Notre République et sa presse graviront ensemble les sommets ou bien elles iront ensemble à leur perte. Une presse compétente, désintéressée, peut protéger cette morale collective de la vertu, sans laquelle un gouvernement populaire n’est qu’une escroquerie et une mascarade.
Joseph Pulitzer
14 décembre 2017

Rendez vous les 14, 15, 16 et 17 mars 2018 pour la onzième édition des Assises Internationales du Journalisme et de l'Information de Tours

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A quoi sert... par Philippe Bilger

A QUOI SERT UN JOURNALISTE ?

par Philippe Bilger, Avocat Général près de la cour d'appel de Paris


Philippe BilgerLe journalisme, célébré comme contre–pouvoir ou quatrième pouvoir, fait aussi l’objet, et en même temps, depuis plusieurs années, d’une suspicion aussi bien éthique que technique. Au point qu’on en oublie presque le rôle irremplaçable du journaliste en démocratie.
Celui-ci, qui n’est pas un historien ni un policier ni un juge, partage pourtant avec eux l’exigence de vérité mais a la charge de la satisfaire par des voies qui sont spécifiques. Trop souvent tenté par des aventures intellectuelles qui, loin de le grandir, le font sortir de son champ de prédilection, le journaliste doit accepter de l’être totalement, mais de n’être que journaliste.
Quel talent il convient de porter en soi pour se frayer un chemin, chaque jour, dans le chaos national et international du monde pour tenter de l’ordonner et de le rendre intelligible, en espérant que demain ne détruira pas forcément l’analyse de la veille !
Bien sûr, rien ne plaît plus aux journalistes que l’étiquette de résistants ou de rebelles qu’on leur accole trop volontiers. Parce qu’on les a qualifiés presque mécaniquement de combattants, ils ont eu tendance à s’endormir techniquement, persuadés que les lauriers de la polémique ou du regard critique leur tiendraient lieu de tout.
Le journaliste, à la fois modeste, campé sur ses droits et conscient de ses devoirs, est un  formidable atout pour une République authentique.


Le blog de Philippe Bilger

Martine Esquirou : Revoir la clause de cession


En cloture du rapport de l'Institut Montaigne, la dernière des onze propositions du "plan Marshall" de la pressene fera sans doute pas l'unanimité au sein des professionnels. Elle remet en effet en cause la clause de cession...




Martine Esquirou : un "plan Marshall de la presse"


Selon l’Institut Montaigne, les solutions préconisées dans ce rapport sont "en totale rupture avec l’attentisme ordinaire", et désignées comme "un véritable plan Marshall de la presse". Cette expression est particulièrement employée au sujet des propositions concernant les aides publiques que le groupe de travail "Média" propose de réviser...




Qu’est ce que le groupe de travail "Média" de l’Institut Montaigne ?


L’Institut Montaigne est un laboratoire d’idées qui compte plus d’une cinquantaine de groupes de travail depuis sa création en 2000. Réunissant aussi bien journalistes, publicitaires et patrons de presse, le groupe de travail "Média" est l'une des cellules les plus actives de l'Institut. A partir de 2004, il a été présidé par Martine Esquirou, ancienne journaliste.

Désignée comme porte parole par les autres membres, Martine Esquirou explique que le groupe de travail était déjà formé à son arrivée et qu'à l'époque, les principaux travaux portaient sur la déontologie des journalistes. "J’ai suggéré que l’on se penche plutôt sur les questions économiques. Je pense qu’un journal économiquement sain a beaucoup plus de chance de pouvoir défendre son indépendance. Ensuite, il est plus simple de parler d’éthique et de déontologie", poursuit-elle. Ainsi, les travaux du groupe se sont peu à peu orientés vers une réflexion sur l’économie des médias et notamment la presse quotidienne d’information.

De 2003 à 2006, les différents membres venus pour la plupart par cooptation, se sont réunis chaque semaine. De nombreux débats et entretiens avec des industriels de l’imprimerie et de la distribution ont enrichi une réflexion conduite bénévolement par le groupe "Média". "Certains ont abandonné en cours de route, d’autres ont intégré le groupe ou encore certains n’ont pas désiré figurer sur la liste officielle des membres lors de la remise du rapport", commente Martine Esquirou qui a conduit et coordonné toutes les réunions des membres. "J’ai également essayé de faire la synthèse la plus fidèle possible de toutes les opinions exprimées et d’en dégager les grands axes qui puissent servir à la réflexion d’autres instances, notamment des pouvoirs publics", ajoute-t-elle.

Au terme de ces trois années de travaux articulés autour d’une question de fond, "Est-ce qu’une grande démocratie peut se priver d’avoir une presse quotidienne d’information libre et indépendante et surtout économiquement saine ?", onze propositions ont été formulées et dévoilées en août 2006. Ce rapport intitulé eComment sauver la presse quotidienne d’informatione" - dont la présidente estime volontiers que le titre est "un peu prétentieux" - est en quelque sorte un synthèse de tous les compte-rendu des réunions du groupe "Média". Le but de ce rapport est, entre autres, de permettre aux pouvoirs publics de nourrir leur réflexion sur la crise de la presse quotidienne d’information.


Liste officielle des membres du groupe de travail "Média" qui ont contribué au rapport "Comment sauver la presse quotidienne d’information ?" :

-Martine Esquirou, Vice-présidente relations extérieures, Thomson, Présidente du groupe de travail.
-Alexandre Joux, Rapporteur du groupe de travail.
-Jean-luc Allavena, Ancien directeur général adjoint de Lagardère Media.
-Jean d’Arthuys, Président directeur général, M6 Thématiques.
-Agnès Audier, Ingénieur en chaf des Mines.
-Francis Balle, Professeur, Université Paris II- Panthéon Assas.
-Frédéric Filloux, Directeur de la rédaction 20 Minutes.
-Katherine Menguy, Directrice déléguée, L’Expansion.   
-Philippe Micouleau, Ancien président-directeur général de l’Agéfi.
-John Rossant, Vice-président de la communication et des affaires publiques, Publicis Group.

Tiphaine Bellambe

 
Le site de l'Institut Montaigne

Principales dispositions du projet de loi déposé au Sénat


Article 1er

- Protection du secret des sources des journalistes.
- Conditions au titre desquelles il est permis de porter atteinte au secret des sources.
- Définition du journaliste.

Article 2

Procédure spécifique de perquisition :
- présence d’un magistrat.
- locaux susceptibles d’être perquisitionnés.
- opposition à la saisie d’un document, saisine du juge des libertés.

Article 3

Liberté pour le journaliste de ne pas révéler l’origine de ses sources lorsqu’il est entendu comme témoin par la justice.



(source: Assemblée Nationale)




Plus d'infos sur le site de l'Assemblée nationale

Les Etats généraux de la presse : Ce qu'ils en attendent...


Dominique Pradalié Pour le Syndicat National des Journalistes,
Dominique Pradalié, secrétaire générale : "Reconnaître les équipes rédactionnelles"

J’émets certaines craintes face à cette initiative. Notamment, sur une éventuelle concentration des médias qui aboutirait à une tentation plus grande de contrôler les rédactions.
Nous attendons une remise à neuf de toutes les aides apportées à la presse et en particulier une proportionnalité et une transparence. Depuis des mois, nous alertons l’Etat et les employeurs sur la détérioration de la situation des médias en France mais nos appels n’ont jamais été entendus et nous n’avons reçu aucune réponse.

Il est nécessaire que les choses changent et évoluent dans le bon sens. Jusqu’à présent les protections étaient individuelles, il faut aller vers une reconnaissance des équipes rédactionnelles afin de déconnecter l’entreprise de ses commanditaires. D’autre part, la protection des sources doit être garantie par une loi et il faudrait également s’attaquer au système des NMPP qui datent de la Première Guerre
Tout citoyen a droit à une information de qualité. L’information est un bien public ni les propriétaires des médias ni le patronat ni les gouvernants ne doivent en disposer à leur gré.


Propos recueillis par Tiphaine Bellambe


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Les Etats généraux de la presse : Ce qu'ils en attendent...


Yves Agnès Pour l’Association de Préfiguration d’un Conseil de Presse,
Yves Agnès, Président : "L’information, sinon rien"


La crise de la presse dans notre pays est en fait la crise de la presse écrite quotidienne. Elle dure depuis des lustres. La presse périodique, surabondante et inventive, est globalement en bonne santé. Les quotidiens, en revanche, et singulièrement les quotidiens nationaux, souffrent d’un certain nombre de maux, parmi lesquels des coûts de fabrication et de diffusion élevés et l’insuffisance de la manne publicitaire. Résultat : prix d’achat trop élevé pour les citoyens-consommateurs et diminution du nombre des titres, donc d’un véritable pluralisme. L’irruption depuis 2002 des quotidiens d’information gratuits et la concurrence nouvelle d’Internet n’ont pas créé cette situation, elles l’ont seulement aggravée.

Mais on ne peut réduire cette crise à une équation reposant sur les seuls paramètres habituellement avancés (coûts internes et coûts externes). La santé économique des quotidiens dépend avant toute chose de leur offre d’information (les contenus) et de la réponse qu’ils sont en mesure d’apporter aux demandes des lecteurs. Le baromètre annuel TNS-Sofres pour La Croix nous rappelle douloureusement, année après année, que ceux-ci ne sont pas satisfaits.

La valeur ajoutée de l’écrit

Quelles sont les exigences minimales des lecteurs ? De l’information utile (pour la vie sociale et citoyenne, pour la vie quotidienne), de l’information fiable et de l’information qui apporte une vraie valeur ajoutée par rapport à celle que diffuse à satiété et de manière redondante un système médiatique aujourd’hui dominé par l’audiovisuel et Internet. Pour inverser la logique de dépérissement, il faut répondre de manière significative sur ces trois points.

De l’information utile : ne pas se contenter d’un traitement en quelques lignes et reprendre pied dans des domaines essentiels (tels que l’éducation ou la communication) aujourd’hui délaissés. De l’information fiable : les journalistes et leurs hiérarchies doivent rompre avec les erreurs, les approximations, les informations non vérifiées, les complaisances et les parti-pris… De l’information approfondie : privilégier la compétence de journalistes spécialisés (alors que se généralise la polyvalence) capables d’apporter une plus-value sous forme de reportages, d’enquêtes, d’interviews, d’analyses. Ne pas se contenter de l’actualité officielle, reçue sur son écran, mais retrouver le chemin du « terrain », du contact avec les gens, de l’observation des faits et de l’analyse (abandonnée aux experts) pour faire comprendre aux lecteurs un monde en rapide évolution…

Journalisme de qualité

Tous comptes faits, un journalisme simple, attentif à la qualité sous toutes ses formes, à l’opposé, pour ne prendre que cet exemple frappant, du journalisme politique qui oscille entre la douane (« qu’avez-vous à déclarer ? »), l’hippodrome (on ne s’intéresse qu’à la course de chevaux « pipolisée » des candidats à quelque chose) et le café du commerce (les commentaires convenus de la confrérie des éditorialistes)…

Pour redonner faim d’information aux lecteurs, les entreprises de presse quotidienne et leurs rédactions ne peuvent faire l’économie d’une vraie réflexion sur l’information (fond et forme) qu’ils proposent. En changeant – peut-être radicalement pour certains – de façon de faire, sans doute pourront-ils retrouver la crédibilité qui leur fait aujourd’hui défaut, base d’un redressement économique durable.

Et si les états généraux initiés par le président de la République ne se donnent pas le temps de cet examen – ce qui exclut toute précipitation et nécessite une large ouverture parmi les participants à cette manifestation – ils ne seront qu’un simulacre, sans valeur pour demain.

Yves Agnès


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Les Etats généraux de la presse : Ce qu'ils en attendent...


Marie Pottier Pour le Syndicat des journalistes Force Ouvrière,
Marie
Pottier, Présidente :
"Défendre les médias traditionnels sans négliger le numérique"


Notre syndicat n’a pas été reçu par Mme Giazzi, et personne ne nous a demandé de participer à ce rapport. Nous ne sommes pas rassurés quant au fait de ne pas avoir été auditionnés et restons donc très vigilants. Nous nous sommes toujours battus et nous continuerons à le faire pour freiner la crise que subit la profession. Cependant, la création d’Etats généraux de la presse est une initiative positive en soi.

Nous attendons des Etats généraux de la presse qu’ils défendent et lutte pour la sauvegarde des médias traditionnels aux côtés des syndicats. De notre côté, nous ne sommes pas favorables au - tout numérique -, il y a aujourd’hui encore des foyers qui n’ont pas d’ordinateurs et donc pas d’accès à Internet. Dans ce cas, pour être informés, ils lisent le journal papier. Il y a également d’autres problèmes à régler qui sont : la garantie de la protection des sources, et des droits d’auteur. Pour cela, il est nécessaire que toute la profession se mobilise.

Propos recueillis par Tiphaine Bellambe


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Les Etats généraux de la presse : Ce qu'ils en attendent...


Pierre Haski
Pierre Haski,
cofondateur et collaborateur du site Internet rue 89 :
"Aider le secteur Internet à se développer"


Je travaille avec ce nouvel outil qu’est Internet et je souhaite participer à ces réunions afin qu’il n’y ait pas d’inégalité entre les différents médias. L’Etat donne des subventions à tel ou tel quotidien pour le développement de son site, je pense qu’il faudrait aider les différents supports de façon proportionnelle. J’espère que les Etats généraux permettront de résoudre ces inégalités. Je constate qu’aujourd’hui nous ne sommes pas traités à égalité. L’aide publique aujourd’hui a créé une distorsion de concurrence incroyable. Ne tuons pas le petit secteur Internet alors qu’il se développe.

Propos recueillis par Tiphaine Bellambe




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Les Etats généraux de la presse : Ce qu'ils en attendent...


François Malye Pour le forum des Sociétés de Journalistes,
François Malye, secrétaire général :
"Des réformes pour transformer radicalement le marché"

Les Etats généraux de la presse sont une nécessité absolue. Il est plus que temps de faire le point sur la situation économique de la presse et ses profondes mutations. C’est une bonne initiative et nous-mêmes avions, dans un appel, demandé au Président de se saisir de ce dossier. Mais des questions restent en suspens : Quelles sont les vraies intentions du gouvernement et du Président? Mais aussi des grands groupes de presse et de ceux qui sont susceptibles d'apparaître sur le marché ?

Depuis plusieurs années, la crise économique de la presse est mise uniquement sur le dos des journalistes qui pourtant, de plans sociaux en luttes pour conserver un minimum d'indépendance, ont déjà payé un lourd tribut. J’attends donc de ce rendez-vous une remise à plat et des réformes permettant de transformer radicalement ce marché. Ce n'est pas seulement un impératif économique, ni une revendication corporatiste. Le pluralisme des médias est une obligation constitutionnelle. Les sénateurs ont d'ailleurs fait inscrire le pluralisme dans la réforme constitutionnelle qui doit être soumise au Congrès le 21 juillet. A ce titre il est donc indispensable de conforter juridiquement l'indépendance des rédactions, notamment en donnant un cadre légal aux Sociétés de journalistes. C'est aussi l'un des moyens essentiels si l'on veut rétablir une confiance solide et durable avec le lecteur. Tout doit être fait pour valoriser l’information de qualité afin de nous différencier de la jungle du Net. Enfin tous les acteurs doivent favoriser le respect, comme c'est le cas dans toutes les professions dites "sensibles", de règles déontologiques.

Propos recueillis par Tiphaine Bellambe

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Les Etats généraux de la presse : Ce qu'ils en attendent...


Patrick Le Hyaric Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité :
"Maintenir et développer le pluralisme de la presse"


Au-delà de simples Etats généraux, nous souhaitons qu’il s’agisse d’un grand débat, préparé par une confrontation publique, des ateliers de travail, débouchant sur des initiatives nouvelles pour le maintien et le développement du pluralisme de la presse.

Parmi les sujets prioritaires à traiter figurent :
 - Les moyens nouveaux à trouver pour constituer un fond de soutien adossé à un opérateur public financier, dans lequel contribueraient des entreprises soucieuses du pluralisme afin d’aider à la reconstitution des fonds propres des entreprises de presse.
Sur le modèle qui a permis de sauver le cinéma, un léger prélèvement sur les recettes publicitaires qui se concentrent sur quelques grands groupes privés pourraient être réaffectées à ce fond pour les quotidiens à faible ressources publicitaires.
 - Une modernisation des Ordonnances de la presse de la Libération est indispensable mais leur esprit doit être défendu. Ainsi, des dispositifs anti-concentration et d’aide à l’existence de la presse indépendante doivent être mis en débat. 
- La distribution doit être soutenue. Nous prônons le maintien des accords Presse-Poste-Etat sans augmentation des tarifs postaux, le soutien aux réseaux NMPP, un fond conséquent d’aide au portage qui constitue un service aux abonnés
 - Les aides publiques à la presse doivent être ciblées prioritairement sur les titres de la presse d’information générale et politique.
 - Fiscalité : nous prônons une défiscalisation des dons de lecteurs et des entreprises qui soutiennent l’existence des journaux non adossés à des groupes industriels ou financiers. Au nom de la démocratie et de l’exercice de la citoyenneté, celles et ceux qui font l’effort de s’abonner à un quotidien d’information générale et politique devrait bénéficier d’une réduction fiscale.
 - Développement de la lecture : Des bouquets de presse "multi titres" devraient être proposés dans les lieux de vie des jeunes et aussi des retraités qui se trouvent dans des structures publiques.

La modernisation des entreprises de presse doit être plus soutenue, leur projet de site Internet et de développement lié aux nouvelles technologies doivent être reconnus et aidés.
Ce ne sont là que quelques premiers axes de travail dans la perspective d’Etats généraux de la presse pour lesquels nous serons très disponibles et actifs.

 

VERBATIM


Nicolas Sarkozy sur RTL, mardi 27 mai 2008 : Organiser des Etats généraux de la presse


"La démocratie ne peut pas fonctionner avec une presse qui serait en permanence au bord du précipice économique. Je vais donc demander au gouvernement, avec François Fillon, que nous organisions des Etats généraux de la presse écrite mais aussi radio et visuelle. Pourquoi ?

D’abord parce que je pense qu’il y a un gigantesque problème de distribution. Il faut aider la presse écrite à faire du portage à domicile, ce qui créera des emplois et qui permet d’avoir son journal tôt le matin. Il faut également multiplier les points de vente de journaux parce qu’aujourd’hui, dans les grandes villes, pour trouver son journal c’est tout un travail. Il y a un problème capitalistique et je souhaite qu’avec l’ensemble des propriétaires et des directeurs de journaux, nous puissions voir comment on peut rétablir un minimum de viabilité pour la presse.

J’ajoute que le problème d’Internet est considérable, parce que ce n’est quand même pas sain que le journal soit gratuit. Comment voulez-vous que les gens achètent leurs journaux en kiosque s’il est gratuit sur Internet ? C’est quand même un petit problème… Ca doit arriver au cerveau de chacun : c’est vrai, ça fait plus de lecteurs, mais ça ne fait pas d’avantage de recettes ! Parce que quand le journal est gratuit, je ne vois pas pourquoi on irait l’acheter. Il y a un problème de diversification, il y a un problème de seuil… Est-ce qu’il ne faut pas créer des groupes multimédias, alors qu’aujourd’hui tout est fait pour les éviter...

Bref, je souhaite que nous puissions en parler, trouver des solutions et garantir ainsi l’indépendance de la presse et la diversité d’opinion. Ces Etats généraux devront se tenir à l’automne."



Tiziano Terzani : "La fin est mon commencement"

Couverture de Tiziano Terzani :
La fin est mon commencement


Editeur : Les Arènes / Intervalles
Date de parution : Juin 2008



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Lettre de l'auteur à son fils :


Orsigna, le 12 mars 2004

Mon très cher Folco,

Tu sais combien je déteste le téléphone et combien il m’est difficile, désormais, d’écrire ne serait-ce que quelques lignes, car je suis à bout de forces. Donc, pas de "lettre", mais un télégramme avec les deux ou trois choses auxquelles je tiens encore et qu’il est important que tu connaisses.
Je suis terriblement affaibli, mais tout à fait serein. J’adore vivre dans cette maison et je compte ne plus bouger d’ici. J’espère te voir bientôt, mais seulement lorsque tu auras fini ton travail. Une fois que tu seras ici, tout nous bouleversera, surtout si tu acceptes cette idée à laquelle j’ai longuement réfléchi. La voici :
Et si nous nous retrouvions, toi et moi, tous les jours pendant une heure ?
Tu me poserais les questions que tu as toujours voulu me poser, et moi je te répondrais, à bâtons rompus, tout ce qui me tient à cœur, depuis l’histoire de ma famille jusqu’à celle du grand voyage de la vie. Un dialogue entre un père et son fils, si différents et si proches, un livre-testament que tu devras ensuite mettre en forme.
Ne tarde pas, parce que je ne pense pas qu’il me reste beaucoup de temps. Fais tout ce que tu as à faire et, de mon côté, j’essaierai de survivre pendant quelque temps encore pour ce très beau projet, si tu es d’accord.

Je t’embrasse,

ton papa

A quoi sert ... par Ken Dilanian

WHAT IS A JOURNALIST FOR ? (A QUOI SERT UN JOURNALISTE ?)

par Ken Dilanian, Reporter au quotidien USA Today


Ken DilanianFor me, that's always been an easy question, and it starts with the aphorism attributed to Irish-American writer Finley Peter Dunne. He wrote that "the job of the newspaper is to comfort the afflicted and afflict the comfortable." I also like Napoleon Bonaparte's comment that "a journalist is a grumbler, a censurer, a giver of advice, a regent of sovereigns, a tutor of nations."  I grew up with Watergate, when the world's most powerful leader was exposed as a criminal by a couple of young newspaper reporters.  That's also the period Walker Cronkite told the American people the Vietnam War was a lost cause. For me, journalism has always been about holding people in power, particularly in government, accountable for their actions. And that involves telling stories they don't want told, whether about city social workers failing to protect abused children or elected representatives doing favors for their wealthy campaign donors at the expense of the public interest.  Whatever form such journalism takes, whether in print, on television, on the web or on an iphone, it will always be necssary and relevant.

 

A quoi sert... par Jean Lebrun

A QUOI SERT UN JOURNALISTE ?

par Jean Lebrun, producteur de "Travaux publics" sur France Culture


Jean LebrunChaque journaliste est persuadé que les autres sont radicalement différents de lui. Pour ma part, je me suis même persuadé qu'ils naviguent à des années-lumière de mon vieux cargo du service public. Les entrepreneurs de presse les ont encapsulés dans des vastes media industrial centers : ils leur est demandé, comme aux traders, mais les primes en moins, de flairer les tendances dans le monde alors qu'ils ont le nez dans les écrans et jamais dehors. Parfois certains sortent mais c'est pour être disposés en pools, par exemple en Camargue entassés sur une remorque à fourrage face à un candidat à cheval en puis, une fois qu'ils ont contribué à le faire élire, derrière une barrière dans la cour de l'Elysée.

Il m'est arrivé, par hasard,  de me retrouver enfermé dans un dispositif de ce genre. C'était au moment de l'élection de Benoît XVI : dans les trattorias proches du Vatican où il fallait tuer le temps, les conversations oscillaient entre la description du dernier matériel électronique qu'on avait acquis et la comparaison des comprimés qu'on avait expérimentés sur tel front derrière tel état-major. Je n'entends rien à la technique et, de surcroît, je comprends mal les langues, j'observais cela avec la même stupéfaction qu'un couteau entouré de poulets de batterie. Ce qui m'intéressait, moi, c'était de savoir pourquoi, à deux pas, le génie du Bernin avait imaginé la colonnade de Saint-Pierre qui embrassait le monde de son temps mais aussi déjà celui du XXIe siècle. Mais comment dire à ceux qui croient informer la terre entière et qui vivent suspendus à l'instant, que leur emplacement était en somme fixé depuis le XVIIe... Autant leur parler latin, une langue que, cette fois, j'ai apprise mais qui ne sert plus à grand chose.

Lorsque je me rends au café El Sur où se tient mon émission de France-Culture, je passe devant la Sorbonne. Décidément, j'aime bien les places historiques. S'est joué ici un des derniers moments collectifs de la France : chacun pouvait y participer sans casting préalable. Aujourd'hui, l'enceinte de l'Université est gardée par des vigiles colossaux qui vérifient les cartes d'accès. Je n'entre donc plus dans la cour de la Sorbonne. Ce n'est qu'un exemple : notre société prétendue libre n'est plus faite que de maisons closes. Je ne peux plus entreprendre le moindre reportage sans demander le code à un service de communication. Et c'est la même chose au Louvre que chez Carrefour.

A mesure que le pouvoir, autrefois cantonné aux grands lieux de l'Etat, s'est dilué, n'est plus devenu identifiable, chaque responsable de rang intermédiaire s'est construit un palais au rabais où il se dissimule pour faire croire qu'il dispose d'une influence qu'il n'a pas. Et les médias ne sont pas en reste, qui ont contribué à détruire les pouvoirs sans réussir à construire un contre-pouvoir: leurs sièges sont parmi les plus impénétrables...

Ceux qui se croient les maîtres du monde sont en réalité suspendus dans le vide. Ils sont convaincus qu'il n'y avait rien avant eux, et que rien ne peut se faire sans eux. Ils ne voient pas que leur seule contribution au monde est souvent de le rendre encore plus inhumain. Face à eux, le journaliste, à mon sens, peut aider à garder vivantes des formes humaines.

Ce que dans mon émission de France-Culture, nous appelons des républiques de la parole. En 1968, la cour de la Sorbonne en fut une. En 2008, cela peut être Rue 89, quel beau nom ! Ou, plus modestement, à mon échelle, tel café de France, El Sur à Paris mais aussi bien chez Saïd à Metz ou l'atelier de Bob dans son village de Haute-Marne ou encore un chapiteau de gens du voyage dans une clairière de la Meuse.

Dans un monde inhumain, il faut garder des formes humaines. Dans une société clivée, des sociétés d'égaux. Dans une société d'ennui, un peu de jeu, d'humour. J'essaie de m'employer à cela depuis des années, quotidiennement. A quoi cela sert-il ? Quand on a raté sa vie, me disait l'autre jour un collaborateur, on n'a pas d'autre solution que de faire semblant d'aimer les autres. Il ne le disait pas à mon intention mais, je ne sais pourquoi, je l'ai pris pour moi. J'ai eu envie de lui répondre : on ne peut pas réussir sa vie dans un monde raté. L'eau qui tombe goutte à goutte sur la pierre sait qu'elle ne percera pas la pierre mais c'est plus fort qu'elle, elle continue de couler de sa source.

 

A quoi sert... par Mark Schapiro

WHAT IS A JOURNALIST FOR ? (A QUOI SERT UN JOURNALISTE ?)

par Mark Schapiro, Directeur Editorial du Center for Investigative Reporting


Mark SchapiroOften I am asked, in courses and otherwise: "What's the impact of your story(ies?)...Do they change laws/behavior/get people thrown in jail?" My response is something like this:
Such responses are when you're lucky. Most of the time its hard to measure the precise result of a story...But, to consider the so-called "impact" of a story, just consider what it would be like, right now, not to know...whatever it is you've just learned...It has impact on your understanding of the world, on how power works, on how interests manipulate the system to their advantage....and in the long haul, that knowledge contributes to change....Certainly not having that knowledge ensures that change, that holding power accountable, will never come........One of the great tasks of journalism is to question the status quo: there is no predestiny determining that things are as they are. It is for precise reasons, the influence of precise interests/individuals/that abuses of power happen, its our job to reveal the hidden forces that contribute to such abuses...

Now, it looks like the answer to the question--the impact/purpose of journalism?--is taking shape, in numerous forms.  As people begin to imagine their world without serious journalism, one result is a great deal more attention on non-profit approaches like ours that help make this kind of work possible....And we are seeing a much greater willingness of journalistic enterprises to collaborate with one another...

A quoi sert... par Patrick Roger

A QUOI SERT UN JOURNALISTE ?

par Patrick Roger, Directeur de France Info


Patrick Roger"Aussi vite informé qu'un journaliste". L'ancien slogan de France Info des années 80 a été emporté par la bourrasque technologique. Internet et l’ensemble des récepteurs ont  bousculé le mode de transmission  de l’info.  "Plus vite informé qu’un journaliste" devient presque une réalité . La vitesse de diffusion affole parfois les rédactions.  Est-il légitime de s'inquiéter de cette évolution? Est-ce néfaste à notre profession ? Non. Car c'est précisément dans un tel contexte que le métier de journaliste fait sens. A quoi sert un journaliste ? Un journaliste donne les faits, s’approche au plus près de la véracité. Il n'enjolive pas. Le journalisme ne se confond pas avec le bavardage ou l'univers fictionnel. On ne s'improvise pas reporter simplement muni d'un téléphone portable équipé d'un appareil photo. Certes le témoignage citoyen complète une enquête mais en aucune manière il ne détrône le travail journalistique. Le rôle premier d'un journaliste c'est d'aller chercher l'information, ne pas l'attendre. Ne pas se contenter de ce qui circule sur le web, forcément lacunaire. Attention au piège, « la boucle pourrait nous boucler… ».Sur le fronton des rédactions, des principes essentiels doivent encore et toujours clignoter : Vérifier, parce qu'on est jamais sûr de rien. Expliquer, parce qu'un journaliste doit éclairer le public avide de connaissances. Décrypter, parce que  replacer une information dans son contexte c'est donner toutes les clés pour saisir les enjeux. Sans mise en perspective, point de salut pour le public en quête de repères. Qui peut mieux assurer ce rôle qu’un journaliste indépendant, rigoureux et doté d’une curiosité aiguisée….

 

A quoi sert... par Hervé Brusini

A QUOI SERT UN JOURNALISTE ?

par Hervé Brusini, Directeur délégué à l'information de France 3


Hervé BrusiniN’y tenant plus, le journaliste s’était tourné vers son miroir. Et, c’est une bien triste mine qui apparut sous le nez de l’observateur ; son autoportrait semblait osciller entre neurasthénie et colère. Mu par quelque obscur souvenir d’enfance, il se mit à questionner son reflet : "miroir ! Peux-tu me dire si je sers à quelque chose ?" A sa grande surprise, l’accessoire de la salle de bain lui répondit : "T’as vu ta tronche ? Ta déprime, tu l’affiches comme nul autre. Et voilà que tu te mets à te parler, seul, à haute voix, le peignoir en goguette. Le fait est, -et il parait que tu t’y connais en  matière factuelle- tu m’as l’air brumisé, en plein désarroi, si tu préfères" Une telle violence venue d’un vulgaire ustensile de toilettes provoqua, chez le professionnel de l’info, un sursaut d’autojustification. "Le temps réel, tu connais ? Le stress de l’accélération brutale quand tu dois tout dire sans trop savoir. La longueur de ton histoire à raconter qui se réduit chaque année. La fabrication d’un morceau de truc qui va rentrer dans un ensemble que tu connais à peine. Sans parler du Net ? Tu sais ça, le Net ? Des images, des sons, des discours  planétaires à chaque seconde. De l’info en veux tu en voilà, concoctée par le simple citoyen devenu ci-devant journaliste. Je te le redemande : A quoi suis- je utile dans tout cela ?" Cette fois, ce fut au tour de l’autre lui-même de se rembrunir. "Grave perte de mémoire, laissa-t-il tomber. Tu ferais bien de te pencher sur ton histoire. Ton métier est l’art de l’enquête, je te le rappelle. Et ce n’est pas moi qui le dis mais l’un de tes lointains parents. Un grec, Hérodote et sa passion d’aller courir le monde ; le terrain dans ton jargon. Constater par ses propres yeux, décrire, aimer ceux que tu rencontres quitte parfois à en rajouter. Alors ça te revient ?"
Il rajusta sa sortie de bain et commença à se redresser. Un picotement lui parcourait l’échine. Il voyait des avions et des parfums venaient chatouiller  son hypothalamus à travers la fenêtre son propre quartier semblait soudain différent. L’autre poursuivait, imperturbable. "Vérifier, recouper, ça c’est ton autre lointain aïeul, lui aussi, un grec, Thucydide. Faire des choix , tordre le cou à la rumeur toujours assassine, tenter d’expliquer l’évènement avec l’humilité  de celui qui hait le malheur mais le côtoie chaque jour. La modestie d’avoir à donner un peu d’intelligence dans la complexité de la vie…" Faut il vraiment que je continue, interrogeait le miroir ?  Il était sept heures. C’est en tout cas, ce que prétendait le radio réveil qui charriait la voix de France info. D’un pas hasardeux, le journaliste s’était levé en quête d’une douche réparatrice. Ses yeux tombèrent sur le miroir  disposé là comme chaque jour. Mais ce matin là, il semblait attendre quelqu’un.

 

A quoi sert... par Alain Girard

A QUOI SERT UN JOURNALISTE ?

par Alain Girard, Premier Secrétaire général du Syndicat national des journalistes


Alain GirardA quoi sert un journaliste ? Les réponses ne manquent pas : décrypter le monde ; informer le citoyen et lui permettre de se faire une opinion ; rechercher et dire les choses tues ; apporter un éclairage sur la conduite des politiques publiques et les conséquences des initiatives privées ; alerter la société sur les dangers qui la menacent et souligner les mouvements qui la font grandir…

Ayant choisi d’y faire toute ma carrière, je m’arrêterai toutefois sur le rôle particulier de la presse « de proximité », et donc du journaliste « localier » : contribuer à faire vivre ces piliers de la démocratie que sont la liberté d’expression et l’égalité entre les citoyens, jusque dans les plus petits recoins du territoire. Le journalisme ne doit pas, en effet, se limiter aux faits majeurs et aux discours dominants. La profession, dans sa diversité, se doit d’être à l’écoute des mouvements d’opinion les plus divers, de mettre en perspective tous les événements, grands et petits, de se faire l’écho des interrogations et des initiatives citoyennes, jusqu’aux plus modestes.

Combien de fois ai-je entendu cet appel : « Si vous ne nous écoutez pas, ne venez pas voir ce que nous faisons, et ne parlez pas de nous, nous n’existons pas ! » Un constat qui se multiplie alors que les concentrations dans les groupes de presse - et les stratégies multisupports qui les sous-tendent - créent, en bien des régions, des situations de monopole quasi-total de l’information.

Ceci dit, l’exercice est moins simple qu’il n’y paraît. Parce que la proximité, c’est aussi une difficulté accrue à rester lucide et impartial vis-à-vis des faits et des gens. C’est un équilibre encore plus délicat à trouver entre éloge sans connivence et analyse critique sans dénigrement.

Contrairement à certaines idées reçues, il n’y a pas de « petite » information. Là comme ailleurs, rigueur et déontologie sont des conditions essentielles à l’exercice du journalisme. Une évidence trop souvent oubliée dans un secteur où l’on a tendance à se montrer peu regardant sur le pluralisme, la qualité de l’information, le respect du statut, la formation initiale et… le rôle du journaliste.

 

A quoi sert... par Anne Brucy

A QUOI SERT UN JOURNALISTE ?

par Anne Brucy, Directrice régionale France 3 Nord Pas-de-Calais Picardie


Anne BrucyToute la réponse est dans la question. Faute de quoi il n’y a plus de journalisme et encore moins de journalistes.À quoi sert un journaliste à l’heure où le tsunami est relayé par les vidéos amateurs ?À quoi sert un journaliste quand l’info se trouve en permanence et à profusion sur Internet et déjà sur les téléphones portables envoyée automatiquement.
La question se pose depuis peu et cela tombe bien, ET pour les citoyens, ET pour les journalistes.

Il est plus qu’urgent que le citoyen puisse se fier au « label journalistique » dans la profusion d’informations qui est la sienne aujourd’hui.
Il doit pouvoir se repérer, discerner le vrai du faux, l’info de l’intox.
Il doit pouvoir éviter les pièges de la manipulation, participer au débat en connaissance de la « vraie cause ».
Les temps ont changé : l’exercice journalistique n’est plus uniquement  l’investigation, la recherche de l’information mais aussi le tri et la hiérarchisation.

Cette question tombe bien aussi pour les journalistes : ils avaient hier le monopole de l’information, la question ne se posait pas. Il leur faut aujourd’hui faire la preuve de leur valeur ajoutée faute de quoi ils n’ont plus de raisons d’être.  À quoi sert le journaliste : il doit redonner ses lettres de noblesse à l’info : il doit la vérifier, il doit la hiérarchiser, il doit la mettre en forme, il doit lui permettre d’être lue, vue et entendue par le plus grand nombre de personnes.
À quoi sert le journaliste ? …. À poser des questions mais aussi à se poser des questions … !!!!