Notre République et sa presse graviront ensemble les sommets ou bien elles iront ensemble à leur perte. Une presse compétente, désintéressée, peut protéger cette morale collective de la vertu, sans laquelle un gouvernement populaire n’est qu’une escroquerie et une mascarade.
Joseph Pulitzer
14 décembre 2017

Rendez vous les 14, 15, 16 et 17 mars 2018 pour la onzième édition des Assises Internationales du Journalisme et de l'Information de Tours

Ecole ou pas ?

Journalistes : quelle formation choisir...


Jusqu’en 1935, le journalisme n’était pas réservé aux seuls journalistes mais à tous ceux qui écrivaient dans un journal. Il faut attendre la loi Brachard pour que le journaliste professionnel se voit reconnaître un statut (barème des salaires, congés payés, clause de conscience et de cession, carte de presse etc).  Dès lors la voie est ouverte pour une formation spécifique au journalisme. Et même si des écoles avaient commencé à ouvrir leurs portes dès la fin du 19èmesiècle, c’est à partir des années 50 -au lendemain de la seconde guerre mondiale avec la création du CFJ, - que l’exercice de la profession est véritablement dévolu à des centres de formation qui devront être soumis à autorisation .

La CPNEJ
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En 1956 la Convention Collective des journalistes affirme "tout l’intérêt porté par les partenaires sociaux à la formation" et s’engage dans son article 10 à soutenir deux écoles : le CFJ (le Centre de Formation des Journalistes ) et l’ESJ (l’Ecole Supérieure de journalisme) de Lille. Il faudra attendre 12 ans pour qu’un enseignement dispensé par une université –en l’occurrence, le CUEJ de Strasbourg-  soit cautionné par la profession. Une année de plus et les partenaires sociaux accordent leur confiance à l’IUT de Bordeaux, devenu depuis l’IJBA, l’Institut de journalisme de Bordeaux-Aquitaine.

Aujourd’hui, coexistent des établissements reconnus par la Commission Nationale Paritaire de l'Emploi des Journalistes créée par la CCNTJ en 1976 (voir encadré) et qui figurent en annexe de la Convention Collective et d’autres qui n’ont pas ce label soit parce qu’ils ne l’ont pas demandé soit parce qu’ils ne rentrent pas dans les clous.

Des cursus et non plus des écoles

Les écoles/cursus reconnus
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En fait, ce ne sont plus les écoles qui sont agrées–ce fut le cas jusqu’en octobre 2001, date  d'une première réécriture des critères de reconnaissance  – mais bien les cursus qui conduisent au métier de journaliste. Décision rendue obligatoire par la démultiplication de l’offre des écoles qui proposent des programmes pouvant aller du journalisme à la communication d’entreprise en passant par des spécialisations  n’ayant plus rien à voir avec la formation initiale telle que peuvent  la garantir les organisations professionnelles. On ne peut faire abstraction de l’évocation dans la Convention Collective d’ "un enseignement général et technique aussi complet que possible".

12 cursus sont ainsi reconnus par la profession, 
dont la qualité est garantie après une enquête portant notamment sur le contenu de la formation, les méthodes pédagogiques, la durée, les moyens techniques, les stages et l’insertion professionnelle. Devant le nombre grandissant  des demandes de reconnaissance (une dizaine de candidatures), les membres de la CPNEJ viennent de terminer une nouvelle rédaction des critères applicables à la formation initiale ainsi qu’un référentiel général des formations adaptable aux différents parcours : contrats de professionnalisation apprentissage, VAE….  Le texte de ces critères précise ceux de 2001, introduisant des notions nouvelles comme la « bonne gouvernance » des Ecoles- ou l'obligation pour les responsables de la formation de fournir des statistiques précises sur l'insertion professionnelle. Ils confirment que les reconnaissances ne sont pas données à vie mais qu’elles sont sujettes à réexamen tous les 5 ans au maximum. Le texte finalisé par la CPNEJ va être, sous peu,  soumis à la signature des partenaires sociaux.

Quels avantages ?

Carte de presse ?
Une reconnaissance, un outil de travail...
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Sur le plan strictement pratique, l’avantage de cette reconnaissance est mince : les étudiants issus de ces cursus deviennent "titulaires" de leur carte de presse au bout d’un an d’activité (gagnant ainsi plus d’argent) tandis que deux années d’exercice sont nécessaires à ceux qui sont recrutés hors de ces cursus et dont la carte porte, durant cette période, la mention "stagiaire". Mais si la reconnaissance est tellement sollicitée, c’est parce qu’elle constitue un brevet de "professionnalisme", facilite l’accès à des stages pour les étudiants, est exigée pour trouver un emploi dans certaines entreprises de presse (l’audiovisuel par exemple)  et constitue un atout pour les écoles qui souhaitent bénéficier de la taxe d’apprentissage.

Comme toutes les autres formations supérieures, les formations au journalisme ont du  s’adapter à la réforme "LMD" : licence, master et doctorat. Certaines formations universitaires s’y sont pliées. Les écoles privées aussi en recrutant aujourd’hui à  bac + 3 ou en passant des accords avec les IEP.

En forme de conclusion :

Les chiffres sont parlants :  15,31 % seulement des jeunes entrant sur le marché de l’emploi sortent des écoles reconnues. Il faut dire qu’il n’est pas facile d’intégrer ces établissements . Les épreuves sont très sélectives et les taux de réussite (aux alentours de 8 %) sont de nature à en décourager plus d’un. Sauf dans les IUT (entrée à Bac ou Bac + 1) Les admis sont en général titulaires d’une licence ou d’une maîtrise dans des filières censées préparer à la profession : sciences politiques, histoire, littérature…

Ils passent souvent les concours de plusieurs écoles à la suite les uns des autres, ce qui a conduit trois d’entre elles –le CFJ, l’IPJ et l’ESJ de Lille- à organiser depuis 2006 avec un des organismes collecteurs de la taxe d’apprentissage , le Pemep, "Association Promotion des métiers de la Presse", un concours commun pour les épreuves écrites qui se déroule sur sept sites (1 200 candidats).  Ces mêmes trois écoles privées ont passé un accord avec les IEP de province qui permet aux étudiants de ces établissements  - ayant réussi les épreuves d’admissibilité-  d’intégrer la formation de journaliste dès la 5ème année, gagnant ainsi une année.

On comprend dès lors que les 430 étudiants diplômés des écoles reconnues aient des prétentions de salaires et de responsabilité à l’issue de ce parcours du combattant qui ne soient pas toujours adaptés au marché de l’emploi.

Majoritairement les employeurs recrutent ailleurs. Dans des écoles non reconnues (voir la liste exhaustive des 70 offres de formation au journalisme sur le site de l'Observatoire des Métiers de l'Audiovisuel)  mais aussi dans les IEP de province qui proposent des parcours ou des mentions journalisme comme à Aix, Grenoble, Lyon ou Montpellier. A Paris l'Ecole de Journalisme de Sciences-Po a demandé à la CPNEJ la reconnaissane de son cursus. Dans les Universités, pas moins d’une trentaine de licences proposent la mention information-communication. Situation quasi similaire avec les masters.  Certains d’entre eux sont très spécialisés : exemple : un master de journalisme juridique à Aix-Marseille ou un master journalisme européen français-anglais à Paris 3. Enfin, il faut noter que près de la moitié des nouveaux venus sur le marché sont des diplômés de filières littéraires : lettres, histoire, droit, philosophie, science politique. Les profils scientifiques, économistes ou techniciens sont beaucoup plus rares, alors  que la presse professionnelle les recherche.

Jacqueline Papet
Vice présidente de la CPNEJ (Commission Paritaire Nationale de l'Emploi des Journalistes)