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Elu
à l’Académie Française, Joseph Kessel a embrassé la double carrière de
journaliste et d’écrivain. Auteur de célèbres romans, il a fait
plusieurs fois le tour de la planète,
les voyages journalistiques
fournissant à l’écrivain sa matière première. Sa carrière s’inscrit
directement dans l’âge d’or du grand reportage…
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Une jeunesse nomade
Joseph Kessel est né en 1898 à Clara, en Argentine, de parents russes d’origine juive ayant fui les persécutions antisémites. Il passe son enfance entre Orenburg, au pied de l’Oural, où vivent ses grands-parents maternels, et le Lot et Garonne, où ses parents se sont installés. Il entame en Russie des études de lettres qu’il poursuit en France, entrant notamment au lycée Louis-Le-Grand à Paris en 1914. C’est cette même année qu’il fait ses premières armes journalistiques comme rédacteur au Journal des Débats. En 1915, il obtient sa licence de lettres classiques à la Sorbonne, entre au Conservatoire d’Art Dramatique puis devient acteur à l’Odéon. Mais la Première Guerre Mondiale aura raison de cette vocation de jeunesse. En 1916, ne pouvant rester indifférent au conflit, il s’engage dans l’aviation où il exécute de périlleuses missions de combat et de reconnaissance. S’y révèle en grande partie un goût prononcé du risque et de l’aventure héroïque qui alimenteront largement son inspiration à venir. En 1918, il se porte volontaire pour participer à un corps expéditionnaire en Sibérie. Mais avant que le convoi n’arrive à destination, l’armistice est signée. Etant le seul à parler russe, Joseph Kessel se retrouve nommé, à son arrivée, chef de gare à Vladivostok. Les hommes et les femmes que ce dernier rencontre alors inspirent les nouvelles réunies en 1922 dans un premier recueil intitulé La Steppe rouge.
Du journalisme à la littérature, à moins que ce ne soit l’inverse
De retour à la vie civile, Kessel embrasse la double carrière de journaliste et d’écrivain. Il reprend tout d’abord son poste au Journal des Débats et contribue un temps au journal Gringoire. Il signe également des articles pour le Figaro, La Liberté, Mercure. En 1923, il publie L’Equipage qui s’inspire de son expérience dans l’aviation militaire. Puis il rejoint l’équipe du Matin, où il signe son premier grand reportage qui fera date sur le trafic d’esclaves en Mer Rouge. Il se met alors à parcourir la planète comme reporter. Les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, Ceylan : les distances ne l’effraient pas et le goût de l’aventure lui est chevillé au corps. Il puise dans ces voyages la matière propice à alimenter ses romans. En 1925, paraissent successivement Mary de Cork, Les Rois aveugles et Mémoires d’un commissaire du peuple. En 1926, Joseph Kessel obtient le grand prix du roman de l’Académie française avec Les Captifs. Il multiplie alors les romans et nouvelles avec Nuits de princes, Les Cœurs purs, Belle de jour, Le Coup de grâce, Fortune carrée (qui est la version romanesque de son reportage Marché d’esclaves), Les Enfants de la chance, La passante du Sans-Souci, sans compter la biographie de Mermoz, l’aviateur héroïque qui était son ami. Tous ces titres connaissent de beaux succès. Ses reportages l’emmènent en Irlande où il couvre le soulèvement contre l’Angleterre, mais aussi en Palestine où il soutient les débuts du sionisme. Il écrit alors pour Paris Soir dont la rédaction est dirigée par Pierre Lazareff.
L’engagement dans la résistance
En 1936, il part pour l’Espagne et se retrouve promu, en 1940, correspondant de guerre. Mais en 1941, devant la débâcle française, il rejoint, avec son neveu Maurice Druon, les Forces Françaises Libres. Ensemble, ils passent les Pyrénées et s’embarquent pour Londres où ils rejoignent le Général de Gaulle. Ils signent conjointement le vibrant Chant des Partisans qui deviendra l’hymne de la Résistance. Entre deux convois aériens, Kessel trouve le temps d’écrire en 1943 L’Armée des ombres, en hommage aux combattants de la Résistance.
L’infatigable voyageur
A la fin de la guerre, Kessel reprend ses activités de reporter. En 1949, il rejoint Pierre Lazareff et participe pleinement à l’aventure de France Soir. Il fait alors plusieurs fois le tour de la planète, s’inspirant de sujets hétéroclites, mais toujours en prise avec l’aventure et l’héroïsme. En 1958, la parution de son roman Le Lion lui vaut un immense succès qui est couronné en 1962 par son élection à l’Académie Française. Lors de son discours, celui-ci déclare : "Pour remplacer le compagnon dont le nom magnifique a résonné glorieusement pendant un millénaire dans les annales de la France, dont les ancêtres grands soldats, grands seigneurs, grands dignitaires, amis des princes et des rois, ont fait partie de son histoire d’une manière éclatante, pour le remplacer, qui avez-vous désigné ? Un Russe de naissance, et juif de surcroît. Un juif d’Europe orientale… vous avez marqué, par le contraste singulier de cette succession, que les origines d’un être humain n’ont rien à faire avec le jugement que l’on doit porter sur lui. De la sorte, messieurs, vous avez donné un nouvel et puissant appui à la foi obstinée et si belle de tous ceux qui, partout, tiennent leurs regards fixés sur les lumières de la France."
Les romans de Kessel prennent alors la tournure de grandes fresques dans lesquelles l’expérience personnelle se mêle à un souffle épique. On pense par exemple à Tous n’étaient pas des anges, écrit en 1963, où l'écrivain évoque la dernière guerre ou encore à Terre d’amour et de feu, publié en 1966, qui revient sur la naissance de l’Etat d’Israël à laquelle Kessel a assisté. Mais on retient avant tout son chef d’œuvre Les Cavaliers qu’il "ramène" d’Afghanistan en 1967, dans lequel il rend hommage à la beauté et au courage des cavaliers des steppes.
Joseph Kessel décède, entouré des siens, le 23 juillet 1979, à Avernes dans le Val-d’Oise.
L’âge d’or du "grand reportage"
Le goût de Joseph Kessel pour l’aventure, l’héroïsme, le voyage lointain, alimente largement le mythe journalistique du "grand reporter" qu’il fut. Mais au-delà, la place singulière de Kessel tient probablement à son double statut de grand reporter et écrivain à la fois. Dans l’œuvre de Kessel, la frontière entre l’écriture journalistique et l’écriture romanesque devient vite ténue. Les romans et nouvelles se nourrissent des voyages journalistiques qui fournissent à l’écrivain sa matière première. Kessel lui-même parle du journalisme comme "école du romancier". Le reportage joue alors une fonction "génétique" vis-à-vis du roman, en ce sens que l’activité de grand reporter amorce et alimente l’œuvre littéraire à venir.
Kessel n’est pas seul, loin s’en faut. Sa carrière s’inscrit directement dans cet âge d’or du grand reportage que constituèrent l’Entre-deux-guerres puis la deuxième moitié du XXème siècle. Ce sont aussi les belles années de la presse écrite où l’on n’hésite pas à financer des voyages lointains pour informer, tout en dépaysant le lecteur. Dans ce contexte, les grands écrivains se font journalistes et les grands reporters hommes de lettres. Nombreux sont les écrivains de l’époque qui prêtent leur plume à des journaux, mais Kessel est peut-être celui qui incarne le plus cette interpénétration singulière entre journalisme et littérature qui caractérise les Années Folles. Cette alchimie particulière entre deux genres si éloignés – l’un étant censé produire de la réalité quand l’autre s’échappe dans la fiction – est probablement ce qui va assurer au grand reportage ses lettres de noblesse, tout en offrant au genre romanesque une ressource inespérée.
Bibliographie
La Steppe rouge, Gallimard, 1922
L’Équipage, Gallimard, 1923
Le onze mai, Gallimard, 1924
Au camp des vaincus ou la critique du 11 mai, Gallimard, 1924
Rencontre au restaurant , A l’enseigne de la Porte étroite, 1925
Mémoires d’un commissaire du peuple, Champion (Édouard), 1925
Mary de Cork, Gallimard, 1925
Les rois aveugles, Plon, 1925
Makhno et sa juive, Eos, 1926
La Paresse, Kra, 1926
Six contes, Champion (Édouard), 1926
Les Captifs, Gallimard, 1926
Moisson d’octobre, Cité des Livres, 1926
Le thé du capitaine Sogoub, Le Sans pareil, 1926
Le Journal d’une petite fille russe sous le bolchevisme, Champion (Édouard)), 1926
Le Triplace, Marcelle Lesage, 1926
Nuits de princes, Gallimard, 1927
La coupe fêlée. Un drôle de Noël, Lemarget, 1927
Quatre contes, Les Cahiers Libres, 1927
Les cœurs purs, Gallimard, 1927
Littérature rouge, Le Rocher, 1927
En Syrie, Kra, 1927
La rage au ventre, Eos, 1927
Terre d’amour, Flammarion, 1927
Dames de Californie, Gallimard, 1928
De la rue de Rome au chemin de Paradis, Le Cadran, 1928
La règle de l’homme, Gallimard, 1928
Les nuits de Sibérie, Flammarion, 1928
La femme de maison, ou Mariette au dessert, Kra, 1928
Nouveau contes, Les Cahiers Libres, 1928
Belle de jour, Gallimard, 1928
Un entretien avec Charles Maurras, Éditions de France, 1928
Vent de sable, Gallimard, 1929
Secrets parisiens, Éditions de France, 1930
Fortune carrée, Éditions de France, 1930
Le grand sérail, Éditions de France, 1930
Le coup de grâce, mélodrame en 3 actes, (avec Maurice Druon), Gallimard, 1931
Le coup de grâce, Éditions de France, 1931
Wagon-lit, Gallimard, 1932
Nuits de Montmartre, Éditions de France, 1932
Bas-fonds, Les Portiques, 1932
Les nuits cruelles, Éditions de France, 1932
Marchés d’esclaves, Éditions de France, 1933
Les enfants de la chance, Gallimard, 1934
Stavisky, l’homme que j’ai connu, Gallimard, 1934
Le repos de l’équipage, Gallimard, 1935
La balle perdue, Éditions de France, 1935
Hollywood, ville mirage, Gallimard, 1936
La passante du Sans-souci, Gallimard, 1936
La rose de Java, Gallimard, 1937
Mermoz, Gallimard, 1938
L’armée des ombres, Julliard, 1944
L’embarquement pour Gibraltar, Fayard, 1945
Les Maudru, Julliard, 1945
Le bataillon du ciel, Julliard, 1947
Terre de feu, Compagnie parisienne du Livre, 1948
Le premier amour de l’aspirant Dalleau, Fayard, 1949
Le tour du malheur, 4 vol., Gallimard, 1950
La Nagaika, Julliard, 1951
Le procès des enfants perdus, Julliard, 1951
Au grand Socco, Gallimard, 1952
Les amants du Tage, Le Milieu du monde, 1954
La piste fauve, Gallimard, 1954
La vallée des rubis, Gallimard, 1955
Témoin parmi les hommes, 3 vol., Del Duca, 1956
Hong-kong et Macao, Gallimard, 1957
Le Lion, Gallimard, 1958
Les mains du miracle, Gallimard, 1960
Avec les alcooliques anonymes, Gallimard, 1962
Tous n’étaient pas des anges, Plon, 1963
Terre d’amour et de feu, Plon, 1965
Les Cavaliers, Gallimard, 1967
Les fils de l’impossible, Plon, 1970
Des hommes, Gallimard, 1972
Les temps sauvages, Gallimard, 1975
A propos de Joseph Kessel
Asséo André, Rêver Kessel, Editions du Rocher, 2004
Courrière Yves, Joseph Kessel ou sur la piste du lion, Plon, 1985
Weber Olivier, Kessel, le nomade éternel, Arthaud, 2006
Le site de l'Académie Française
A propos de la relation intertextuelle entre reportage et roman
Joseph Kessel sur le site des archives télévisées de l'INA
Mirabelle C-T.
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