Notre République et sa presse graviront ensemble les sommets ou bien elles iront ensemble à leur perte. Une presse compétente, désintéressée, peut protéger cette morale collective de la vertu, sans laquelle un gouvernement populaire n’est qu’une escroquerie et une mascarade.
Joseph Pulitzer
18 décembre 2017

Rendez vous les 14, 15, 16 et 17 mars 2018 pour la onzième édition des Assises Internationales du Journalisme et de l'Information de Tours

Carnets de reportage

Samedi 15 septembre : "Saturday night fever"

 

Seuls les hélicoptères brisent le silence.
 
Il fait nuit sur Bagdad, et le Sheraton est vide. Enfin presque : nous occupons trois chambres : une pour moi, une pour le fixer, Muthanna, et une pour les gardes du corps. Il en reste 997 à louer.  C’est pas gagné.
Les immenses couloirs du Sheraton sont plongés dans le vide et le noir. Pas de courant, pas de restaurant, pas de clients.
 
Les retrouvailles avec Bagdad sont curieuses. Impression d’être dans un mélange de Beyrouth et de Grozny. Immeubles éventrés, ombres fugitives dans la nuit, sirènes de police, et fumée d’attentats.
 
Le voyage en Irak commence dès le tarmac à Amman. 10 heures ce matin : des forces spéciales américaines en civils, quelques militaires français peu loquaces, et des irakiens pas pressés de rentrer. L’avion de la Royal Jordanian est repeint en blanc : pas d’identification, pas de numéro, pas de logo. Seul, un nom, peint sur le nez : Jessica. J’espère qu’elle est en forme,  la Jessica….
 
Le pilote est russe, forcément. Le genre de pilote qui a dû poser des avions au Kosovo, au Timor, au Congo… En se marrant, et dans un anglais très accentué, il souhaite la bienvenue à bord, avec une hôtesse anglaise qui doit être payée une fortune pour ce job.
 
Le Fokker 28 se remplit. Et, pour une fois, tout le monde écoute les consignes de sécurité et regarde où est "la sortie la plus proche de votre siège". Coup de bol, j’ai la sortie de secours…
 
A peine en l’air, l’hôtesse distribue des sandwichs auxquels personne ne touche. Une sonnette retentit au bout de trois quarts d’heure : c’est le signal de la descente vers Bagdad. Au dessous, les premières boucles du Tigre, la palmeraie de Fallujah, et quelques maisons.
 
L’avion descend en vrille : virages de plus en plus serrés. Gauche, droite, gauche. Le tout en piquant vers le sol. Et à toute vitesse, pour éviter les tirs. Une irakienne assise à côté de moi pleure en silence. Je ne sais vraiment pas quoi lui dire.
 
Je branche l’Ipod, et écoute à fond les manettes le dernier Manu Chao, Raining in Paradise, pour éviter d’entendre les vrombissements des deux réacteurs que le pilote coupe et rallume à tour de rôle. La musique calme un peu, mais j’ai les mains tellement moites que je ne peux plus changer de chanson.
 
La carlingue s’emplit d’une vague odeur de sueur apeurée. Entre se planter et prendre un missile, chacun évalue les meilleures manières de terminer cette descente au plus vite.
 
Derniers virages au dessus d’un ancien palais de Saddam, et le zinc se pose à toute vitesse sur la piste.
"Bienvenue à l’aéroport international de Bagdad. La température extérieure est de 47 degrés… et ça va encore monter", rigole cet enfoiré de russe.
 
En effet, l’air extérieur donne la sensation d’entrer dans un four avec un sèche-cheveux braqué dans la bouche.
 
Muthanna n’a pas eu le droit d’entrer dans la zone de l’aéroport. Un irakien, sympa, me propose de me déposer au premier check-point.  A 170 kilomètres heures, en allumant sa cigarette, il me demande ce que je fais là…
 
Je finis par retrouver Muthanna, et nos anges gardiens : quatre policiers, dont un major en uniforme, que je vais payer 600 dollars par jour pour nous protéger ( j’accepte assez facilement, aujourd’hui, de participer à la corruption généralisée du pays).
On se remet en route, Muthanna et moi dans une première voiture,  les flics dans une vieille Chevrolet aux vitres teintées derrière. Au moindre pépin, ils sont supposés sortir l’artillerie, ou négocier avec les milices, par ailleurs infestées de policiers et de militaires.
 
Ce qui n’a pas changé, c’est l’entrelacs de routes coupés, de détours, de barrages : un coup l’armée, un coup les forces spéciales, un coup la police. Il nous faut une bonne heure pour arriver au Sheraton, dont quelques minutes très désagréables dans un embouteillage, où tous les regards se tournent vers moi.
 
En descendant de la voiture, je goûte à cette sensation oubliée : dix mètres à pied, et l’impression d’avoir plongé dans une piscine brûlante tout habillé.
 
C’est le ramadan. Donc juste de l’eau, puisque Muthanna me dit que personne ne me reprochera de boire de l’eau en public… De toutes façons, il n’y a personne pour me regarder, à part les obséquieux serveurs, qui ont tranquillement survécu au changement de régime.
 
On parle de politique, avant le premier direct. BAM. Une bombe, pas loin. Bilan, 5 morts et 17 blessés. Une voiture piégée. Et Muthanna : "oui, mais il y en a vraiment de moins en moins, tu vas voir, ça ne réveille plus la nuit".
 
Je sais pas s’il pleut au paradis, mais ici, il fait chaud.
 
Bonne nuit,  bonne journée,
 
Lucas

Mardi 8 juillet 2008 : "Demain"

 

La piscine est vide. Vide, ou sale. Pendant ce séjour, je n’ai jamais pu y plonger. Quand je suis arrivé, son eau était jaune. Le sable des tempêtes dans l’eau de la piscine. Puis l’eau a viré au marron. De la terre ?  Il y a quelques jours, les propriétaires de l’hôtel ont décidé de la vider. Et ils ont les plus grandes peines à la remplir de nouveau. "Demain !", disent-ils tous les jours. La piscine est vide. Et pourtant je n’en ai jamais eu autant besoin. La chaleur, les ennuis "logistiques", et pas mal de doutes.

 
L’Irak est le pays du doute. Pour tout et pour chacun. Cinq ans d’extrême violence ont appris aux Irakiens à ne plus rien promettre, ne plus rien croire. Comment savoir si telle route sera ouverte le lendemain, si tel colonel à qui l’on veut parler sera encore vivant ? Comment savoir si dans une demi-heure, ce barrage tranquille n’aura pas été attaqué ?
 
Dans le doute, il faut se rassurer avec des éléments tangibles. L’argent. Il est devenu un moyen de croire. La corruption touche tous les niveaux. Des pauvres aux riches, des forts aux faibles. Tout s’achète, tout se paye. Très cher. La vie, l’information, le passage, le temps. Il faut souvent payer pour rien. "Parce que c’est comme ça". Parce que plus personne n’ose se demander ce qu’il fera dans un jour ou dans un an. A défaut, il faut bien faire quelque chose : tenter de gagner un peu plus. C’est exaspérant, mais indispensable. Et à en croire les livres, l’Irak a toujours été corrompu, toujours été violent.
 
Difficile, aujourd’hui, de croire qu’il y a 30 ans, les Irakiens étaient parmi les plus riches du Moyen-Orient. Qu’un dinar valait 3 dollars, quand il en faut aujourd’hui 5000 pour la même somme. Le pétrole suintait tous les pores du pays. Les amis américains, britanniques et français se pressaient aux portes de l’aéroport pour ne pas manquer les contrats. Les écoles et les Universités tournaient à plein régime. Les magasins de luxe du centre ville depuis longtemps fermés, ont étés remplacés par des échoppes de légumes. "On n’a jamais été préparés à vivre comme des pauvres", dit un Irakien.
 
Les files d’attentes aux stations-service. Comment est-ce possible dans un pays qui possède probablement les plus grandes réserves de pétrole du monde. Les cuves vides : "C’est la grève". Mais qui fait grève ?  "Les employés des stations ! Ils sont fonctionnaires mais ne sont plus payés".
 
Rue Saadoun à Bagdad. Depuis quelques semaines sont apparus des panneaux solaires sur les lampadaires. "C’est nouveau, c’est vraiment étrange. Je ne pensais pas qu’on aurait ça ici", rigole le chauffeur. La pollution est telle en fin de journée qu’on distingue à peine les panneaux. Pour un peu, on se demande si ce n’est pas une blague. "Vous croyez que c’est vraiment le moment de nous installer des systèmes écologiques", demande-t-il plus sérieusement. Qui a gagné ce marché ? Avec quels arguments ? Eclairer la rue la nuit, certes. Mais elle est vide ! Personne, en dehors des convois de l’armée, ne roule rue Saadoun la nuit. Et les blindés tentent plutôt de se déplacer sans êtres vus…
 
L’Irak est un pays complexe, passionnant, et attachant. Les Irakiens le sont encore plus. Mais l’Irak est aussi un concentré de l’absurde. De la cruauté à la bêtise : de Saddam Hussein à Paul Bremer. Un espace pour exercer les pires travers de l’homme fort sur les humains. Pour voir. En mettant un soin particulier à ne pas chercher, à ne pas comprendre, à ne pas regarder. En bas, les Irakiens ne connaissent que la violence. Ils en distinguent les codes invisibles. Ils la connaissent, parfois l’apprécient. En se disant qu’un jour, demain peut-être, c’est sûr, ça ira mieux. "Demain…".
 
Demain, ce carnet de route s’arrête. Parce que nous partons (si la tempête le permet...). Mais aussi parce que les mots sont plus absurdes encore que la situation qu’ils tentent de décrire.
 
"Appliquer les mots habituels au milieu de tout cela est devenu aussi difficile que de supporter ses pensées. La guerre a éreinté les mots; ils se sont affaiblis, dégradés."
Henry James, New York Times,1915.
 
Bonne nuit, bonne journée.

Lucas

Mercredi 2 juillet : "Le curé n’est pas là"

 

En voiture à la recherche des chrétiens de Bagdad. L’idée est de savoir combien ils sont. Comment ils vont. S’ils ont tous fui. Ce qu’ils font quand ils restent. Nous allons dans  Karrada, le quartier du centre de Bagdad où se concentrent beaucoup d’églises. Il y a 17 communautés chrétiennes différentes en Irak. Des plus classiques aux plus obscures. Des Eglises aux sectes.
 
Une grande croix en béton au-dessus d’une église cubique. La rue est barrée des deux côtés. Les visages sont fermés. Avec leurs revolvers et leurs talkie-walkie, les vigiles protègent les Eglises. Elles ont toutes été attaquées ces dernières années. Certaines ont brûlé. D’autres ont sauté. Les messes sont devenues rares, et les fidèles se cachent.
 
Dans la rue, on croise des regards. A la vue de nos caméras et de l ‘appareil photo de Yuri, ils se baissent. Se détournent. Survivre, c’est se cacher. Comme tout le monde en Irak, mais peut-être plus encore dans ce quartier. Nous tentons de frapper aux portes des Eglises. De forcer un peu. Rien n’y fait. Personne ne veut parler. "Le curé n’est pas là". Il est au Kurdisan. Il est au Liban. Il est en Europe. Il est fatigué.
 
En fait, le curé est là. Probablement. Mais il ne veut pas sortir. Pas parler. Se montrer le moins possible. Il y a quelques semaines, un curé de Karrada a été tué devant la porte de son appartement, à 15 heures. Comme ça. Parce qu’il était curé.
 
Des chrétiens de Karrada s’approchent de nous. Posent deux questions. Puis disparaissent. Sans vouloir répondre aux nôtres. La grande croix en béton est triste. On se prend les pieds dans les barbelés qui encerclent l’Eglise vide.
 
Il paraît que rue Saadoun, deux magasins d’alcool viennent de rouvrir après trois ans de fermeture. Il paraît que les vendeurs sont chrétiens. Les magasins sont ouverts. Et le commerce marche bien. Ça défile pour acheter des bières ou des petites bouteilles de whisky. Je demande si les vendeurs sont chrétiens. Embarras. Confusion. Non, puis oui, timidement, puis Non. Le secret, toujours. Tous les magasins d’alcool de la rue Saadoun ont sauté, eux  aussi, un jour ou l’autre.
 
Le curé n’est pas là. Les vendeurs ne sont pas chrétiens. Pour vivre malheureux, ils vivent cachés.
 
La nuit sera courte. Départ pour le Sud au milieu de la nuit. 
 
Bonne nuit, Bonne journée.

Lucas

 

A Bagdad, Lucas Menget, grand reporter à France 24, raconte le journalisme en train de se faire...

Crédit : L. Menget / France 24

Lire la suite : A Bagdad, Lucas Menget, grand reporter à France 24, raconte le journalisme en train de se faire...

Lundi 30 juin : "L'odeur du sable"

 

Al Garma est un petit village près de Falloujah. Un petit village célèbre ces jours-ci en Irak. Vendredi dernier, un homme en uniforme de l’armée irakienne est entré dans la salle de réunion de la mairie. 
Il y avait une rencontre entre les chefs tribaux et des officiers américains. Ils préparaient la cérémonie de samedi : le transfert aux autorités irakiennes du pouvoir politique pour la province d’Al Anbar.  Pour les cheiks, c’était une récompense : depuis un an, ils travaillent avec les Américains (après les avoir férocement combattus), et ont réussi à chasser Al Qaïda. Mais l’homme en uniforme de l’armée s’est fait sauter. 25 morts. 20 chefs tribaux et 5 militaires américains. La cérémonie de samedi a été reportée sine die. 
À Bagdad, on a expliqué que c’était à cause de la tempête de sable.

Nous avons vu les cheiks d’Al Garma. Enfin les survivants. Ils disent que la sécurité n’est pas encore optimale. Et ils se demandent si les Américains ne devraient pas attendre un peu avant de donner le contrôle de l’ancien bastion islamiste aux forces irakiennes… Nous avons vu les cheiks, magnifiques dans leurs dishdasha blanches. 
Mais nous n’avons pas vu grand’chose d’Al Garma. Une nouvelle tempête de sable s’est abattue sur l’ouest irakien.

On sent d’abord la chaleur. Tout à coup, le corps se met à bouillir. 
Impression que la peau brûle. Dos trempé. Puis le courant est coupé. 
Un câble qui rompt quelque part dans le désert. La lumière baisse. Le ciel passe du bleu au jaune, puis à l’orange. Enfin au rouge. Les palmiers se plient. Leurs feuilles deviennent ocre. Le chauffeur démarre vite la voiture. Le sable entre par la climatisation. On voit à peine le bout de la rue. Juste de quoi distinguer des gamins qui rigolent en plongeant dans un bout de rivière sale.

Direction Bagdad. Direction le cœur de la tempête, qui se déplace. Les miliciens qui nous escortent sont en plein phares. Il est 16 heures. 
Quelques camions sur la route. Nous nous arrêtons pour des images, sur un pont : une ligne de chemin de fer, désaffectée ; une usine fermée ; un Cheick qui regarde, fier, son désert rouge.

Le sable sent fort. Il charrie des centaines de kilomètres d’odeurs. 
Il sent l’Irak : mélange de chaud, de diesel, de fruits, d’asphalte mou. Près de Falloujah, le sable sent l’Euphrate : les dattes pourries, le mouton. Il brûle les narines. Tant mieux : impossible de distinguer l’odeur de la mort, que l’on sent toujours un peu en Irak.

Walid accélère. Puis pile. Juste à temps pour éviter de se faire mitrailler par un blindé américain qui bloque la route. Les pneus crissent sur le sable déposé sur la route. Impossible de voir le char à moins de 30 mètres. À croire que les conducteurs de blindés n’ont jamais vu une publicité de la sécurité routière.

Walid accélère de nouveau. À fond. Pour doubler l’œil de la tempête. 
Le ciel passe du rouge à l’orange. Puis au jaune. Et au blanc. Tout à coup, le rideau se lève. On a gagné. La tempête est derrière. Sauf qu’à peine arrivés dans la chambre à Bagdad… La lumière devient jaune, puis orange, puis rouge. En Irak, on ne peut pas faire la course avec le sable. Il gagne toujours à la fin.

Bonne nuit, bonne journée.

Lucas

 

Samedi 19 janvier 2008 : "Gracias"



Aller dans la zone verte peut prendre une demi-journée. Rendez-vous cet après-midi pour finaliser notre "embed" et faire les accréditations de Guillaume. Muni de tous les numéros de téléphone (des numéros américains), je me dis que tout va aller très vite. Arrivés au pied du pont, j’appelle l’escorte. Une voiture doit venir nous prendre pour faire les 4 kilomètres qui nous séparent du centre de presse.

Une femme, à l’autre bout de la ligne : "Je ne peux absolument pas vous dire quand nous serons en mesure de venir. Nous sommes en alerte maximale, il est interdit de se déplacer" . Bon. Assis sur un morceau de béton, nous regardons couler le Tigre. Toute la zone verte est emmurée. Seuls les hélicoptères semblent en mesure de franchir les dizaines de kilomètres de panneaux de béton.

Sifflement. Puis déflagration. L’alerte était réelle. Un obus de mortier. La riposte est immédiate : depuis une palmeraie partent les tirs américains. L’attente se prolonge. Les véhicules sont rares. Je rappelle : "L’alerte est levée, merci d’avoir patienté. Une Ford Explorer Rouge vient à votre rencontre". Nous avançons. Un arrêt de bus, improbable. Mais vrai. Quelques minutes plus tard, un bus conduit par un pakistanais s’arrête à notre hauteur et nous propose de monter… Réalisant que nous ne sommes pas "résidents", il démarre.

"Désolé pour l’attente", dit le sergent du Maine, harnaché dans son casque et son gilet. Pas évident de conduire, mais il l’air d’avoir l’habitude. La zone verte est parsemée de check-points. Ils sont tenus par des compagnies de sécurité privée. Intraitables. Tout le monde doit s’identifier. Deux sociétés se partagent le marché : des ougandais et des péruviens.

Aujourd’hui, ce sont eux qui ont eu chaud : l’obus est tombé à 15 mètres derrière leur mur de protection. "Tout le monde va bien dans l’équipe ?", demande l’américain. "Oui, ça va", répond le péruvien, d’assez mauvaise humeur. Au moment où la Ford repart, il esquisse un sourire : "Gracias".

Deux heures plus tard, nous avons le badge et l’information : rendez-vous dimanche matin à LZ Washington pour aller à LZ Taji. En clair, l’hélicoptère nous emmènera de la zone verte à la base de Camp Taji, entre Bagdad et Baqouba.

Retour vers la sortie. Mêmes barrages. Les Péruviens. Badges, passeports. Ils sont une vingtaine. Emmitouflés dans leurs parkas. Derrière eux, un mur. Derrière le mur, l’impact de l’obus. Rires sous les cagoules. Devant eux, le fleuve. Et des Ford Explorer qui passent et repassent. "Gracias".

Bonne nuit, bonne journée.

Lucas

Vendredi 18 janvier 2008 : "Pénitence"



Ils marchent. Marchent encore. Continuent à avancer vers la mosquée. A Bagdad, les piétons sont rares. Le spectacle de l’Achoura sous le couvre-feu, c’est ça : des bagdadis à pied. Tous les 150 mètres, un barrage. Policiers, militaires, commandos, miliciens : toutes les ressources disponibles sont au travail. Cagoule pour certains, de peur d’être assimilés par des sunnites de passage à des chiites trop zélés. Interdiction de filmer des visages.

Le nuage de pollution est dissipé. L’air est frais, vif. Agréable, pour une fois. Pour l’Achoura, les dieux irakiens ont même interrompu la grisaille et laissé le soleil s’installer. Nous partons pour le plus grand quartier chiite de la capitale. Les gardes sont contrariés : "On va marcher toute la journée ?". Dans le civil, ils sont en uniforme. Policiers. Le major, le chef de nos gardes, avoue ne jamais marcher. Son revolver le gêne. Il ne sait plus où le mettre : dans la poche de son blouson ? Non, trop voyant. Dans son pantalon, devant ? Ca le fait boiter. Va pour la ceinture, derrière. Il indique aux autres comment faire pour que les badauds ne repèrent pas les armes. Ils sont sunnites. Et pour la journée, entourés de centaines de milliers de chiites.

Sur les ronds-points, les agents de la circulation sont désemparés. Debout à côté de sa Suzuki flambant neuve, un jeune flic applique aux piétons les gestes qu’il destine aux voitures les jours normaux. Point levé, comme les américains : Stop. Paume vers le ciel, presque un salut amical : Avancez. Les piétons sourient. Echanges de politesses. L’opération "Bagdad sans ma voiture" remporte un franc succès.

Khadamiyah. Le cœur de la ville chiite. Ils sont partis de chez eux à l’aube. Des grappes de femmes en noir avancent, doucement,  les enfants à la main. Devant, un peu plus loin, les hommes. Certains ont le front ceint d’un large bandeau noir. Avec en lettres d’or le nom de l’Imam Hussein. A vendre, sur le bord de la route, des petits fouets avec chaînes, pour se frapper le dos. Le modèle adulte vaut un peu plus d’un dollar. Le modèle enfant, bradé.

Premiers cortèges. Les tambours de l’Achoura résonnent entre les immeubles des ruelles étroites. Hommes devant, garçons derrière. Le chef de cortège rythme les coups de fouets. Mohammed, un chiite, notre guide dans le quartier, m’explique la technique pour ne pas se faire mal : le poignet frappe contre le haut de la poitrine, arrêtant le mouvement avant que les chaînes ne touchent le dos.

Dans chaque rue, un barrage. Fouille au corps : une file pour les hommes, une file pour les femmes. Les enfants passent. "Notre terreur, c’est une femme kamikaze, il y en a de plus en plus". Le capitaine des commandos du ministère de l’Intérieur accepte l’interview, à condition qu’il puisse enfiler son beau béret rouge et son gilet pare-balles pour la caméra.

Toutes les armes sont interdites. Sauf les sabres. "Mais ils ne sont pas aiguisés". Devant la mosquée, un groupe de pèlerins entame une danse. Pas de sang : les dévots ne vont pas, cette fois-ci, jusqu’à s’ouvrir la tête. La pénitence a ses limites.

En 680, Hussein, petit fils de Mahomet et fils d’Ali, était bien seul, face aux sunnites de Damas. Près de Kerbala, il est mort. Et ses compagnons n’ont pas étés très courageux. En 2008, même l’armée américaine le protège. L’Imam Hussein est sous bonne garde.

Bonne nuit, Bonne journée.

Lucas

Jeudi 17 janvier : "Couvre-feu"

 

Le jour tombait et les voitures roulaient plus vite que d’habitude. Dans quelques heures, un couvre-feu. Chacun se dépêche de rentrer chez soi, de faire ses dernières courses, d’aller se calfeutrer en famille, en sécurité si possible. Un peu partout, des check-points se mettent en place : pendant 48 heures, jour et nuit, sur la quasi-totalité du territoire irakien, seuls les militaires et les policiers pourront circuler.

La terreur : les voitures piégées, conduites par des kamikazes. Tous les ans depuis avril 2003, le sang ne coule pas seulement dans le dos des chiites qui se flagellent à coups de chaînes. Tous les ans, des fous de Dieu, du même, s’entre-tuent. En période sacrée, c’est mieux.

Premier attentat vers 15 heures : un homme s’avance dans une procession. Il est sunnite. Ils sont chiites. 8 morts, plus le kamikaze. A Kerbala, on attend 2 millions de pèlerins. Il y a 25 000  policiers déployés en ville.

Guillaume, JRI de France 24, est arrivé, mais son avion avait du retard. Trop déjà pour prendre la route en relative sécurité. Il n’y a que 110 kilomètres en Bagdad et Kerbala, mais au moins 5 heures de route, une centaine de barrages, et des zones incontrôlées, impossible à traverser la nuit. 

Sur le terrain vague, à quelques kilomètres du terminal. J’attends Guillaume avec toute la sécurité nécessaire pour lui offrir une belle arrivée. Le soleil réchauffe, et je tente sans succès de compter les convois de Blackwater : plus d’une vingtaine en deux heures. Des jeeps blindés, équipées de mitrailleuse lourdes qui sont pointées sur le piéton, au cas où. Je filme : deux fusils à lunettes sont immédiatement braqués sur l’objectif. D’un geste violent, on m’ordonne de couper. Il est interdit de filmer ceux qui protègent l’armée américaine. Et qui sont eux-mêmes interdits sur le sol irakien depuis le 20 septembre dernier. Tout le monde les hait. Ils haïssent tout le monde.

16 heures. Muthanna vient me tirer de mes comptabilités. "On ne peut plus aller à Kerbala, je crois". S’il le dit… Et il ajoute : "de toutes façons, les gardes ne veulent pas prendre le risque de rouler de nuit". Opération Kerbala stoppée. Nous verrons l’Achoura à Bagdad. Et à pied.

A 20 heures, le calme s’installe. Plus de voitures qui filent dans la nuit, ne s’arrêtant ni aux feux ni aux carrefours. Un chien errant, ravi du brusque silence, aboie. D’autres lui répondent. Chiens de guerre.

Bonne nuit, bonne journée.

Lucas

Mardi 15 janvier 2008 : "La secrétaire d’Etat"

 

Départ tôt ce matin. Nous avons rendez-vous au ministère des Affaires Etrangères. Et ici comme ailleurs, ce sont des gens qui ne rigolent pas toujours. Avec des horaires, des rendez-vous, des bureaux, des badges… Pas des miliciens, quoi.

Sur Karrada, premier embouteillage. Mais ça passe. Arrivée sur Saadoun, bloqués. Un quart d’heure. Une demi-heure passe. Nous n’avançons pas d’un pare-choc. Déjà, un embouteillage à Bagdad, ce n’est pas très agréable par les temps qui courent. Trop de monde, pas de possibilité de s’échapper. Les coups de fil entre mon chauffeur et les gardes, derrière, deviennent de plus en plus fréquents. La fumée noire qui s’échappe d’une voiture sur deux sature l’air. Plus besoin de fumer. Les klaxons, modèles Moyen-Orient (longs, forts, et à usages illimités) s’énervent. Une heure.

Personne ne comprend. "C’est bizarre, on a pas entendu d’explosions, ni de sirènes". Pas d’attentat pour le chauffeur. "Ou pas encore". Coups de téléphones. Pour s’excuser. Mais le fonctionnaire, notre contact, lui aussi, est bloqué à l’autre bout de la ville.  Et ne sait pas pourquoi.

La réponse vient de la rédaction en chef. « Hello Lucas, tu peux être en direct le plus vite possible ? Parce que Condi Rice vient à Bagdad !». Et merde. Bloqué au milieu de Bagdad avec un direct à faire. Au moment où la Maison Blanche annonce le départ de Condi, la radio irakienne confirme qu’elle est en fait déjà arrivée.

Au moins, nous savons pourquoi nous sommes bloqués. Quelques minutes à peine, et les hélicoptères de Blackwater survolent le centre-ville. De petits hélicos nerveux et rapides. Un bruit de grosse guêpe. Des mercenaires assis sur les marches pied, mitrailleuse en main. Chargés, pour le compte de l’armée, de s’assurer que l’embouteillage est efficace et que personne n’approche la zone verte.

Je fais part à l’équipe de l’impossible défi : demi-tour.  25 minutes avant le direct à  l’antenne. « Inch’allah », dit Ali, qui fait monter la Chevrolet sur le trottoir. Tranquille, il passe sous le nez d’un blindé irakien. Puis, d’un geste de la main, demande à un policier bien installé dans son pick-up de reculer. Chose faite, tout en maugréant une réponse peu amène avec d’autres signes de la main.

Depuis plusieurs jours, la rumeur se répandait : Bush va venir en Irak. La presse américaine s’y préparait. Au cas où. "De toutes façons, on l’apprendra certainement une fois qu’il sera parti", m’expliquait Mark.  Finalement, c’est la secrétaire d’Etat. 

La dame est en ville. Ou presque. En zone verte, pour une heure ou deux.

Voitures bloquées, il n’y ni files ni feux. Des conducteurs qui s’énervent. S’insultent par les fenêtres. Sortent des voitures pour crier plus fort. Hurlent sur les policiers. Condoleeza Rice, elle,  est venu "encourager le Premier Ministre à aller plus loin sur la voie de la réconciliation nationale." A Bagdad, aujourd’hui, ça n’avait pas l’air gagné. A moins, que, au contraire… Un embouteillage, signe fort d’unité ?

Nous sommes à l’heure pour le direct.

Bonne nuit, bonne journée,

Lucas

Lundi 14 janvier 2008 : "Nuit noire. Nuit blanche."

 

Bagdad est toujours dans le noir. Quand le soleil se couche au-delà des palmiers, derrière le Tigre, le noir s’installe. Progressivement. Mais il est là, dense. Le bruit des générateurs redouble : dans chaque rue, on tente de gagner quelques minutes de courant grâce à l’essence.

Celui de mon hôtel est énorme, mais tombe en panne souvent. Pour dix minutes, une heure, une nuit. Celui d’un grand quotidien américain, pas loin, fait un bruit de vielle 2 chevaux, 24 heures sur 24. Il n’y a pas de silence, à Bagdad. Parfois, c’est la lumière des explosions qui indique que les bombardiers américains ont largué une bombe : les groupes électrogènes font barrage au son des explosifs. Seuls les gros hélicoptères sont plus forts : il happent toute forme de son dans leur sillage.

De ma fenêtre, derrière un pâté de maison, une grande rue. Je sais qu’un convoi arrive car j’en vois d’abord les lumières. Les phares ultra-puissants des premiers blindés qui ouvrent la route. Puis les camions, et les jeeps équipés de mitrailleuses qui encadrent. Ils ne passent que la nuit. Ravitaillement de postes conjoints irako-américains, au cœur de Bagdad : nourriture, armes, munitions, argent. Et relève des troupes. Je tente de percer les mystères de la nuit, mais n’y parvient - bien sûr - pas du tout.

De ma fenêtre, je regarde les maisons des rares correspondants installés. Elles sont bien gardées : pour les anglo-saxons, 5 gardes par journalistes. Plus les chauffeurs, cuisiniers, etc.

Tiens ! Un tel, reporter d’un magazine américain, ne dort pas. Il travaille : la lumière de son écran se reflète sur son visage. Telle autre, britannique, éteint tôt : elle va val,  c’est ce qu’on dit. Depuis trois mois elle n’est pas sortie de sa maison. Mais elle ne veut pas quitter le pays. Continuer à couvrir, quel qu’en soit le prix. 
Et celui-là : qui vit 3 semaines par mois avec les soldats. Depuis 2 ans. Jeune, chaleureux, texan, si bien renseigné. Et un  rire est si puissant. Une nuit, je l’ai entendu rire. 3 heures du matin.  Depuis l’autre côté de la rue. A quoi riait-il ?

De ma fenêtre, j’observe l’ombre d’un garde au passage des convois. Un vieux monsieur, toujours un balai à la main. Qui nettoie, sans fin, la poussière devant une grille. Il est tout petit, un grand foulard autour du cou. Dans la lumière des phares, son ombre, immense, se projette sur l’immeuble. Un géant dans la nuit. Son balai à la main.

De ma fenêtre, un peu plus loin, des maisons, dans le noir. Ma propre lumière, quand elle fonctionne, devient gênante. Une insulte, presque. Une provocation. L’éteindre permet au moins de se fondre. De faire comme les autres : écouter les pannes de générateurs, regarder les phares. Ecouter le noir.

Bonne nuit, bonne journée.

Lucas

Samedi 12 janvier 2008 : "Confusion"

 

"Doctor Salam Al Kafarji" est vice-ministre de l’immigration et des déplacés. Un petit bonhomme bedonnant, souriant, et chaleureux. C’est l’un des rares membres du gouvernement à vivre en dehors de la Zone Verte. A 10 heures, il nous reçoit dans sa grande maison d’Al Yarmouk. Deux gardes à l’extérieur, deux à l’intérieur. Et les gamins qui passent la tête pour voir le journaliste. "Dans la zone verte, je suis bloqué. Il me faut des heures pour entrer et sortir. Et les gens ne me feraient pas confiance".

Il a l’un des postes les plus importants du gouvernement : l’Irak en 2008, c’est 4 millions de réfugiés. 2 millions à l’étranger, 2 millions à l’intérieur du pays, les déplacés. C’est le plus grand exode de population depuis celui des Palestiniens en 48. Le "doctor", ancien ingénieur en Agriculture, montre des cartes, des points, et analyse froidement : "Il n’y a pas de moyens d’aller chercher ceux qui sont partis à l’étranger. Mais les déplacés de l’Intérieur, je veux qu’ils puissent rentrer chez eux"

Avec une toute petite équipe, et une grosse sécurité, le vice-ministre sillonne le pays. Il va voir les sunnites, les chiites, les chrétiens, les kurdes… Il leur demande leur adresse, leur promet le retour en échange de la promesse du renoncement à la vengeance. Certains acceptent. Beaucoup refusent.

Je demande au doctor si je peux l’accompagner dans ses tournées. Il accepte. "Laissez-moi une semaine, et je vous emmène avec moi. Où vous voulez dans le pays, inch’allah."

Tout doit être organisé. Il faut s’assurer de la route. Prévenir les américains, les irakiens, les milices. Surtout "Al Sahwa", le "Réveil", la nouvelle milice sunnite armée et financée par les américains pour combattre Al Qaïda, composée essentiellement d’anciens insurgés attirés par les armes flambant neuves américaines, le permis de port d’armes, et le salaire. Quant j’en parle avec le "doctor", sourires. Son assistant me regarde étrangement, les yeux fendus.  Je ne comprends pas mais j’insiste. Rires discrets, puis plus rien.

On quitte le "doctor" avec l’envie de parcourir les camps de réfugiés avec lui. Premier barrage sur la route du retour, des peshmergas kurdes qui tiennent ce coin de la ville. Puis les miliciens du "Réveil". On passe. Muthanna, le chauffeur, et un garde du corps explosent de rires à l’une de mes questions. La tension qui persistait depuis la fin de l’interview se dissipe enfin.

"Louca, tu n’arrêtes pas de te tromper. Même avec le ministre. Tu confonds Al Sahwa et Al Shawa. Al Sahwa , c’est  le réveil mais tu dis Al Shawa, et ça c’est  l’orgasme d’une femme".

Les rires de l’équipe se poursuivent jusqu’à l’arrivée à l’hôtel. Et j’ose à peine rappeler "le doctor".

Bonne nuit, bonne journée
Lucas

Vendredi 11 janvier 2008 : "Il neige !"

 

Baoum. Baoum. Baoum. Une demi heure d’explosions. Au moment où je me couche, la nuit dernière, à 5 kilomètres de ma chambre. Les bombardiers américains achèvent leur opération contre des caches d’Al Qaida à Arab Jabour. Electricité coupée. Juste le son des explosions, derrière la rangée de palmiers, au-delà du Tigre.  Et le feulement des réacteurs des chasseur-bombardiers. Rien d’autre dans la nuit Bagdadi.

6 heures. J’ouvre les yeux. Je n’avais pas fermé les rideaux, pour suivre le ballet aérien. Ambiance étrange. Une sorte de silence feutré. Même le groupe électrogène de l’hôtel est en grève. Je me lève, un peu inquiet. J’ouvre la fenêtre. Il neige.

Neige sur Bagdad, après les bombes. Ce n’est pas le Doubs. La neige du Moyen Orient n’ose pas. Elle n’a pas été invitée. La neige ne prétend pas rester, se poser. Trop risqué. Elle est juste de passage.  Ca fait 10, 20, ou 100 ans selon les avis qu’on ne l’a pas vue ici. Les serveurs de l’hôtel ne disent rien. Ils regardent, et nettoient leurs chaussures. Mutanna appelle chez lui, à quelques kilomètres d’ici, pour parler à sa fille. « Il neige ! ». Je suis un peu jaloux. Trop tôt à Paris pour appeler Clea. Qui s’en fout, de la neige à Bagdad.

15 minutes plus tard, ce n’est plus que de la pluie glaciale. Avec Yuri et Mark, de Time, je pars pour la zone verte. Rendez-vous au pied d’un pont. Les chauffeurs nous laissent au check-point de cette entrée secrète de la Green Zone. On voit à peine les piles du pont. Un quart d’heure. Contrôle, scanners, contrôles. Les amis de Time sont précieux. Je gagne deux heures. La société de sécurité, philippine, nous parle en espagnol.

L’escorte arrive. Un américain nous fait monter dans son 4/4. Nous roulons sur le pont désert. Réservé pour la zone verte. Le Tigre est immobile. Ciel blanc. Fleuve blanc.  "My god, c’est si bon d’avoir froid, ça me rappelle chez moi, dans le Massachussets".

Nous roulons dans les avenues désertes de la zone verte. C’est vendredi, les irakiens sont de repos. Les américains calfeutrés. Etrange monde : ceux qui vivent ici ne sortent pas. L’autre, c’est la zone rouge. Le reste du pays.
Dans les bureaux, les soldats serrent leurs mugs de café comme dans n’importe quel bureau du Midwest un jour de froid. Au mur, les mots des enfants. "Merry Christmas, and Happy New Year".

On commente la météo. Oui, il neige. Tous les vols d’hélicoptère annulés ce matin. Très cordiaux, les responsables de la presse s’ennuient. Pas de journalistes, pas de boulot. Il n’y a plus de presse à Bagdad. "Toujours la même histoire", dit la jeune major de l’infanterie. "Et c’est parti pour durer".

Mark négocie, parle, discute. Il réussit à avoir confirmation : 21 tonnes de bombes en  12 heures. Bush arrive au Koweït. Ca ne fait pas très bien dans le tableau. L’Irak est poutrant si calme.
Café, cigarettes. Mais dehors. Ici aussi, on fume sous la pluie. Retour à l’hôtel.
J’appelle le professeur avec j’ai rendez-vous : "Je ne peux pas vous parler en français, je suis devant la mosquée, c’est dangereux". Je rappelle une demi-heure plus tard : "Je viens d’être arrêté. On se voit un autre jour".

La nuit tombe. Baoum. Baoum. Baoum. Le raid n’est pas terminé.

Il a neigé à Bagdad.

Bonne nuit, bonne journée,

Lucas