Prix Lorenzo Natali 2008 : Promouvoir la liberté de la presse dans le monde

Le Prix Lorenzo Natali pour le journalisme met l’accent cette année sur la liberté d’expression, les Droits de l’Homme, la démocratie et le développement. 8 des 17 lauréats venant du monde entier étaient présents mardi 18 novembre à Paris pour parler de leur parcours et de leur quotidien de journaliste engagé.

« Le journalisme c’est l’éducation au réel du citoyen. Sans journalisme vivant et indépendant, la démocratie n’est qu’un mirage. » Pour Louis Michel, représentant officiel de la Commission Européenne, le Prix Lorenzo Natali est une nouvelle occasion de rendre hommage à des journalistes engagés pour les Droits de l’Homme, la démocratie et le développement. Et Larry Kilman, membre du World Association of Newspaper mais aussi membre du Jury 2008 du prix, d’ajouter : « Le plus important c’est l’impact que peuvent avoir ces histoires. Ces journalistes écrivent sur des sujets difficiles qui provoquent souvent des réactions. C’est aussi le rôle de la presse dans notre société. » Pour la Commission Européenne ainsi que pour le jury composé de journalistes et de représentants d’ONG, le prix Lorenzo Natali est une nouvelle preuve que les médias sont à la fois un élément essentiel de contre-pouvoir, d’éducation, et de débat démocratique.

17 lauréats pour un idéal : la liberté d’expression

Parmi plus de 1500 candidats issus de plus de 150 pays, 17 ont reçu un Prix Natali : 1 Grand Prix, 3 Prix Afrique, 3 Prix Amérique Latine et Caraïbes, 3 Prix Asie et Pacifique, 3 Prix Europe, 3 Prix Maghreb et Moyen-Orient, 1 Prix Spécial Télévision, 1 Prix Spécial Radio. Le grand gagnant 2008 est Larisse Houssou, journaliste béninois, qui a écrit un article intitulé « Dressés pour tuer… », sur les enfants enrôlés de force dans des factions armées du Darfour, paru dans le quotidien indépendant béninois Le Progrès. Très calme, posé, Larisse Houssou répond aux questions et raconte sa rencontre avec un journaliste suisse : « Nous nous sommes rencontrés au Soudan où j’avais été recruté par l’Unicef. Lui allait en direction du Darfour, je l’ai suivi. Pour moi c’était une chance unique de pénétrer dans des camps où des centaines d’enfants sont concentrés sous l’autorité de rebelles. En Afrique, ce sont les occidentaux qui traitent ce genre de sujets,  pas les journalistes africains, essentiellement pour des raisons de sécurité. » Journaliste depuis onze ans au Bénin, Larisse n’avait couvert jusqu’à ce jour que des faits de société, des événements officiels. Cette enquête qui n’a duré qu’une semaine dans trois camps différents pour ne pas éveiller les soupçons des rebelles, a été pour lui une véritable révélation : « En tant que journaliste j’ai des responsabilités, j’ai le devoir de témoigner sur ce qui se passe dans mon pays. Maintenant, je vais continuer à faire de l’investigation même si cela doit me contraindre à signer avec un nom d’emprunt, comme je l’ai fait pour « Dressés pour tuer… » »

Larisse Houssou, un exemple parmi tant d’autres…

Larisse est loin d’être le seul à subir encore la censure et la menace. Les sept autres journalistes invités par le Centre d’Accueil de la Presse Etrangère (CAPE) expliquent tour à tour leur quotidien mais avant tout leur engagement pour promouvoir la liberté d’expression au-delà de leur propre pays. Pour les huit lauréats, le Prix Lorenzo Natali représente bien plus qu’une simple somme d’argent : « Il nous aide à poursuivre nos reportages, c’est une reconnaissance importante pour nous car il fortifie notre combat pour les Droits de l’Homme. Notre détermination est encore plus forte après une telle récompense : nous n’avons plus le droit de faillir. » Le Prix Lorenzo Natali est aussi pour certains un passeport, une ouverture plus grande sur le monde, une possibilité de franchir les frontières de leur pays qui permet de réaliser d’autres enquêtes. On apprendra également que certaines des enquêtes primées comme celle de Nassima Oulebsir sur « Ces enfants interdits d’école en Algérie » ont permis de faire avancer les choses au niveau législatif : « Depuis la parution de mon article, explique la journaliste algérienne, des projets de loi sont à l’étude pour remédier aux problèmes que j’évoque par écrit. C’est aussi ça la vraie satisfaction. » Cependant, pour d’autres journalistes comme Edgar Cherubini Lecuna (Venezuela), Rapahel Gomide (Brésil), John Njoroge (Kenya), la parution de leurs articles n’a pas vraiment amélioré la situation… Mais pour eux, l’important c’est d’en parler et de continuer le combat pour qu’un jour, peut-être, les choses puissent évoluer.
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Tiphaine Bellambe
(Photos : Tiphaine Bellambe)

Liste des Lauréats du Prix Natali 2008

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Un Panthéon du Journalisme, en France et en Europe.

Quelles sont les 10 personnalités de l’histoire du Journalisme français qui incarnent le mieux, selon vous, les valeurs de notre métier ?

Quel·les sont les journalistes, aujourd’hui disparu·es, qui ont forgé votre imaginaire ? Vous ont fait rêver ? Vous ont peut-être donné envie de faire ce métier ?

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L’association Journalisme & Citoyenneté, organisatrice des Assises du Journalisme de Tours, de Tunis et de Bruxelles, vous propose de participer à la création du PANTHEON du JOURNALISME, en France d’abord, en Europe ensuite, pour honorer ces femmes et ces hommes qui ont marqué ce métier de leur empreinte.

Pour participer, rien de plus simple. Choisissez dans la liste sur la page suivante les 10 personnalités qui méritent à vos yeux de rentrer en priorité dans ce Panthéon laïc et numérique.

Objectif : Identifier celles et ceux qui nous rassemblent. Contribuer à les faire mieux connaitre, avec la conviction que dans cette période de doute sur sa légitimité, notre métier a plus que jamais besoin de se raccorder à son histoire.

Nous partagerons les premiers résultats de cette consultation lors de la seizième édition des Assises du journalisme à Tours le 30 mars 2023.

Nous lancerons ensuite la démarche au niveau européen en proposant aux journalistes des 26 autres pays de l’UE de s’associer à l’initiative avec l’ambition de présenter le Panthéon des Journalistes Européen lors de la deuxième édition des Assises de Bruxelles à l’automne 2024.

En fonction de la dynamique créée, un groupe de travail proposera les évènements, les colloques, les publications qui permettront de valoriser au mieux l’histoire et l’œuvre des journalistes Panthéonisés.

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