concernant NextRadio TV, M. WEILL a de nouveau affirmé (cf. "CP" du 3 avril 2008) qu’il souhaitait monter dans le capital lorsque le fonds d’investissements Alpha Radio BV se désengagerait de l’entreprise. Le fonds, qui détient 23 % du capital, "a vocation à partir dans les mois qui viennent, peut-être en 2008, 2009 ou 2010", a indiqué M. WEILL, ajoutant : "l’idée, c’est plutôt que cela se fasse dans les 12 mois qui viennent", même s’il n’y a "pas de pression". A l’occasion de ce désengagement, M. WEILL, qui détient 36 % du capital à travers sa holding WMC, filiale de News Participations, souhaite "monter à au moins 51 %". Cette opération supposera "d’ouvrir le tour de table de WMC" à de nouveaux investisseurs, "tout en en gardant le contrôle", a-t-il expliqué.

M. WEILL a en outre estimé que son groupe devrait connaître en 2008 une "année convenable" en termes de résultats. "Le début d’année n’a pas été euphorique sur la radio", mais le deuxième trimestre devrait être "bien meilleur que le premier", "la télévision va très bien et le groupe Tests se redresse", a-t-il détaillé. Après 2007, qui a été l’année d’un "coup d’accélérateur" en termes d’acquisitions et de développement, 2008 sera "tranquille", a-t-il ajouté. "Je n’ai pas les moyens de financer trop d’erreurs", s’est ainsi justifié M. WEILL, reconnaissant cependant qu’une "entreprise est condamnée à la croissance, sous peine d’être rachetée".

Le président-directeur général de NextRadioTV a ainsi indiqué avoir été "sollicité" pour le rachat du service français d’Associated Press, mais a assuré que ce dossier, qu’il ne "connaissait pas", ne faisait "pas partie des sujets actuels". De même, M. WEILL a démenti les hypothèses de rapprochement entre NRJ Group et NextRadio TV, assurant que les deux groupes avaient "des trajectoires différentes". Il a aussi estimé que des rapprochements avec les groupes Bolloré ou TF1 n’avaient "pas beaucoup de sens", et a jugé que la cotation en bourse de la filiale Internet de NextRadio TV, InterNext, serait "une erreur" qui ajouterait de la "confusion" à la stratégie du groupe.


M. WEILL s’est en outre déclaré "convaincu" du sens de la stratégie du groupe NextRadio, visant à "être présents sur tous les supports"
(Internet, radio, télévision, presse écrite). Après le lancement du site rmc.fr (1,2 million de visiteurs uniques mensuels, selon M. WEILL), NextRadio TV élabore actuellement le "projet d’un site d’information puisque rien n’a été fait sur Internet avec la marque BFM", a souligné le président-directeur général. Un tel projet devrait être développé en 2009.

De même, M. WEILL est revenu sur les synergies qu’il comptait mettre en place au sein du groupe NextRadio TV, notamment avec la création de l’agence RMC Sport, qui a provoqué de vives réactions de syndicats de l’audiovisuel (cf. "CP" du 25 avril 2008). "Je dis oui au dialogue, mais je pense que le rôle des syndicats est aussi de pousser les entreprises de presse à aller plus vite et plus loin", a-t-il ainsi déclaré, réfutant notamment l’utilisation du terme de "journaliste-orchestre". "Qu’un expert d’une question fasse un papier sur plusieurs supports ne me paraît pas absurde", a-t-il également jugé, précisant que "si les médias traditionnels sont fermés par principe à la réflexion, c’est dangereux". "Si l’on ne fait pas cet effort là, on sera en grave difficulté, nous et les autres groupes", a-t-il également averti, assurant qu’il en allait "de l’évolution de la profession".

Sarah Benlolo
Photos : Charlotte B.

Plus d’infos sur l’Association des Journalistes des Médias
Plus d’infos sur la Correspondance de la Presse

Vous aussi, Participez à notre enquête

Un Panthéon du Journalisme, en France et en Europe.

Quelles sont les 10 personnalités de l’histoire du Journalisme français qui incarnent le mieux, selon vous, les valeurs de notre métier ?

Quel·les sont les journalistes, aujourd’hui disparu·es, qui ont forgé votre imaginaire ? Vous ont fait rêver ? Vous ont peut-être donné envie de faire ce métier ?

Des journalistes dont l’œuvre ou la vie ont incarné nos valeurs, vous ont servi de repères ?

Qui sont ces "grand·es" journalistes en somme à qui notre communauté professionnelle est «reconnaissante » ?

L’association Journalisme & Citoyenneté, organisatrice des Assises du Journalisme de Tours, de Tunis et de Bruxelles, vous propose de participer à la création du PANTHEON du JOURNALISME, en France d’abord, en Europe ensuite, pour honorer ces femmes et ces hommes qui ont marqué ce métier de leur empreinte.

Pour participer, rien de plus simple. Choisissez dans la liste sur la page suivante les 10 personnalités qui méritent à vos yeux de rentrer en priorité dans ce Panthéon laïc et numérique.

Objectif : Identifier celles et ceux qui nous rassemblent. Contribuer à les faire mieux connaitre, avec la conviction que dans cette période de doute sur sa légitimité, notre métier a plus que jamais besoin de se raccorder à son histoire.

Nous partagerons les premiers résultats de cette consultation lors de la seizième édition des Assises du journalisme à Tours le 30 mars 2023.

Nous lancerons ensuite la démarche au niveau européen en proposant aux journalistes des 26 autres pays de l’UE de s’associer à l’initiative avec l’ambition de présenter le Panthéon des Journalistes Européen lors de la deuxième édition des Assises de Bruxelles à l’automne 2024.

En fonction de la dynamique créée, un groupe de travail proposera les évènements, les colloques, les publications qui permettront de valoriser au mieux l’histoire et l’œuvre des journalistes Panthéonisés.

Pour suivre le développement du projet, vous pouvez vous inscrire à la newsletter journalisme.com :