| Commission de la carte : une histoire française |
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Dans les autres pays européens, la carte de presse existe, mais elle est distribuée par les employeurs ou syndicats de journalistes. La France est une exception, car c’est une « Commission de la carte d’identité des journalistes » qui distribue le sésame au nom de l’Etat. En soixante et onze années d’existence, elle a traité plus de 109 000 dossiers. De Jacques Alexandre, 86 ans, journaliste radio titulaire de la première carte, à cette toute nouvelle génération de journalistes travaillant sur téléphonie mobile qui se sont vu délivré des cartes très récemment.
Des journalistes "tués en plein vol"
La Commission est une structure paritaire (voir notre encadré). Maïté Baron, représente le collège des directeurs (SPMI). Elle est DRH chez Lagardère et commissaire depuis plus de 15 ans. En quinze années, elle a vu défiler les demandes. Un constat, confie-t-elle « Beaucoup de journalistes se retrouvent en situation de précarité. Ils ne parviennent pas à faire renouveler leur carte de presse car il faut un minimum requis (La moitié du SMIC par mois en moyenne sur un an). Les pigistes ont du mal à atteindre ce montant. » Eric Marquis, le président de la Commission de la carte confirme. « Ca nous arrive fréquemment. C’est pénible pour nous de voir ce phénomène de journalistes tués en plein vol ». Autre évolution du métier, le cas des « journalistes webmasters ». Depuis le développement d’Internet et des journaux en ligne, la frontière est parfois floue entre travail journalistique et maintenance des sites. Après avoir vérifié l’ours, un coup de fil à l’intéressé règle souvent l’affaire. Il obtiendra la carte de presse s’il écrit également des papiers d’informations pour le journal en ligne. « Il nous arrive d’appeler les journalistes pour avoir une description précise de leurs tâches, mais nous n’appelons jamais l’entreprise pour la première demande ! » explique Nicole Vidal commissaire représentant le collège des journalistes. La Commission prend des précautions pour préserver la confidentialité du journaliste vis-à-vis de l’employeur. Avec ou sans la fameuse carte, la rémunération d’une pige peut parfois passer du simple au double. Le recours au très large réseau de contacts des commissaires suffira à l’enquête. Leur travail est complété à l’échelle régionale par les 38 correspondants de la Commission. Pour valider un dossier, deux signatures des commissaires sont nécessaires, une côté journaliste et une autre côté employeur. Une seule signature suffit pour les renouvellements. En cas d’avis négatif, le dossier passe en Commission plénière.
Chaque semaine, une trentaine de dossiers sont examinés par cette Commission de première instance, validés par un vote à la majorité absolue. Les demandes qui posent le plus souvent problème émanent de l’audiovisuel avec l’ambiguïté que présente le travail en sociétés de production, pour des talk show, ou des émissions de variété. Par exemple, les commissaires n’accorderont pas la carte à cette journaliste qui travaille comme assistante pour des chroniqueurs spécialisés sur une chaîne de télévision. Les preuves envoyées ne permettant pas de savoir si elle effectue un travail de journaliste. Cette directrice de programme sur une radio associative locale par contre, se verra attribuer la carte. "Elle nous a envoyé une copie de son travail. Elle continue à faire du journalisme tout en dirigeant une équipe, raconte Eric Marquis, président de la Commission de la carte. C’est souvent le cas dans ces radios qui fonctionnent avec peu de moyens." En cas de refus de la Commission plénière, il existe un recours pour les demandeurs de carte : la Commission supérieure constituée principalement de magistrats. Celle-ci se réunit une fois par mois pour examiner une quinzaine de dossiers en moyenne. Dans plus d’un quart des cas, elle revient sur la décision de la Commission plénière et finit par accorder la carte.
En 2007, les commissaires ont tout de même délivré 37 301 cartes de presse dont près de 2000 premières cartes. Ces premières cartes sont appelées "cartes stagiaire", elle se transformeront en "cartes titulaire" après 2 ans (un an pour les diplômés des écoles reconnues par la profession). Tous ces dossiers sont précieusement archivés dans les sous-sol de la Commission. Alignés comme autant de témoignages, les 109 330 chemises défraîchies y renferment l’histoire du journalisme français et ses évolutions depuis 1945.
Dossier réalisé par Bahar Makooi
Photos : Charlotte B.
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La Commission a-t-elle un rôle déontologique ? Interview d’Eric Marquis, président de la Commission de la carte
