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"Quel avenir pour le dessin de presse ?"

Publié le 30 septembre 2008


Après un long entretien avec le dessinateur français de presse Charb, François Forcadell a animé une table ronde le vendredi 26 septembre au Centre Pompidou autour de la question : "Quel avenir pour le dessin de presse ?". Quatre professionnels de la presse étaient présents pour donner leur point de vue et s’exprimer sur ce sujet. Une discussion ponctuée par des dessins en direct signés Loïc Faujour.


Quel avenir pour le dessin de presse ? au centre Pompidou "C’est un métier qui vient de loin…" C’est François Forcadell, conseiller scientifique et journaliste, qui a ouvert le débat vendredi dernier au centre Pompidou, devant un public essentiellement constitué de dessinateurs et passionnés de croquis en tout genre. Un métier qui n’est pas né d’hier et qui s’est finalement peu renouvelé ces dernières années. D’où de nombreuses questions sur l’avenir du genre.
Odile Conseil, rédactrice en chef adjointe de Courrier International ose une première définition : "Selon moi le dessin de presse a trois fonctions : faire rire, réagir et réfléchir". Une règle des "3 R" qui semble faire l’unanimité autour de la table "Le dessin de presse doit être offensif cependant, ajoute-t-elle, or il me semble que les dessinateurs prennent de moins en moins de risques". Les quatre intervenants paraissent tous d’accord sur la question.
Cependant, pour les professionnels assis autour de la table, le problème majeur du dessin de presse est sa place car il est malheureusement trop souvent considéré comme un genre mineur. Bernard Fournier, commissaire de l’exposition "Cabu et Paris", Alain Blaise, directeur artistique de Libération et Luce Mondor, professeur à l’école Estienne se joigne à Odile Conseil pour dire qu’en France, les espaces d’expositions pour le dessin sont presque inexistants alors qu’à l’étranger comme en Angleterre, ils existent et mettent le genre en valeur.

Quelle est la place du dessin d’actualité dans la presse française ?

Presque absent des galeries ou autres lieux privilégiés, le dessin de presse trouve en France sa juste place entre les pages des journaux. A ce propos, Alain Blaise note qu’à Libération par exemple, il y a une vraie culture de l’image. Le dessin de presse y trouve encore tout son sens. Selon lui, "pour les sujets compliqués de Libé, le dessin de presse s’impose de lui-même C’est le cas de certaines Unes régulièrement confiée à Willem". Malgré tout, reprend-il, "le destin du dessin de presse est aussi d’être jeté comme un journal". Réaction immédiate de Bernard Fournier : au-delà de la presse, le dessin d’actualité à une place à part entière dans des livres. "Dans les ouvrages que je crée, le but est de faire une collection avec des dessins intemporels. Le souci est que ce type de livres se vend très mal…"
De son côté Luce Mondor, coordinatrice du prix "Presse Citron" qui récompense chaque année de jeunes dessinateurs de talent, estime qu’il y a un virage dans la production actuelle, dans le fond mais aussi dans le style du dessin. "C’est très dur de devenir dessinateur de presse, explique-t-elle, il faut être en état de veille permanente et avoir cette colère perpétuelle". Le concours "Presse Citron" est pour elle un prétexte : son objectif serait de rajouter le rêve à la fameuse "règle des trois R". "La nouvelle génération tend vers le rêve", confie-t-elle.

A chacun sa solution pour sauver le dessin de presse...


Serait-ce donc dans le rêve qu’il faut chercher l’avenir du dessin de presse ? Pour l’instant, il s’agirait surtout d’être imaginatif afin de trouver des solutions qui permettent de relancer le genre… Odile Conseil se lance la première : "Je crois que la presse régionale devrait publier le vendredi, l’actu de la semaine en six dessins. Une solution ludique et pédagogique !" Luce Mondor lui emboîte le pas : "Et si chacun avait sur soi un carnet et se forçait à faire un dessin d’actualité chaque jour… ?" Loïc Faujour semble séduit par cette idée. Et de rajouter : "Ce qui m’emballe le plus, s’exclame-t-il, c’est de dessiner en direct" Et comme pour mieux appuyer son discours, le dessinateur qui a travaillé entre autre pour l’Huma Hebdo, reprend son crayon, prêt à croquer de nouveaux instants sur le vif. "C’est pour moi une des possibilités pour l’avenir, reprend-il, comme les chaînes câblées."

Tiphaine Bellambe