Notre République et sa presse graviront ensemble les sommets ou bien elles iront ensemble à leur perte. Une presse compétente, désintéressée, peut protéger cette morale collective de la vertu, sans laquelle un gouvernement populaire n’est qu’une escroquerie et une mascarade.
Joseph Pulitzer
13 décembre 2017

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Les Etats généraux de la presse : Ce qu'ils en attendent...


Yves Agnès Pour l’Association de Préfiguration d’un Conseil de Presse,
Yves Agnès, Président : "L’information, sinon rien"


La crise de la presse dans notre pays est en fait la crise de la presse écrite quotidienne. Elle dure depuis des lustres. La presse périodique, surabondante et inventive, est globalement en bonne santé. Les quotidiens, en revanche, et singulièrement les quotidiens nationaux, souffrent d’un certain nombre de maux, parmi lesquels des coûts de fabrication et de diffusion élevés et l’insuffisance de la manne publicitaire. Résultat : prix d’achat trop élevé pour les citoyens-consommateurs et diminution du nombre des titres, donc d’un véritable pluralisme. L’irruption depuis 2002 des quotidiens d’information gratuits et la concurrence nouvelle d’Internet n’ont pas créé cette situation, elles l’ont seulement aggravée.

Mais on ne peut réduire cette crise à une équation reposant sur les seuls paramètres habituellement avancés (coûts internes et coûts externes). La santé économique des quotidiens dépend avant toute chose de leur offre d’information (les contenus) et de la réponse qu’ils sont en mesure d’apporter aux demandes des lecteurs. Le baromètre annuel TNS-Sofres pour La Croix nous rappelle douloureusement, année après année, que ceux-ci ne sont pas satisfaits.

La valeur ajoutée de l’écrit

Quelles sont les exigences minimales des lecteurs ? De l’information utile (pour la vie sociale et citoyenne, pour la vie quotidienne), de l’information fiable et de l’information qui apporte une vraie valeur ajoutée par rapport à celle que diffuse à satiété et de manière redondante un système médiatique aujourd’hui dominé par l’audiovisuel et Internet. Pour inverser la logique de dépérissement, il faut répondre de manière significative sur ces trois points.

De l’information utile : ne pas se contenter d’un traitement en quelques lignes et reprendre pied dans des domaines essentiels (tels que l’éducation ou la communication) aujourd’hui délaissés. De l’information fiable : les journalistes et leurs hiérarchies doivent rompre avec les erreurs, les approximations, les informations non vérifiées, les complaisances et les parti-pris… De l’information approfondie : privilégier la compétence de journalistes spécialisés (alors que se généralise la polyvalence) capables d’apporter une plus-value sous forme de reportages, d’enquêtes, d’interviews, d’analyses. Ne pas se contenter de l’actualité officielle, reçue sur son écran, mais retrouver le chemin du « terrain », du contact avec les gens, de l’observation des faits et de l’analyse (abandonnée aux experts) pour faire comprendre aux lecteurs un monde en rapide évolution…

Journalisme de qualité

Tous comptes faits, un journalisme simple, attentif à la qualité sous toutes ses formes, à l’opposé, pour ne prendre que cet exemple frappant, du journalisme politique qui oscille entre la douane (« qu’avez-vous à déclarer ? »), l’hippodrome (on ne s’intéresse qu’à la course de chevaux « pipolisée » des candidats à quelque chose) et le café du commerce (les commentaires convenus de la confrérie des éditorialistes)…

Pour redonner faim d’information aux lecteurs, les entreprises de presse quotidienne et leurs rédactions ne peuvent faire l’économie d’une vraie réflexion sur l’information (fond et forme) qu’ils proposent. En changeant – peut-être radicalement pour certains – de façon de faire, sans doute pourront-ils retrouver la crédibilité qui leur fait aujourd’hui défaut, base d’un redressement économique durable.

Et si les états généraux initiés par le président de la République ne se donnent pas le temps de cet examen – ce qui exclut toute précipitation et nécessite une large ouverture parmi les participants à cette manifestation – ils ne seront qu’un simulacre, sans valeur pour demain.

Yves Agnès


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