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Al Garma est un petit village près de Falloujah. Un petit village célèbre ces jours-ci en Irak. Vendredi dernier, un homme en uniforme de l’armée irakienne est entré dans la salle de réunion de la mairie.
Il y avait une rencontre entre les chefs tribaux et des officiers américains. Ils préparaient la cérémonie de samedi : le transfert aux autorités irakiennes du pouvoir politique pour la province d’Al Anbar. Pour les cheiks, c’était une récompense : depuis un an, ils travaillent avec les Américains (après les avoir férocement combattus), et ont réussi à chasser Al Qaïda. Mais l’homme en uniforme de l’armée s’est fait sauter. 25 morts. 20 chefs tribaux et 5 militaires américains. La cérémonie de samedi a été reportée sine die.
À Bagdad, on a expliqué que c’était à cause de la tempête de sable.
Nous avons vu les cheiks d’Al Garma. Enfin les survivants. Ils disent que la sécurité n’est pas encore optimale. Et ils se demandent si les Américains ne devraient pas attendre un peu avant de donner le contrôle de l’ancien bastion islamiste aux forces irakiennes… Nous avons vu les cheiks, magnifiques dans leurs dishdasha blanches.
Mais nous n’avons pas vu grand’chose d’Al Garma. Une nouvelle tempête de sable s’est abattue sur l’ouest irakien.
On sent d’abord la chaleur. Tout à coup, le corps se met à bouillir.
Impression que la peau brûle. Dos trempé. Puis le courant est coupé.
Un câble qui rompt quelque part dans le désert. La lumière baisse. Le ciel passe du bleu au jaune, puis à l’orange. Enfin au rouge. Les palmiers se plient. Leurs feuilles deviennent ocre. Le chauffeur démarre vite la voiture. Le sable entre par la climatisation. On voit à peine le bout de la rue. Juste de quoi distinguer des gamins qui rigolent en plongeant dans un bout de rivière sale.
Direction Bagdad. Direction le cœur de la tempête, qui se déplace. Les miliciens qui nous escortent sont en plein phares. Il est 16 heures.
Quelques camions sur la route. Nous nous arrêtons pour des images, sur un pont : une ligne de chemin de fer, désaffectée ; une usine fermée ; un Cheick qui regarde, fier, son désert rouge.
Le sable sent fort. Il charrie des centaines de kilomètres d’odeurs.
Il sent l’Irak : mélange de chaud, de diesel, de fruits, d’asphalte mou. Près de Falloujah, le sable sent l’Euphrate : les dattes pourries, le mouton. Il brûle les narines. Tant mieux : impossible de distinguer l’odeur de la mort, que l’on sent toujours un peu en Irak.
Walid accélère. Puis pile. Juste à temps pour éviter de se faire mitrailler par un blindé américain qui bloque la route. Les pneus crissent sur le sable déposé sur la route. Impossible de voir le char à moins de 30 mètres. À croire que les conducteurs de blindés n’ont jamais vu une publicité de la sécurité routière.
Walid accélère de nouveau. À fond. Pour doubler l’œil de la tempête.
Le ciel passe du rouge à l’orange. Puis au jaune. Et au blanc. Tout à coup, le rideau se lève. On a gagné. La tempête est derrière. Sauf qu’à peine arrivés dans la chambre à Bagdad… La lumière devient jaune, puis orange, puis rouge. En Irak, on ne peut pas faire la course avec le sable. Il gagne toujours à la fin.
Bonne nuit, bonne journée.
Lucas
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