La Télé libre, laboratoire de contre-pouvoir

Le quotidien Libération publie, depuis le 23 mars, une série d’articles
sur l’information et le Web. Passant en revue les meilleurs sites et
les dernières innovations de l’info en ligne, la journaliste Frédérique
Roussel se penche sur le mystère de ces fameux "journaux sans papier"
qui fleurissent ça et là sur la Toile. Après les incontournables
Mediapart, Rue89, Bakchich… Place aux web TV avec, en première ligne,
la Télé libre de John Paul Lepers. Pas de modèle économique, pas de
rédaction, mais 30 000 euros de dons en deux ans et déjà 100 000
visiteurs mensuels…

 
-> Article paru dans Libération du 30 mars 2009 (reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur)

John Paul Lepers sur la Télé libreInutile de le chercher à La Télé libre, John Paul Lepers est sur la route. Le journaliste sillonne l’Europe avec son équipe pour un documentaire commandé par France 4. Au menu : le sexe et l’amour dans la perspective des élections européennes. A Lille avec des rappeurs, à Bruxelles avec une sexologue spécialiste de l’orgasme féminin, à Amsterdam avec des prostituées… L’ancien reporter du Vrai Journal de Canal + vient d’achever, sur le même principe du road-movie en camping-car, un docu sur le logement (1) qui sera diffusé une semaine après le petit écran sur latelelibre.fr. L’insolent point rouge bouge encore.

En lançant La Télé libre, le 24 janvier 2007, ses cinq fondateurs rêvaient "d’inventer un nouveau média" qui ne ferait pas de compromis et à montrer ce qui ne passe pas à la télé. Deux ans et deux mois plus tard, le bilan est contrasté. Question viabilité financière, c’est un fiasco. "Il n’y a pas de modèle économique, reconnaît Lepers qui s’est remis à chercher activement du travail après être arrivé en fin de droits. La Télé libre fonctionne grâce au bénévolat, mis à part un salarié aidé." Pas de rédaction, pas de charges, un hébergement et du matériel prêtés gracieusement, 30 000 euros de dons en deux ans et 1 000 vidéos postées à raison d’une mise en ligne quotidienne.

Petit Poucet gratuit du Web, avec 100 000 visiteurs mensuels, le site s’est allié avec des congénères, Agoravox et Bakchich, pour proposer une offre publicitaire commune, "Stop Intox", commercialisée par la régie Manchette. "Mais on est nul en référencement et en intégration pub", précise John Paul Lepers, pour qui "la réalité humaine est plus forte que la réalité économique". La rentabilité compte moins que de fédérer la profession, d’accueillir les bonnes volontés et de réfléchir aux pistes possibles. Les road-movies pour France 4 vont se décliner en films participatifs sur latelelibre.fr. Chaque thème sera décliné sur une carte géographique, que les correspondants et les internautes vont enrichir. Ces documentaires éclatés pourraient ensuite reconstruire d’autres films.

Laboratoire, La Télé libre sert aussi à tester des concepts d’émission, comme le Point rouge, sorte de happening citoyen dans la rue où Lepers va à la rencontre de manifestants ou d’ouvriers, tapis rouge sur l’épaule. Elle représente aussi un tremplin pour une école populaire dont il rêve depuis longtemps : "En deux ans, on a formé soixante-dix personnes, des stagiaires ou des gens venus de leur propre chef apprendre une certaine écriture de l’image." Certains collaborateurs bénévoles ont essaimé, comme le dessinateur Xavier Lacombe qui a été repéré par l’Echo des savanes.

Le projet d’école, en discussion avec un centre de formation reconnu, est d’enseigner le reportage citoyen à des jeunes des quartiers de la région parisienne, entre prise d’images télé et publication en ligne. Trois films seraient ensuite tournés par La Télé libre sur cet apprentissage de la technique et de l’éthique du journalisme. "Même si c’est déraisonnable, avance John Paul Lepers de son escale néerlandaise, nous sommes en pleine mutation des médias, faut pas qu’on lâche."

Frédérique Roussel


(1) JPL en camping-car, un toit pour moi, mardi 7 avril à 20 h 35, sur France 4.

Retrouvez les articles de la série "Les sites d’information sur le Net" sur le site de Libération
Le site de la Télé libre

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Un Panthéon du Journalisme, en France et en Europe.

Quelles sont les 10 personnalités de l’histoire du Journalisme français qui incarnent le mieux, selon vous, les valeurs de notre métier ?

Quel·les sont les journalistes, aujourd’hui disparu·es, qui ont forgé votre imaginaire ? Vous ont fait rêver ? Vous ont peut-être donné envie de faire ce métier ?

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Pour participer, rien de plus simple. Choisissez dans la liste sur la page suivante les 10 personnalités qui méritent à vos yeux de rentrer en priorité dans ce Panthéon laïc et numérique.

Objectif : Identifier celles et ceux qui nous rassemblent. Contribuer à les faire mieux connaitre, avec la conviction que dans cette période de doute sur sa légitimité, notre métier a plus que jamais besoin de se raccorder à son histoire.

Nous partagerons les premiers résultats de cette consultation lors de la seizième édition des Assises du journalisme à Tours le 30 mars 2023.

Nous lancerons ensuite la démarche au niveau européen en proposant aux journalistes des 26 autres pays de l’UE de s’associer à l’initiative avec l’ambition de présenter le Panthéon des Journalistes Européen lors de la deuxième édition des Assises de Bruxelles à l’automne 2024.

En fonction de la dynamique créée, un groupe de travail proposera les évènements, les colloques, les publications qui permettront de valoriser au mieux l’histoire et l’œuvre des journalistes Panthéonisés.

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