10 propositions pour un nouvel écosystème de la presse numérique

 

« De la rotative à la tablette : pour un nouvel écosystème de la presse numérique », tel est le thème, ambitieux, de la 3e Journée de la Presse en Ligne qui se tenait toute la journée à la Maison des Métallos dans le 11ème arrondissement de Paris. L’occasion pour le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (SPIIL) de présenter dix propositions sous forme de manifeste, pour favoriser le développement de ce nouvel écosystème. La première d’entre elles, et pas des moindres, suggère purement et simplement de supprimer toutes les aides directes à la presse.

Le SPIIL représente une soixantaines de sites d’information en ligne, parmi lesquels Médiapart, Rue89, La Télé Libre, Arrêt sur images…En ouverture de cette 3ème journée qui devait permettre de présenter le manifeste mais également d’approfondir les propositions dans des ateliers thématiques, Maurice Botbol, président du Spiil, a souligné notamment que « 50% des aides directes à la presse vont à 2% des titres ».

« Grande déception »

Edwy Plenel, fondateur de Médiapart, a de son côté parlé de « grande déception » pour cette 3ème édition en raison de l’absence des ministres. En effet ni Aurélie Filippetti, la ministre de la Culture et de la Communication, ni Fleur Pellerin en charge du numérique et pourtant en charge du dossier de la « taxe Google » n’ont répondu à l’invitation du SPIIL (pas même leurs collaborateurs de cabinets). « Certes nous sommes la presse en ligne mais nous parlons au nom de toute la presse d’information. Je pense que nous vivons un moment historiquement grave et que vous devez être à la hauteur des Républicains de 1881 » a indiqué Edwy Plenel en s’adressant au député socialiste Michel Françaix et au sénateur EELV André Gottolin, qui eux avaient fait le déplacement. Ce dernier a reconnu l’urgence de remettre à plat tout le système des aides directes à la presse : « prôner une suppression totale, c’est un peu radical, ce qu’il faut c’est changer les critères, et regarder avant tout combien de journalistes professionnels sont composées ».

En cloture de la journée, annonce fut faite de la création de Digital Publishing Institute, un think tank de réflexion sur la presse en ligne. 

 

Voici les 10 propositions :

1. Sur la base du constat que les aides directes à la presse sont « clairement inadaptées au nouveau contexte numérique et sont globalement inefficaces comme l’ont parfaitement montré de nombreux rapports de parlementaires et d’experts »…, « le SPIIL se prononce pour une suppression totale des aides directes à la presse » d’ici à 3 ans.

2. Relevant que les aides indirectes sont plus simples, plus prévisibles et plus équitables, et notamment que « la principale aide indirecte, la TVA à taux réduit de 2.10%, est efficace car elle permet de réduire le prix des journaux et donc de faciliter l’acte d’achat », le SPIIL propose le renforcement immédiat des aides indirectes. La TVA à 2.10% doit notamment être immédiatement étendue par un vote du parlement à la presse numérique. Une mesure dont le coût serait faible pour l’Etat. Le SPIIL estime que la piste d’une TVA à taux zéro pour la presse d’intérêt général, quelque soit son support, devra être débattue.

3. Le SPIIL réclame ensuite des mesures concrètes d’incitation à la R&D. « Les sommes actuellement octroyées par l’Etat aux aides directes seraient bien plus utiles et efficaces si elles étaient affectées à des aides à la recherche et au développement ».

4. Des incitations juridiques et fiscales pour favoriser les investissements. Parce que les entreprises de presse sont sous-capitalisées, le SPIIL propose d’étendre à la presse le régime des « fonds de dotation » afin de favoriser des initiatives d’intérêt général. « Cette invention de de ce qui s’apparenterait à des « sociétés de presse à but non lucratif »inciterait avec l’appui de l’Etat les donateurs à aider la presse dans sa mission d’intérêt public de façon vertueuse,et sans pouvoir en faire un levier d’influence. »

5. Impulser une stratégie numérique européenne.

6. Défendre la neutralité des supports avec une égalité des droits, notamment concernant la possibilité de publier les annonces légales et judiciaires.

7. Instaurer une loi fondamentale sur la liberté de l’information : « La France doit se doter d’une loi fondamentale sur la liberté de l’information, s’inspirant des diverses expériences étrangères pionnières, du Freedom of Information Act des Etats-Unis (1967) à ses nombreux équivalents européens, britannique notamment (2005). Le projet de loi relatif à la protection du secret des sources des journalistes doit s’inspirer de l’excellente loi adoptée par la Belgique en 2005, et d’un renforcement du droit d’alerte éthique des citoyens. »

8. Renouveler la profession en faisant émerger des start-ups de presse : « l’Etat pourrait donc créer un statut de « jeune entreprise de presse ». Sur le modèle des « jeunes entreprises innovantes » (JEI), ces nouveaux entrants bénéficieraient pendant cinq ans d’exonérations sociales et fiscales, mais aussi d’un accueil prioritaire dans les pépinières d’entreprises ou d’une aide spécifique à la gestion et au marketing. »

9. Moderniser le statut social et fiscal des journalistes : « La refondation du droit social spécifique de la presse doit permettre de prendre en compte les effets de la révolution numérique en cours sur les métiers, l’organisation du travail, les spécialisations et les carrières… ». Par ailleurs le SPIIL propose que l’abattement fiscal réservé aux journalistes soit supprimé progressivement sur trois ans.

10. Créer un « pacte de confiance » avec les lecteurs ( développement de community manager pour animer les communautés de lecteurs, se doter d’une charte de commentaires, d’une page d’aide aux blogueurs, etc… 

Pour lire l’intégralité du Manifeste

 

 

 

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