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"Doctor Salam Al Kafarji" est vice-ministre de l’immigration et des déplacés. Un petit bonhomme bedonnant, souriant, et chaleureux. C’est l’un des rares membres du gouvernement à vivre en dehors de la Zone Verte. A 10 heures, il nous reçoit dans sa grande maison d’Al Yarmouk. Deux gardes à l’extérieur, deux à l’intérieur. Et les gamins qui passent la tête pour voir le journaliste. "Dans la zone verte, je suis bloqué. Il me faut des heures pour entrer et sortir. Et les gens ne me feraient pas confiance".
Il a l’un des postes les plus importants du gouvernement : l’Irak en 2008, c’est 4 millions de réfugiés. 2 millions à l’étranger, 2 millions à l’intérieur du pays, les déplacés. C’est le plus grand exode de population depuis celui des Palestiniens en 48. Le "doctor", ancien ingénieur en Agriculture, montre des cartes, des points, et analyse froidement : "Il n’y a pas de moyens d’aller chercher ceux qui sont partis à l’étranger. Mais les déplacés de l’Intérieur, je veux qu’ils puissent rentrer chez eux"
Avec une toute petite équipe, et une grosse sécurité, le vice-ministre sillonne le pays. Il va voir les sunnites, les chiites, les chrétiens, les kurdes… Il leur demande leur adresse, leur promet le retour en échange de la promesse du renoncement à la vengeance. Certains acceptent. Beaucoup refusent.
Je demande au doctor si je peux l’accompagner dans ses tournées. Il accepte. "Laissez-moi une semaine, et je vous emmène avec moi. Où vous voulez dans le pays, inch’allah."
Tout doit être organisé. Il faut s’assurer de la route. Prévenir les américains, les irakiens, les milices. Surtout "Al Sahwa", le "Réveil", la nouvelle milice sunnite armée et financée par les américains pour combattre Al Qaïda, composée essentiellement d’anciens insurgés attirés par les armes flambant neuves américaines, le permis de port d’armes, et le salaire. Quant j’en parle avec le "doctor", sourires. Son assistant me regarde étrangement, les yeux fendus. Je ne comprends pas mais j’insiste. Rires discrets, puis plus rien.
On quitte le "doctor" avec l’envie de parcourir les camps de réfugiés avec lui. Premier barrage sur la route du retour, des peshmergas kurdes qui tiennent ce coin de la ville. Puis les miliciens du "Réveil". On passe. Muthanna, le chauffeur, et un garde du corps explosent de rires à l’une de mes questions. La tension qui persistait depuis la fin de l’interview se dissipe enfin.
"Louca, tu n’arrêtes pas de te tromper. Même avec le ministre. Tu confonds Al Sahwa et Al Shawa. Al Sahwa , c’est le réveil mais tu dis Al Shawa, et ça c’est l’orgasme d’une femme".
Les rires de l’équipe se poursuivent jusqu’à l’arrivée à l’hôtel. Et j’ose à peine rappeler "le doctor".
Bonne nuit, bonne journée
Lucas
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