Le Mouvement Citoyen pour le Droit à l’Information lance un appel depuis la Guadeloupe

A l’initiative d’un petit groupe de blogueuses de Guadeloupe, le Mouvement Citoyen pour le Droit à l’Information a vu le jour au début de cette année sur l’île papillon, afin de défendre la liberté d’expression et réaffirmer le devoir des journalistes de relayer l’information avec équité. Dans une "lettre ouverte à l’attention de tous les médias", le MCDI appelle la profession à réagir afin "que la classe journalistique ne joue pas le jeu de l’Etat et comprenne que la France ne se limite pas à l’hexagone"

Lettre ouverte                                                                     

Guadeloupe, le 13 Février 2009

 
Mesdames, Messieurs les journalistes,

Si nous prenons la plume ce jour (ou plutôt le traitement de texte), c’est pour vous faire part d’une situation particulièrement inquiétante.  Vous n’êtes pas sans savoir que la Guadeloupe traverse actuellement une crise très grave. Cela fait maintenant 4 semaines que cela dure et nous, habitants de la guadeloupe, des autres DOM et métropolitains, nous posons un certain nombre de questions quant à la façon dont cet évènement est perçu en France hexagonale.

Retard dans l’information

Durant les deux premières semaines, aucune information n’a été relayée dans les médias nationaux sur les faits se déroulant dans l’île. Comment cela a-t’il été possible ? En effet, si la Haute-Vienne, la Seine St Denis ou le Pas de Calais  s’étaient mis en grève totale, combien de temps aurait-il fallu aux médias pour communiquer l’information ? Moins d’une heure.

Pourtant, pour la Guadeloupe, il aura fallu attendre 15 jours de paralysie totale pour que cela fasse la une des journaux. Pourquoi notre merveilleuse île ne serait-elle pas considérée comme un département français à part entière ? Pourquoi fait-elle l’objet d’une telle indifférence ? Serait-ce la distance qui expliquerait un tel retard à l’allumage ? Faut-il alors en conclure que hors de la métropole, il n’y à point  de salut, point de droit à être écouté ou même entendu par les autres départements ?

M. Sarkozy a accordé une interview afin de pouvoir s’expliquer au sujet des problèmes du moment. Pas un mot sur la Guadeloupe. Beaucoup ici se sont indignés sur le silence de notre Président. Mais ce n’est pas que ce silence qui nous a le plus choqué, mais bien le manque d’intérêts sur le sujet de la part des 2 journalistes. Après tout,  Le Président n’était là que pour apporter des réponses et non poser les questions. C’est donc bien aux journalistes, qu’aujourd’hui, nous demandons : comment avez-vous  bien pu omettre de parler des préoccupations de toute une population, à savoir celle de la Guadeloupe et des DOM en général ?

Nous aimerions croire à un regrettable oubli et non pas à une intention claire et délibérée de passer outre sur un sujet sensible. Il serait souhaitable que la classe journalistique ne joue pas le jeu de l’Etat et comprenne que la France ne se limite pas à l’hexagone.

Désinformation

Notre seconde préoccupation concerne la façon dont l’information est relayée. En fait, quand nous parlons d’information nous voulons plutôt dire désinformation. Lorsque nous écoutons les médias nationaux et locaux, nous constatons une énorme différence. Comment une telle distorsion des faits peut elle se produire ?

        –  Pourquoi seuls les communiqués du gouvernement sont-ils repris par les médias ?
        –  Pourquoi les porte-paroles du LKP ou de l’UGTG ne sont-ils pas interrogés ?
        –  Pourquoi les communiqués des élus de Guadeloupe ne sont ils pas diffusés en métropole ?
       –  Pourquoi dans les reportages, nous ne voyons que le regard de touristes, parfois aigri que leur séjour soit mis à mal par le mouvement ?
        –  Pourquoi ne pas montrer le quotidien difficile d’une famille pour s’approvisionner en gaz, essence et nourriture ?
        –  Pourquoi les reportages sont-ils montés que sur du sensationnel et du négatif ?

Serions-nous dans un système de pensée unique où seule la parole de l’Etat compte et que le reste est sans intérêt ? Pourtant, si ce reste n’avait pas d’intérêt il n’y aurait pas un tel soutien de la population entière. Ce qu’il faut bien entendre et comprendre de ce qui se passe en ce moment, c’est le cri de tout un peuple qui souffre et qui aimerait bien que tout cela cesse au plus vite. Vous vous devez de montrer toutes les faces de la vie quotidienne qu’engendre ce cri de désespoir.

Nous reconnaissons qu’envoyer des envoyés spéciaux n’est pas forcement  chose facile et représente un certain coût. Pourquoi ne pas vous mettre en relation avec nos médias locaux ? Internet est une source d’information et un vrai moyen de communication.

        
–  Vous pouvez déjà commencer par consulter le site de Lyannaj Kont Pwofitasyon (http://www.lkp-gwa.org/ ). Il serait bien que leurs communiqués puissent avoir le même écho que ceux du gouvernement. Ne serait qu’au nom de l’équité dans le droit et le temps de parole.
        
–  Vous pouvez également écouter depuis Internet une radio locale qui donne un temps de parole important à tous les protagonistes qui interviennent dans la négociation. Il s’agit de Radio Caraïbes International (http://gp.rci.fm/ ). Vous pouvez même utiliser un stream audio (http://mq.rci.fm/player/gp.m3u) pour tout suivre en direct.
        
–  Vous pouvez aussi faire comme l’Express et essayer de prendre des informations en suivant les blogs îliens. C’est une source d’information non négligeable.
        
–  Nous vous recommandons également le site du syndicat UGTG (http://ugtg.org/ ).
 
Depuis plusieurs jours, nous lisons des articles et surtout les commentaires qui suivent. Nous sommes atterrés par le discours de certains. Mais comment éviter ce style de comportement haineux quand à la base l’information est complètement orientée.
 
Des gens n’hésitent plus à dire que les Antilles ne sont pas Françaises. Que les antillais ne sont que des bons à rien, profitant au maximum de l’argent des métropolitains. Nous sommes considérés comme des "pleurnicheurs" à qui, un jour ou l’autre, il faudra donner leur indépendance.
 
C’est là que le rôle des médias est important. C’est à vous de faire remonter les problèmes et c’est à vous de dire au peuple ce que le gouvernement cache, ne veut pas entendre et encore moins résoudre. Les revendications de LKP sont tout ce qu’il y a de plus légitimes. Et si aujourd’hui c’est le clash, c’est tout simplement parce que l’Etat a mis en place un type de fonctionnement qui aujourd’hui ne convient plus à la population des DOM.
L’état s’est embourbé. Il n’est plus capable de rétablir les choses et préfère du coup invoquer des soucis inter-guadeloupéens et s’investir qu’en simple médiateur.
 
Nous pourrions encore vous en écrire des pages, mais notre volonté n’est pas de faire un reportage approfondi sur la crise dans l’île papillon. Plutôt de vous faire prendre conscience de la nécessité de bien veiller à ce que tous les sons de cloches puissent résonner à égalité afin que le peuple sache vraiment ce qu’il en est. Sachez que nous restons à votre disposition pour toute information complémentaire car, plus que quiconque, nous souhaitons que la lumière jaillisse et ouvre les yeux de ceux qui ne veulent rien voir.                                               
 

Mouvement Citoyen pour le Droit à l’Information (MCDI).


Contact :
Nathalie HOARAU (bique.hoarau@yahoo.fr) ; Christelle RASPOLINI (christelle_ras@hotmail.com)

Télécharger la lettre ouverte du MCDI et la liste des premiers signataires


Plus d’infos et signer l’appel sur le blog "Sous le soleil et les alizés"

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Un Panthéon du Journalisme, en France et en Europe.

Quelles sont les 10 personnalités de l’histoire du Journalisme français qui incarnent le mieux, selon vous, les valeurs de notre métier ?

Quel·les sont les journalistes, aujourd’hui disparu·es, qui ont forgé votre imaginaire ? Vous ont fait rêver ? Vous ont peut-être donné envie de faire ce métier ?

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L’association Journalisme & Citoyenneté, organisatrice des Assises du Journalisme de Tours, de Tunis et de Bruxelles, vous propose de participer à la création du PANTHEON du JOURNALISME, en France d’abord, en Europe ensuite, pour honorer ces femmes et ces hommes qui ont marqué ce métier de leur empreinte.

Pour participer, rien de plus simple. Choisissez dans la liste sur la page suivante les 10 personnalités qui méritent à vos yeux de rentrer en priorité dans ce Panthéon laïc et numérique.

Objectif : Identifier celles et ceux qui nous rassemblent. Contribuer à les faire mieux connaitre, avec la conviction que dans cette période de doute sur sa légitimité, notre métier a plus que jamais besoin de se raccorder à son histoire.

Nous partagerons les premiers résultats de cette consultation lors de la seizième édition des Assises du journalisme à Tours le 30 mars 2023.

Nous lancerons ensuite la démarche au niveau européen en proposant aux journalistes des 26 autres pays de l’UE de s’associer à l’initiative avec l’ambition de présenter le Panthéon des Journalistes Européen lors de la deuxième édition des Assises de Bruxelles à l’automne 2024.

En fonction de la dynamique créée, un groupe de travail proposera les évènements, les colloques, les publications qui permettront de valoriser au mieux l’histoire et l’œuvre des journalistes Panthéonisés.

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