06
2008

"Notre République et sa presse graviront ensemble les sommets ou bien elles iront ensemble à leur perte. Une presse compétente, désintéressée, peut protéger cette morale collective de la vertu, sans laquelle un gouvernement populaire n’est qu’une escroquerie et une mascarade."
Joseph Pulitzer  
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    Pub ou pas ? France 2 et Radio France réagissent Version imprimable Suggérer par mail

     

    Il y a quelques mois le Président de France Télévision se battait pour une nouvelle coupure publicitaire en soirée. Le président de Radio France réclamait l’ouverture de ses antennes à la publicité commerciale. Dans les rédactions on dénonçait cette atteinte aux principes du service public. Dans le grand tohu-bohu de sa conférence de presse Nicolas Sarkozy a balayé ces vieilles querelles. Il n’y aurait plus de publicité dans l’audiovisuel public.

    Toutes celles et ceux qui n’ont pas été consultés affirment s’en réjouir, mais que pensent les rédactions de ce joli contre-pied ? Face à face pour Journalisme.com : Nicolas Chateauneuf, président de la SDJ de France 2 et Vincent Pellegrini, président de la SDJ de Radio France. 

    Nicolas Châteauneuf
    Nicolas Châteauneuf, président de la SDJ de France 2
     
       
    Vincent Pellegrini
    Vincent Pellegrini, président de la SDJ de Radio France



    Comment réagissez-vous à l’annonce du président Sarkozy ? Faut-il un service public audiovisuel sans publicité ?


    Vincent Pellegrini : Une pétition avait été lancée à l’initiative de l’ensemble des  syndicats et de la SDJ de Radio France parce que le président de Radio France et le gouvernement avaient exprimé la possibilité d’élargir le périmètre de la pub à Radio France. Maintenant, on nous annonce qu’il n’y aurait plus de publicité sur le service public. C’est assez causasse. Mais pour Radio France, c’est très bien, à condition que l’argent soit récupéré d’une autre manière.

    Nicolas Chateauneuf : Le problème n'est pas de savoir si les chaînes publiques doivent ou non diffuser de la publicité, mais du  financement que ces mêmes publicités assurent. La disparition de la publicité entraînera une perte financière de 800 millions d'euros dans le budget de France Télévisions, qu'il faudra bien compenser. Sans compter le coût des programmes supplémentaires (plus de 3 heures par jour). Or les pistes avancées par le président de la République ne semblent pas offrir toutes les garanties, de l'aveu même des experts. Certes, le gouvernement s'est engagé à compenser le manque à gagner, mais vu l'état des finances publiques, cela semble difficile à tenir si les pertes s'avèrent trop lourdes.

    La publicité transforme-t-elle la nature de l’information et du métier tel qu’il est exercé dans vos rédactions ? Comment vous positionnez-vous par rapport à vos concurrents (Europe 1, RTL ou TF1) ?

    V.P : Chez nous la publicité reste marginale. Elle représente 50 millions d’euros de recette, soit 8% du budget de  budget de Radio France. Nous ne sommes pas du tout contre la suppression. Nous ne voulons pas que Radio France ressemble à Europe1 ou RTL.

    N.C : En termes d'information, cela ne devrait pas changer notre manière de faire. Publicité ou non, l'information a besoin de la concurrence et nous prendrons soin de faire notre métier du mieux possible.

    Dans chacun de vos médias respectifs, le zéro publicité ne risque-t-il pas d’engendrer une trop grande dépendance à l’égard du pouvoir politique ?

    V.P : A la télévision peut-être, mais à Radio France 92% du budget est déjà versé par l’Etat. Entre un financement à hauteur de 92% ou de 100%, il n’y a pas de différence. C’est aux rédactions de savoir monter au créneau  en cas de pressions.

    N.C : Sur France 2, nous dépendons aujourd'hui à 60% des financements publics. Mais ce lien financier est très encadré. Une intervention directe de la tutelle politique dans le contenu éditorial de l'antenne déclencherait à n'en pas douter une vaste polémique. Cette indépendance est une des conditions de la démocratie. Et cela est encore plus vrai dans le cadre du financement public à 100%.

    L’absence de la publicité sur les chaînes et radios de service public est-elle le moyen d’affirmer l’identité de l’audiovisuel public ou de la fragiliser ?

    V.P : Nos auditeurs ont l’habitude d’écouter une antenne sans trop de  publicités, ils  n’avaient pas envie d’en avoir plus. La  qualité des publicité radios est très mauvaise. La suppression de la publicité rendra nos antennes plus agréables, mais il faut être vigilants. Si les 8% de recettes publicitaires ne sont pas compensées, il y aura un gros soucis. Il y a un risque de fragilisation. Pour France Télévision , vu les sommes en jeu, il va être très difficile de fonctionner sans publicité avec le même budget. Ils ont de quoi s’inquiéter.

    N.C : Pour beaucoup, la suppression de la publicité renforcera l'identité des chaînes publiques. C'est possible, mais la publicité est déjà limitée à 8 minutes par heure glissante sur nos antennes. Et contrairement à ce qu'on entend parfois, la programmation des chaînes publiques n'a jamais été aussi différente de celle des chaînes privées. Sur nos antennes, il n'y a pas de téléréalité. Nous diffusons des magazines d'information (Envoyé spécial, Thalassa) en prime time. Nous avons programmé récemment des pièces de théâtre à des heures de grande audience. Les films ne sont pas tronçonnés par la publicité. Les émissions de débat sont nombreuses. La liste est longue.

    Quel système de financement vous semble le mieux à même de garantir l’indépendance éditoriale ?

    V.P : L’idéal serait de se passer totalement de la publicité à condition, évidemment, d’avoir les moyens financiers de fonctionner en toute indépendance, avec une certaine idée du service public.

    N. C : L’indépendance éditoriale se portera d'autant mieux que nous disposerons d'un financement clair, assuré et pérenne. Le système le plus simple consisterais à fixer la redevance autour de 170 euros, au lieu des 116 euros actuels. Cela permettrait de ne pas dépendre des recettes publicitaires de nos concurrents privés ou du marché de la téléphonie mobile. Cela éviterait également que les termes du contrat puissent être facilement remis en cause à chaque changement de majorité politique.
    Le gouvernement ne semble pas envisager une augmentation de la redevance. Comme tous les impôts, elle est impopulaire. Il faut donc trouver d'autres pistes de financement. C'est une entreprise complexe, car l'audiovisuel public, en incluant le coût des programmes supplémentaires (engendrés par la suppression de 8 minutes de publicité par heure) aura besoin d'environ 1,1 à 1,3 milliard d'euros. La surprise générée par l'annonce présidentielle, y compris au sein des ministères concernés, doit maintenant céder la place à une réflexion sérieuse et une évaluation objective des modèles économiques proposés pour financer la télévision publique.


    Propos recueillis par Bahar Makooi
    Photos : Charlotte B.







     


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