|
En France, c’est l’offre de la presse chrétienne qui reste la plus abondante « C’est une presse qui a encore beaucoup de vitalité : il y a cinq hebdomadaires chrétiens (Pèlerin, La Vie, Famille Chrétienne, Réforme, France catholique), ce n’est pas rien ! », rappelle Bruno Frappat, soulignant toutefois, pour sa maison, que « l’expansion de Bayard est limitée par les difficultés du temps [la crise de la presse en France]» Certains tirages de la presse chrétienne n’ont cependant rien à envier à la presse généraliste : le mensuel Prions en église (vraie presse confessionnelle) ne dépasse-t-il pas les 473 000 exemplaires ? Et la diffusion du quotidien La Croix augmente chaque année depuis neuf ans : d'une diffusion payante de 95 000 exemplaires en 2003 par exemple, il est passé à 98 000 exemplaires en 2007. La raison ? « J’ai la faiblesse de penser que c’est un bon journal et qu’il correspond au besoin grandissant de donner du sens à l’actualité. Je pense que ce journal va atteindre, dans un ou deux ans, les 100 000 exemplaires de diffusion payante », explique-t-il. L’offre catholique se diversifie, se modernise, à l’instar du magazine La Vie qui a fait peau neuve fin janvier 2008.
La presse juive, quant à elle, est fort ancienne. Elle date de 1750. Elle reste très liée au Proche-Orient et le nombre de ses publications demeure quasiment aussi stationnaire que ses petits tirages. Elle se développe beaucoup sur Internet.
Curieusement et contre toute attente, on observe une réelle carence de médias musulmans en France : pas de presse écrite, peu de télévisions (sauf émises au Proche-Orient comme Al-Jazeera et Al-Arabiya, et très regardées par les Musulmans français arabophones), peu de radios (même si l’Islam a toujours été présent dans les programmes, culturel et civilisationnel de Beur FM, par exemple, qui s’est donné la mission d’expliquer cette religion) et très peu de sites internet professionnels même si l’ouverture musulmane s’y fait.
Il n’y a pas donc pas de proportionnalité entre l’expression confessionnelle islamique des cinq millions de Musulmans français et le nombre de médias, qui ne sont donc pas à la hauteur des enjeux en la matière. Les raisons de cette pénurie sont plurielles : pour Ghaleb Bencheikh, journaliste présentateur de l’émission Islam sur France 2, docteur ès sciences, physicien, théologien et Président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, « si la création d’un média est difficile, le tissu social des musulmans non harmonisé est aussi un frein (l’Islam est une religion sans autorité centrale), les gros investisseurs musulmans n’ont pas choisi les médias comme placements et les jeunes pousses n’arrivent pas à se faire entendre ». Et de prédire : « Le CFCM (Conseil français du Culte musulman) présidera peut-être à l’émergence d’organes médiatiques nouveaux ».
Compte tenu de ce panorama exsangue des médias musulmans, Ghaleb Bencheick estime qu’« il y aurait un grand avenir pour un grand média musulman de presse écrite : il y a une certainement une demande pour un journal quotidien si les enjeux économiques le permettaient ». Même réflexion pour la télévision, renchérit le PDG et fondateur de Beur FM et directeur général de Beur TV, Nacer Kettane. Sans compter que la question la question islamique suscite un fort intérêt de la part des non-Musulmans.
Quant au développement des médias évangéliques (800 000 croyants environ), avec leur « culture visuelle et de l’émotion », ils représentent « l’aile marchante, vivante et dynamique » du protestantisme : « ils relancent les débats sans nous [luthériens et calvinistes, au nombre de 600 000] connaître vraiment », « plus prosélytes », ils représentent somme toute « une voie d’accès aux protestants », estime Jean-Pierre Mouton. Leurs sites font florès sur le net, mais ne sont pas forcément tenus par des journalistes professionnels.
Ainsi, la vitalité des médias religieux professionnels dépend essentiellement de l’alchimie entre le professionnalisme et la conviction religieuse et spirituelle des journalistes.
|