Etats généraux : Aller vers le public ou se replier sur soi…

Dans un article publié dans le magazine Stratégies Yves Agnès, ancien rédacteur en chef au Monde et membre du groupe "Presse et société" des Etats généraux de la presse explique pourquoi la profession a plus que jamais besoin d’une charte déontologique commune à toutes les rédactions…

Etats généraux de la presse écrite : Aller vers le public ou se replier sur soi…
Article publié sur le site Strategies.fr le 4 décembre (reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur)

Les Etats généraux de la presse écrite voulus par le président de la République sont l’occasion pour toute une profession de s’interroger sur son devenir et sur les moyens de reconquérir la confiance du public : un Français sur deux pense que les médias ne disent pas la vérité et que les journalistes ne sont pas indépendants des pressions politiques ou financières ! Syndicats, associations et sociétés de journalistes et même certaines organisations patronales avancent et mettent en débat des solutions permettant de faire retrouver à cette profession sa fierté perdue après les innombrables bavures déontologiques enregistrées depuis vingt ans et qui lui valent cette défiance des citoyens.

Pourtant certains responsables des Etats généraux semblent avoir déjà dit la messe, cédant au mal qui ronge la presse française depuis un siècle : le refus d’organiser la profession, le repli de chaque média sur son pré carré, les divisions qui en résultent…

L’influence du système médiatique

Ceux-là ont tort. Le fait que la profession soit si peu organisée (malgré les efforts de Georges Bourdon et du Syndicat national des journalistes entre 1918 et 1938), qu’elle n’ait pas de règles acceptées par tous dans la recherche, le traitement et la diffusion de l’information, pas de texte de référence concernant l’éthique et la qualité de cette information, est non seulement préjudiciable au public – qui le déplore avec de plus en plus de vigueur – mais aux journalistes et aux médias eux-mêmes. Ne pas répondre à cette attente revient à accepter le discrédit qui frappe les médias français.

Derrière le repli sur des pratiques propres à chaque entreprise se cache une méconnaissance du système médiatique. Chacun est aujourd’hui baigné dans un flot surabondant et continu d’informations distribuées par des médias de diverse nature, mais qui s’influencent les uns les autres et délivrent un "bruit" médiatique trop uniforme. Si bien que le citoyen ne sait plus toujours par qui il a été informé… Les médiateurs de presse régionale, par exemple, savent que certaines critiques qui leur sont adressées devraient l’être à d’autres, chaînes de radio ou de télévision, autres journaux, sites Internet !… Ce fonctionnement en cercle fermé du système culmine dans les "emballements médiatiques" dont l’affaire d’Outreau a donné le triste spectacle, au point d’émouvoir les parlementaires eux-mêmes.

Laisser le pouvoir aux juges ?

Si bien que limiter à chaque média le soin de rédiger sa propre charte ou, cas exceptionnel, de nommer un médiateur, ne suffit pas. D’autant que cette approche restrictive laisse le journaliste bien seul pour défendre son indépendance. La profession, dans sa globalité, éditeurs et journalistes, a besoin de repères : un texte de référence déontologique s’imposant à tous, et une instance d’observation et de médiation avec le public propre à veiller au respect de ces principes. La liberté d’informer n’a de sens que si elle s’accompagne de la responsabilité que confère aux médias et aux journalistes un statut exorbitant du droit commun.

Refuser une fois encore une telle perspective – qui serait un signal très fort en direction des citoyens – revient, dans la pratique, à faire des juges et d’eux seuls les garants des bonnes pratiques journalistiques. Alors qu’un dispositif déontologique interne à la profession, éditeurs et journalistes, lui redonnerait la main sur ce plan.

Les Etats généraux sont l’occasion de faire avancer de telles solutions. Elles ont été discutées dans un des groupes de travail. Ce qui ne garantit en rien qu’elles puissent aboutir. Surtout si ceux-là même qui devraient les porter s’efforcent de les combattre.

Yves Agnès
Ancien rédacteur en chef au Monde
Président de l’Association de préfiguration d’un conseil de presse (APCP)


Le site Strategies.fr

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