Le Forum des SDJ refuse de cautionner des Etats généraux « où tout semble joué d’avance »…

Faiblement représentées au sein des différents groupes de travail mis
en place par le gouvernement, les Sociétés de Journalistes ont
finalement préféré boycotter l’événement. Dans un article publié dans
Le Monde du 12 novembre, plusieurs représentants de SDJ expliquent
pourquoi ils refusent de cautionner des "Etats généraux où tout semble
joué d’avance"…


Le pluralisme oublié

Article paru dans Monde du Mercredi 12 novembre 2008

Singuliers Etats généraux de la presse écrite où n’ont été concédées que deux places – sur 140 participants – aux représentants des sociétés de journalistes. Et encore, au terme d’âpres négociations avec l’Elysée qui en disent long sur l’objectivité des débats. Ne pouvant que faiblement faire entendre sa voix, le Forum des sociétés de journalistes a donc préféré ne pas apporter sa caution à des Etats généraux où tout semble joué d’avance.

A commencer par écarter d’emblée les mauvais coucheurs qui oseraient évoquer les problèmes de qualité de l’information et d’indépendance des rédactions. Ajoutons que l’organisation de ces Etats généraux défie les règles élémentaires de la démocratie dont ils prétendent s’inspirer : légitimité des patrons de commission plus que discutable, participants triés sur le volet, avec une majorité d’éditeurs et une faible représentation des journalistes, enfin, quasi-absence des lecteurs et surtout une publicité des débats insuffisante. La presse d’information générale et ses lecteurs méritaient mieux que cela.
{xtypo_rounded_right1} Jean-Michel DumayInterview filmée de Jean-Michel Dumay sur les Etats généraux
Voir la vidéo {/xtypo_rounded_right1}
Patrons de presse et hommes politiques vont donc se retrouver entre eux – avec le succès qu’on leur connaît depuis plusieurs décennies dans ce domaine – pour déterminer ce que sera la nouvelle donne économique du secteur. Mais se pencheront-ils sur les vrais problèmes qui rongent notre profession, son discrédit auprès des lecteurs, intimement lié à son manque d’indépendance, mais aussi aux conditions de travail dégradées au sein des rédactions ?
Si en 2003, un grand nombre de sociétés de journalistes ont, pour la deuxième fois dans l’histoire de la presse, choisi de se fédérer au sein du Forum des sociétés de journalistes, c’était justement pour réagir aux attaques répétées menées par tous les pouvoirs – économiques, politiques, judiciaires – contre l’indépendance des rédactions. Elles ont été nombreuses, à tel point que le nombre d’adhérents du Forum a plus que doublé, des sociétés de journalistes se créant dans de nombreux médias, et notamment lorsque leur indépendance est menacée.
Le but de ces sociétés n’est pas de défendre la corporation des journalistes, mais de faire respecter un bien public qui, plus que jamais, nous est essentiel à tous, l’information. Depuis la révision du 23 juillet, l’article 34 de la Constitution consacre d’ailleurs définitivement "la liberté, le pluralisme et l’indépendance des médias". Mais de cela, on ne veut pas avec les sociétés de journalistes aux Etats généraux de la presse.

HYPERCONCENTRATION

Justement de quoi y parlera-t-on ? D’abord d’abaisser les seuils de concentration qui empêchaient les rares acteurs économiques du secteur d’y être trop dominants. Chiche ! Mais que propose-t-on en échange aux journalistes – et aux lecteurs – pour leur garantir que cette hyper-concentration de leviers médiatiques entre quelques mains amies de tous les pouvoirs, fonctionnera sans broyer les dernières velléités d’indépendance ?
La presse française vit déjà une situation d’exception : comment peut-elle jouer son rôle de contre-pouvoir quand elle est la propriété, parmi d’autres activités, d’industriels certes respectables, mais quand même si proches du pouvoir, ne serait-ce qu’à travers l’attribution des marchés publics.
Aux Etats généraux, il aurait sans doute été révolutionnaire d’aborder cette confusion des genres. D’autant que, sur la concentration, Danielle Giazzi, secrétaire nationale de l’UMP, dans son rapport "Sur les médias et le numérique", remis à Nicolas Sarkozy, nous rassure sur l’indépendance à venir des rédactions : elle estime que la concentration permettra aux journaux d’être économiquement plus rentables, ce qui rendra mécaniquement les journalistes plus libres. Qui peut croire à une telle fable ?
En réalité, sans établir des chartes de déontologie juridiquement opposables au sein des rédactions, sans assurer légalement l’existence des sociétés de journalistes, chargées de les faire respecter, sans associer les journalistes aux décisions éditoriales, la confiance avec les lecteurs ne sera jamais rétablie.
Les Etats généraux ne devraient avoir qu’un but. Redonner un vrai sens au pluralisme, dans le respect mutuel des prérogatives des éditeurs, du droit d’expression des journalistes, du devoir d’absolue neutralité des pouvoirs publics. Il serait incompréhensible que la presse meurt, finalement étouffée par tous ceux qui ne veulent pas entendre les vraies aspirations de ceux qu’ils emploient. Car les journalistes ne demandent qu’une chose : réaliser un travail de qualité qui permettra de regagner le respect des lecteurs et valorisera les investissements des éditeurs.

Sylvain Courage, "Le Nouvel Observateur" ; Jean-Michel Dumay, "Le Monde" ; François Malye, "Le Point" ; Caroline Mangez, "Paris Match" ; Matthieu Quiret, "Les Echos" ; Isabelle Repiton, "La Tribune" ; Jacques Trentesaux, "L’Express".

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Edwy Plenel : "C’est aux journalistes d’organiser eux-mêmes leurs Etats généraux !"
François d’Orcival : "S’ils devaient le faire, pourquoi ne l’ont-ils pas fait ?"
Laurent Joffrin sur les Etats généraux de la presse
Jean-Pierre Tuquoi, président de la SRM : "Il faut sauvegarder l’indépendance…"
Christine Albanel : des Etats généraux "centrés sur la presse et l’économie de la presse"

Lire nos articles sur le même sujet :
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Etats généraux de la presse : Les 4 groupes s’organisent
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Enquête : Les français souhaitent s’impliquer et réagir à l’information
Etats généraux de la presse : C’est parti !

Dossier : Qu’attendre des Etats généraux de la presse ?


Nicolas Sarkozy : "Favoriser l’émergence de groupes de communication forts"


Le site des Etats généraux de la presse

Le site du Monde

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