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2012


"Notre République et sa presse graviront ensemble les sommets ou bien elles iront ensemble à leur perte. Une presse compétente, désintéressée, peut protéger cette morale collective de la vertu, sans laquelle un gouvernement populaire n’est qu’une escroquerie et une mascarade."

Joseph Pulitzer  

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Samedi 19 janvier 2008 : "Gracias" Version imprimable Suggérer par mail



Aller dans la zone verte peut prendre une demi-journée. Rendez-vous cet après-midi pour finaliser notre "embed" et faire les accréditations de Guillaume. Muni de tous les numéros de téléphone (des numéros américains), je me dis que tout va aller très vite. Arrivés au pied du pont, j’appelle l’escorte. Une voiture doit venir nous prendre pour faire les 4 kilomètres qui nous séparent du centre de presse.

Une femme, à l’autre bout de la ligne : "Je ne peux absolument pas vous dire quand nous serons en mesure de venir. Nous sommes en alerte maximale, il est interdit de se déplacer" . Bon. Assis sur un morceau de béton, nous regardons couler le Tigre. Toute la zone verte est emmurée. Seuls les hélicoptères semblent en mesure de franchir les dizaines de kilomètres de panneaux de béton.

Sifflement. Puis déflagration. L’alerte était réelle. Un obus de mortier. La riposte est immédiate : depuis une palmeraie partent les tirs américains. L’attente se prolonge. Les véhicules sont rares. Je rappelle : "L’alerte est levée, merci d’avoir patienté. Une Ford Explorer Rouge vient à votre rencontre". Nous avançons. Un arrêt de bus, improbable. Mais vrai. Quelques minutes plus tard, un bus conduit par un pakistanais s’arrête à notre hauteur et nous propose de monter… Réalisant que nous ne sommes pas "résidents", il démarre.

"Désolé pour l’attente", dit le sergent du Maine, harnaché dans son casque et son gilet. Pas évident de conduire, mais il l’air d’avoir l’habitude. La zone verte est parsemée de check-points. Ils sont tenus par des compagnies de sécurité privée. Intraitables. Tout le monde doit s’identifier. Deux sociétés se partagent le marché : des ougandais et des péruviens.

Aujourd’hui, ce sont eux qui ont eu chaud : l’obus est tombé à 15 mètres derrière leur mur de protection. "Tout le monde va bien dans l’équipe ?", demande l’américain. "Oui, ça va", répond le péruvien, d’assez mauvaise humeur. Au moment où la Ford repart, il esquisse un sourire : "Gracias".

Deux heures plus tard, nous avons le badge et l’information : rendez-vous dimanche matin à LZ Washington pour aller à LZ Taji. En clair, l’hélicoptère nous emmènera de la zone verte à la base de Camp Taji, entre Bagdad et Baqouba.

Retour vers la sortie. Mêmes barrages. Les Péruviens. Badges, passeports. Ils sont une vingtaine. Emmitouflés dans leurs parkas. Derrière eux, un mur. Derrière le mur, l’impact de l’obus. Rires sous les cagoules. Devant eux, le fleuve. Et des Ford Explorer qui passent et repassent. "Gracias".

Bonne nuit, bonne journée.

Lucas

 

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