Notre République et sa presse graviront ensemble les sommets ou bien elles iront ensemble à leur perte. Une presse compétente, désintéressée, peut protéger cette morale collective de la vertu, sans laquelle un gouvernement populaire n’est qu’une escroquerie et une mascarade.
Joseph Pulitzer
23 octobre 2017

Rendez vous les 14, 15, 16 et 17 mars 2018 pour la onzième édition des Assises Internationales du Journalisme et de l'Information de Tours

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Jean-Marie Charon : Les journalistes et leur public

Couverture du livre Jean-Marie Charon :
Les journalistes et leur public : le grand malentendu


Editeur : Vuibert
Date de parution : Octobre 2007



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"Pourquoi j'ai écrit Les journalistes et leur public"
, par Jean-Marie Charon

Au départ des journalistes et leur public, il y a, pour moi, ce baromètre et ce débat sur "la confiance des Français dans leur médias". Je l’ai rencontré en tant que rédacteur en chef de MédiasPouvoirs. Depuis deux décennies, il nous rappelle qu’ "un Français sur deux ne croit pas…". Depuis les choses se sont même dégradées, avec l’exclusion des journalistes de certains lieux de l’actualité (AG ou coordinations de grévistes, banlieues).

L’inventaire des reproches n’est pas difficile à établir. Des missions et rapports d’institutions diverses s’y sont employés à plusieurs reprises, proposant leurs solutions (formation, charte, autorité). Or, j’observe, que tout en acceptant désormais de s’interroger sur leur pratique, les journalistes ont le sentiment que le problème est ailleurs. L’univers professionnel dans lequel ils évoluent a changé brutalement : nature de l’information, attentes du public, techniques utilisées, entreprises de médias, exigences économiques et financières. Et c’est bien à une difficulté toujours plus grande à situer, où et comment, peut s’exprimer leur responsabilité que les journalistes sont confrontés. Face à l’exigence d’une information, "zéro défaut", "responsable", les journalistes répondent : "la meilleure information possible avec les moyens disponibles". Ici gît, à mes yeux, le cœur du malentendu.

Pour en saisir, au plus près la réalité, j’ai voulu entrer dans l’analyse de cas concrets : la fiabilité face à une information complexe (avec la question du rapport aux experts) ; le traitement des violences en banlieue ; l’information sur le politique. Celle-ci, me paraît indiquer la voie pour dépasser la crise actuelle : celle d’un travail interne aux rédactions, bien sûr, celui-ci étant nourri, stimulé par l’ouverture d’un débat public, large et permanent sur les conditions de traitement de l’information. Aucun remède ou instrument miracle donc, mais l’appel à un vaste chantier dans la durée, impliquant largement les acteurs de la société. Car derrière la défiance à l’égard des médias, pour moi, c’est l’une des conditions de la démocratie qui est posée.


Jean-Marie Charon