Jean-Marc Michel : « le pouvoir de l’argent occulte le droit à l’information »


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Jean-Marc Michel est le vice-président de l’UJSF, l’Union des journaliste de sport en France. Il revient avec nous sur les dérives et les écueils que devraient éviter les journalistes de sport.

 


Commençons par le nom. Doit-on dire "journaliste de sport" ou "journaliste sportif" ?

C’est une question de français. Le journaliste de sport couvre le sport. Le journaliste sportif fait du sport. Mais, ça ne pose pas vraiment de problème. Dans les colloques, quand on parle de  moi en tant que sportif, ça fait sourire… Mais, c’est vrai dans certaines rédactions, "sportif" est un terme un peu dévalorisant. Je ne comprends pas. Nous sommes des journalistes. Notre caractéristique même, c’est de toucher à tout. Le journaliste de sport, s’il n’a pas de notions médicales, juridiques, économiques, il est à la ramasse. Il faut qu’il soit complet, et souvent bien plus que les autres. Je prends un exemple, car je l’ai vécu plusieurs fois. Si un rédacteur en chef a un problème d’effectif, si un tel est absent, l’autre est malade, il puise dans le service des sports. Et il aura toujours un bon papier. S’il prend "l’économiste" de la rédaction pour couvrir les championnats d’athlétisme du coin, j’attends de voir la copie. Le journaliste de sport est avant tout un journaliste.

Quelles sont les difficultés que rencontre le journalisme sportif?

Le sport est devenu un spectacle. Un artiste a son environnement, son manager, son attaché de presse…  On retrouve la même organisation. Pour approcher un sportif, il y a au moins trois intermédiaires. Il est fini le temps où nous allions manger une pizza avec les athlètes après les compétitions. On partageait des infos, ça nous permettait de mieux comprendre ce qui se passait dans les vestiaires. Le métier est différent. Les clubs aussi ont évolué. Avant, les clubs de football souhaitaient que les joueurs communiquent, pour que l’on parle d’eux. Maintenant, ils n’en ont plus besoin. Ils ont leurs sites, leurs télés, et leurs matches diffusés toutes les semaines. Et je pense que nous ne sommes même pas encore au bout de la logique.

Est-ce que vous avez constaté des dérives?

Le pouvoir de l’argent. Cela occulte maintenant le droit à l’information. Le principe du droit à l’information, ce n’est pas un droit corporatiste, c’est un droit citoyen. Nous avons accès à l’info, nous la transmettons. Certains médias n’ont encore pas accès à la source de l’info. Il y a encore des problèmes à régler. Canal + , qui détient les droits du football français, va maintenant diffuser une journée de championnat de Ligue 1 sur trois soirs. Il y aura des matches le vendredi, samedi, dimanche. Le droit à l’info (NDLR: les autres chaînes peuvent diffuser jusqu’à une minute dans leurs JT) s’appliquera-t-il à la journée entière de championnat? S’appliquera-t-il indépendamment par soirée? Nous ne savons encore pas si les chaînes pourront diffuser des images dans leurs infos avant le lundi. Ça rime à quoi pour un match qui a eu lieu le vendredi? Nous pensons que les chaînes qui détiennent l’exclusivité d’une compétition sportive ne peuvent exercer cette exclusivité, que du coup d’envoi au coup de sifflet final. Après, les images doivent être dans le domaine public.

Et pour les radios?

Grâce à nous, l’exclusivité n’existe pas encore. Nous avons eu de la chance car le problème s’est posé sous un ministre des sports très sensibilisé sur le sujet. C’était alors Marie-George Buffet. Et peu importe son appartenance politique, le sujet n’est pas là, puisque ensuite Jean-François Lamour nous a protégé aussi. Ce que les médias qui poussent à ça doivent comprendre, c’est qu’un jour, ils sont détenteurs des droits, le lendemain ils ne le sont plus. Il doit y avoir des règles pour protéger les journalistes.

Il y a aussi le problème des "consultants", ces anciens sportifs ou entraîneurs qui participent aux retransmissions en direct.

Oui. Et cela n’émeut pas du tout les rédactions. Avant, il n’y en avait qu’un. Maintenant, les radios les multiplient. Il faut prendre conscience que le consultant prend la place d’un journaliste. Les tribunes de presse ne sont pas extensibles! Quand les radios arrivent avec deux journalistes, trois consultants et un technicien, on les met où, nous?


Propos recueillis par Maxime Mamet

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