06
2008

"Notre République et sa presse graviront ensemble les sommets ou bien elles iront ensemble à leur perte. Une presse compétente, désintéressée, peut protéger cette morale collective de la vertu, sans laquelle un gouvernement populaire n’est qu’une escroquerie et une mascarade."
Joseph Pulitzer  
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    Isabelle Fougère par Sophie Fougère-Bouye
    A l’occasion de la Journée de la Femme, Journalisme.com fait un point sur la place des femmes journalistes dans le monde des médias. Depuis 1981, L’Association des Femmes Journalistes (AFJ) se bat pour que les femmes soient considérées comme l’égal des hommes dans le milieu de la presse. Selon Isabelle Fougère, co-présidente de l’AFJ et journaliste indépendante (Géo, Marie-France, La Vanguardia, le Figaro Magazine…). "Les mentalités évoluent… lentement."


    Quel est le but de l’A.F.J ?

    Nous travaillons sur deux questions relatives aux femmes : l’image des femmes dans les médias et les conditions de travail des femmes dans les médias. Notre action ne se borne pas à un constat, nous voulons aussi améliorer la situation.

    Alors, quelle est la place des femmes dans le monde des médias ?


    Les choses ont quand même évolué. Aujourd’hui 42% des titulaires d’une carte de presse sont des femmes. Nous n’étions que 37% en 1995. Dans les écoles de journalisme, 60% des effectifs sont des femmes. Elles entrent donc en masse dans la profession. Il y a cependant un problème, les femmes n’occupent pas les postes stratégiques. Le pire étant la presse quotidienne régionale : on n’y retrouve que 3% de femmes aux postes de direction et d’encadrement. Il y a un phénomène de plafond de verre. Les inégalités sont flagrantes. Il est très difficile de conjuguer vie professionnelle et familiale. Enfants et reportages ne font pas bon ménage. Je suis maman d’une petite fille de 3 ans, et depuis 3 ans, j’ai du mettre mes grands reportages de côté. On ne pousse pas non plus les femmes à exercer le pouvoir, donc il y en a très peu. Et quand la chance se présente, certaines ne veulent pas exercer ces responsabilités. Elles ne sont pas assez, il faudrait atteindre une masse critique pour faire évoluer les mentalités.

    Le milieu des journalistes serait un milieu "macho" ?

    Les femmes sont de plus en plus présentes à des hauts postes dans la vie économique. Et pourtant le monde de la presse ne reflète pas cela. Je ne sais pas si c’est un milieu machiste, mais les journalistes sont censés avoir l’œil ouvert sur les évolutions du monde. Ils ont donc moins de circonstances atténuantes que dans d’autres milieux. La loi sur la parité dans le monde du travail n’a pas changé les mentalités. Il y a toujours une discrimination salariale. La presse et ses grands groupes n’ont que très peu évolué. Mais nous travaillons là-dessus avec les syndicats de journalistes. Peut-être que les nouvelles lois, plus contraignantes, vont changer la situation. L’AFJ réalise un travail de sensibilisation dans les rédactions, mais nous ne sommes pas toujours bien reçues. Nous allons dans les écoles de journalisme et dans les lycées pour prévenir les filles, leur dire qu’il faut qu’elles aient confiance en elles. L’image du journaliste est souvent celle d’un homme, ou bien, d’une femme qui a renoncée à sa vie personnelle. Il y a vraiment un gros travail à faire. Nous remettons aussi des prix à des femmes photoreporters. La gagnante peut ainsi utiliser les 8000 euros du prix pour réaliser un reportage et se faire connaître. Elle se fait une notoriété, ce qui est très important dans ce métier. Depuis 2001, nous avons pu ainsi lancer quelques carrières.

    L’autre volet de votre activité, c’est aussi la place des femmes dans les médias. Non pas en tant que journalistes, mais en tant que sujets...

    Seulement 17% des interlocuteurs cités dans les quotidiens sont des femmes, alors que plus de 50% de la population est féminine. Ce chiffre de 2006 est exactement le même qu’en 1995. Et il est le même dans quasiment toute l’Europe. Il ne faut pas s’étonner que les femmes lisent encore moins les quotidiens que les hommes. On peut imaginer que si les femmes atteignaient plus régulièrement des niveaux importants de responsabilités, les sujets seraient différents, ou réalisés autrement.

    Propos recueillis par Maxime Mamet


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