Notre République et sa presse graviront ensemble les sommets ou bien elles iront ensemble à leur perte. Une presse compétente, désintéressée, peut protéger cette morale collective de la vertu, sans laquelle un gouvernement populaire n’est qu’une escroquerie et une mascarade.
Joseph Pulitzer
23 novembre 2014

Les Assises 2012

Emploi des journalistes: état des lieux 2012

 

Ce mercredi 3 octobre, en préambule au grand débat "Indépendance" des Assises 2012, le sociologue des médias Jean-Marie Charon a présenté une synthèse de l'état de l'emploi dans les secteurs de la presse et des médias. Plans de départs volontaires, licenciements, fermetures de titres.. une étude statistique pour un état des lieux de l'emploi en 2012.

 

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Les événements concernant l’emploi dans les médias

 

Nous savons que depuis 2010 le nombre de journalistes baisse en France (chiffre de l’Observatoire des métiers de la presse ; les journalistes encartés en 2011). Il y a, en fait, moins de journalistes aujourd’hui qu’il y en avait en 2006 (37 286 contre 37 423).

Par ailleurs, depuis la dernière édition des Assises du journalisme, des événements inédits se sont multipliés : arrêt de titres, abandons du support imprimé, faillites de journaux en régions, plans de départs volontaires, etc. Certes, la situation n’est pas aussi alarmante qu’aux Etats-Unis où la profession a perdu 30% de ses effectifs au cours des dix dernières années. Il n’empêche qu’il a paru important de tenter une sorte de panorama de ces événements ayant concerné l’emploi dans les médias dans la dernière année.

 

Remarques générales :

 

Présenter un tel panorama, depuis la précédente édition des Assises du journalisme n’est pas si aisé. Il n’existe nulle part un tel recensement, alors qu’il s’agit de processus qui s’étalent dans la durée et peuvent se modifier dans le temps (négociations, importance des candidats au départ, etc.). Par ailleurs, il n’y a pas d’homogénéité pour qualifier ces événements : cessation d’activité, plans de reprise, plans de départs volontaires, plans de sauvegarde de l’emploi, clauses de cession, etc. Ces précautions étant prises, les éléments dont nous disposons croisent plusieurs sources, syndicales (SNJ et CFDT, pour partie complétées par la CGT) et éditoriales (La Correspondance de la presse), que je tiens à remercier.

 

Ces éléments étant posés, les annonces ou plans engagés (et non contestés) portent sur 1158 emplois, dont 602 journalistes, soit 1,6% de la profession. Parmi ceux-ci, le secteur le plus touché est la Presse Quotidienne Nationale avec 581 postes, dont 216 journalistes. Elle est suivie par la Presse Quotidienne Régionale avec 366 postes, dont 211 journalistes, puis la radio avec 143 postes, avec 126 journalistes, et enfin la presse magazine pour 68 postes, dont 44 journalistes.

 

Les principaux caractères des événements concernant l’emploi

 

L’année a d’abord été marquée par des événements à forte portée symbolique, avec l’arrêt d’un titre historique, France Soir, avec la suppression de 138 emplois ; mais aussi l’arrêt de la version imprimée d’un autre quotidien national, La Tribune, qui se solde par 115 emplois et enfin la faillite, suivie d’une reprise pour un groupe régional, Paris Normandie et les « journaux normands », avec 83, voire un peu plus de suppressions de postes.

 

En second lieu, plusieurs entreprises réputées solides connaissent de forts reculs, comme aux Echos ou à l’Equipe qui vont perdre un peu plus ou quasiment 10% de leurs effectifs. C’est un peu plus de 7% au Parisien. Soit respectivement la disparition de 15, 36 et 17 journalistes.

 

En troisième lieu, dans plusieurs cas, les reculs du nombre de journalistes dans les rédactions sont sensibles, comme au sein du groupe EBRA où les clauses de consciences - 110 - ne sont pas remplacées alors qu’elles représentent 28,9% des postes aux Dernières Nouvelles d’Alsace, 20,3% à l’Est Républicain, 20% à Vosges Matin. S’y ajoute en outre la suppression d’une quinzaine de CDD.

 

En quatrième lieu, la radio est fortement touchée, principalement au travers de RFI qui subit un deuxième plan social, avec 1170 départs de journalistes (qui succèdent au départ de 206).

 

En cinquième lieu, deux secteurs - magazines et presse technique professionnelle - peuvent paraître relativement épargnés. Pour les magazines où quelques opérations touchent Lagardère, Mondadori, Roularta ou encore Témoignage Chrétien, environ 68 postes dont au moins 44 journalistes. Rien en presse technique et professionnelle, même si des menaces furent signalées au Moniteur, mais c’est que chez ces très gros employeurs de pigistes les ajustements se font à leur niveau, sans qu’il soit possible de les quantifier.

 

Enfin des annonces ou des rumeurs extrêmement lourdes planent sur plusieurs entreprises de presse régionale (Sud Ouest et Groupe Hersant Médias), comme de télévision. Pour le groupe Sud Ouest, si les 250 suppressions de postes sont contestées par la direction, au sein de ce groupe dans les Journaux du Midi, 158 postes sont supprimés, dont 68 journalistes, soit 15% de l’effectif global.

 

Il faut aussi noter les très grosses menaces sur la télévision (800), avec TF1 et France TV, ainsi que les très gros accidents dans des secteurs connexes à commencer par les gratuits d’annonces avec la faillite de la COMAREG (1650) et les plans à venir chez Presstalis portant sur environ 1250 emplois.

 

Tableau récapitulatif

 

Quotidiens nationaux :

France Soir : - 138 emplois, dont 101 journalistes [cessation d’activité]

La Tribune : - 115 (sur 165), dont 47 journalistes (sur 78) [arrêt de la formule imprimée]

Le Parisien : - 43 (sur 600), dont 17 journalistes [plan de départs volontaires]

L’Equipe : - 46 (490 CDI), dont 36 journalistes [plan de départs volontaires]

Les Echos : - 55 suppressions de postes, dont 15 journalistes [plan de départs volontaires] + 25 ruptures conventionnelles

Le Monde : - 159 (Le Monde Imprimerie, avec 35 reclassements chez Riccobono)

 

Quotidiens régionaux :

Paris Normandie / Presse normande : - 83 dont 18 journalistes (sur 365) [liquidation / reprise]

EBRA : - 110 journalistes : – 55 DNA / - 42 Est Républicain/ - 10 Vosges Matin [clauses de cessions non remplacées] et - 15 CDD non reconduits

Sud Ouest / Midi Libre : - 158 postes, dont 68 journalistes au sein du groupe « journaux du Midi » [plan de départs volontaires] ; - 250 postes pour le groupe (selon la Lettre A, mais contesté par la direction)

GHM : menace sur 270 emplois du pôle Champagne / Ardennes / Picardie

 

Magazines :

Lagardère Active : Be : - 19 emplois [changement de périodicité]

Mondadori : pôle TV : - 37 journalistes, dont 18 licenciements sec

Roularta / L’Expansion : - 7 journalistes (sur 28)

Témoignage Chrétien : - 5 journalistes

 

Radios :

RFI – France 24 : - 170 journalistes sur les deux derniers plans sociaux, - 25 pour France 24, tous personnels confondus (plans sociaux)

Skyrock : - 17 postes à Spingbird à la régie publicitaire

 

TV :

France TV : - 500 postes annoncés [plan social : 2011/2015]

TF1 : - 300 postes (contesté par le groupe)

 

Secteurs connexes :

Comareg : - 1650 postes [liquidation]

SPIR Communication : - 75 postes à IPS [plan de sauvegarde de l’emploi]

Presstalis : - 1250 postes

Hélio Corbeil : - 40 postes

Imprimerie Hollmann : - 109 postes

Roto Offset (Rixheim) : - 116 (groupe L’Alsace / EBRA) [fermeture]