Notre République et sa presse graviront ensemble les sommets ou bien elles iront ensemble à leur perte. Une presse compétente, désintéressée, peut protéger cette morale collective de la vertu, sans laquelle un gouvernement populaire n’est qu’une escroquerie et une mascarade.
Joseph Pulitzer
14 décembre 2017

Rendez vous les 14, 15, 16 et 17 mars 2018 pour la onzième édition des Assises Internationales du Journalisme et de l'Information de Tours

Débats, billets, humeurs...

Les Etats généraux de la presse par Amaury de Rochegonde : Episode 4...

Amaury de RochegondeChef du service médias du magazine hebdomadaire Stratégies, Amaury de Rochegonde est également chroniqueur pour France Info. Suivant de près l'évolution des Etats généraux de la presse, il nous offre ses impressions, réactions, sous forme de billets rédigés sur le vif. Quatrième volet : "pour la charte universelle d’un métier".

Pour la charte universelle d’un métier
 
"Je ne suis pas sûr que des journalistes de Charlie Hebdo aient envie de rendre des comptes devant des journalistes de La Croix et inversement…". C’est par ces mots habiles que le patron de Bayard, Bruno Frappat, a justifié au cours d’un débat public à Radio France, le 1er décembre, sa méfiance envers ce qu’il appelle "une tour de contrôle de la déontologie de la presse française ".

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Les Etats généraux de la presse par Amaury de Rochegonde : Episode 3...

Amaury de Rochegonde

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Les Etats généraux de la presse par Amaury de Rochegonde : Episode 2...


Amaury de RochegondeChef du service médias du magazine hebdomadaire Stratégies, Amaury de Rochegonde est également chroniqueur pour France Info. Suivant de près l'évolution des Etats généraux de la presse, il nous offre ses impressions, réactions, sous forme de billets rédigés sur le vif. Deuxième volet : "Un état général de la presse écrite"


Un état général de la presse écrite
 
Les Etats généraux sont à l'image de l'état général de la presse. Voilà une grande occasion qui est donnée à cette profession de se reconstruire, de se refonder, en remettant tout à plat, en réfléchissant à la meilleure façon d’assurer son avenir. Ou comme dit Bruno Patino, "les Etats généraux historiquement, c'est le moment où tous les représentants d'une société se réunissent pour discuter de ce qui va ou de ce qui ne va pas. Donc, il y a une idée de foisonnement, de liberté de parole...".

Une liberté d'autant plus indispensable que face au désamour que connaît la presse dans l’opinion, il y a beaucoup de tabous qui doivent être levés. Et pas seulement sur l’impression ou la distribution. Prenez la fameuse crise de l'offre que traverse la presse écrite. Est-ce qu'elle ne s'explique pas aussi par la frilosité des éditeurs ? Est-ce que cette formidable fabrique de contenus en liberté qu'est Internet ne devrait pas inciter les patrons de rédaction à dire à leurs journalistes : "Allez-y, lâchez-vous, réinventez le journalisme, soyez aussi impertinents que les rue 89, les blogs ou les Agoravox ? Bousculez les frontières qui séparent les médias, allez au devant des attentes et des préoccupations de vos concitoyens, faites sauter les codes non écrits de la bien-pensance médiatique... !".

Dans l'échelle de valeurs de tout rédacteur, est-ce qu'il ne faudrait pas aussi poser la question de la place étriquée que la presse réserve à son lecteur et, à l'inverse, de la toute puissance des avis corporatistes ? Mais quel organe de représentation du lectorat pourra bien faire valoir ce point de vue si seule l’UFC-Que Choisir est en mesure de faire entendre la voix des consommateurs ? De même, on eut aimé que ces Etats généraux donnent toute sa dimension à des exemples européens ou internationaux. On sait combien la presse française est sensible, pour ses revenus publicitaires, à la conjoncture économique mondiale. Pourtant, malgré les efforts de l'Association mondiale des journaux, elle est très peu connectée au reste du monde dès qu'il s'agit de confronter les expériences ou de tirer les leçons d'initiatives extérieures. A en juger par la composition des commissions des Etats généraux, cela ne risque pas de changer de sitôt : combien d'éditeurs étrangers dans les tables rondes ? Combien de journalistes européens, asiatiques ou américains ? Combien d'acteurs du développement de la presse sur Internet venus d'ailleurs que de notre cénacle de professionnels de la profession ?

Puisqu'on en est au décompte des commissions, cela vaut la peine de s'arrêter un instant sur les professionnels qui les composent. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : imprimeur : 1 ; diffuseurs ou distributeurs : 3 ; Députés et sénateurs : 6 ; DRH, directeurs d'organisation, directeurs techniques : 8 ; journalistes, syndicats de journalistes et éditorialistes : 10 ; organisations professionnelles, régies publicitaires et agences médias : 12 ; rédacteurs en chef et directeurs de rédaction : 17 ; experts et enseignants : 29 ; dirigeants et patrons de presse : 56. Pas besoin d'être féru de sociologie ou de statistiques pour comprendre que ce qui sortira de ces Etats généraux ne peut être qu’à l'image des commissions et des sous commissions qui les animent. La vision qui en émanera sera nécessairement celle de dirigeants qui ont déjà, en d’autres lieux, l’occasion de se rencontrer et de discuter. Que ni les Sociétés de journalistes ni les sociétés de lecteurs ni le syndicat national des dépositaires de presse ne soient présents en disent long sur le degré de représentativité de « l’interprofession ».

Il faut dire les choses comme elles sont : même s’ils restent un bon "réservoir à penser" l’avenir de la presse, ces Etats généraux ont d’ores et déjà failli en ne parvenant pas à s’affirmer comme un lieu d’expression des journalistes. Il est regrettable que les 27 SDJ qui forment le Forum des sociétés de journalistes aient finalement décidé de jeter l’éponge faute de trouver leur place dans la commission de Bruno Frappat consacrée précisément… aux métiers du journalisme.  Le PDG de Bayard a pourtant bien résumé l’essentiel sur le site des Etats généraux. Oui, il y a bien des "points de souffrance" des journalistes par rapport à l’évolution ultra-rapide des technologies ou par rapport à l’avenir économique incertain qui se dessine. Mais qui mieux que le petit plumitif lambda peut parler de cette souffrance au travail qui risque de se propager comme une trainée de poudre si l’on n’y prend pas garde. Qui mieux que le pigiste, le rédacteur, le secrétaire de rédaction ou le rubriquard, bref cette armée des sans grade de la profession peut dire jusqu’où l'on peut aller dans cette convergence qui se traduit, dans les faits, par du travail supplémentaire pour nourrir les fameux tuyaux numériques ? La stratégie multicanale, à laquelle tous les éditeurs adhèrent aujourd’hui, a-t-elle seulement un sens sans cette concertation interne ? A l’heure de la crise ou chaque patron de presse devine qu’il va être très difficile de recruter, on sait bien que ce n’est pas par de gros investissements que la presse assurera son développement mais par la formation et la recherche d’une cohésion interne.

Il en va de même à propos des droits d’auteurs. Tous les éditeurs espèrent que les syndicats de journalistes accepteront d’adapter le droit d’auteur à la nouvelle réalité d’internet. On parle de rémunérations au forfait qui permettent d’inclure la production propre au web dans la sphère professionnelle des journalistes. Les SDJ auraient pu servir de trait d’union entre les syndicats et les patrons de presse, en tant que garantes morales de l’exercice du métier de journaliste. Pourtant, elles ont préféré jeter l’éponge en soupçonnant les Etats généraux de prémâcher le dessein présidentiel d’en finir avec les règles anti-concentration au prétexte d’édifier des "champions nationaux". La faute à qui ? Chacun est juge de la marge de manœuvre que laisse le président de la République aux commissions qu’il installe. Surtout quand on se souvient de l’avis de non recevoir  qu’a reçu la Commission Copé quand elle a voulu augmenter la redevance en faveur de l’audiovisuel public…

Bien sûr, tout n’est pas joué d’avance et il sortira forcément quelque chose de ces états généraux de la presse écrite. Il n’empêche que l’on entend de plus en plus souvent la critique, pour l’instant à voix basse, d’états généraux sans tiers état. Autrement dit sans journalistes, sans lecteurs et sans diffuseurs… Alors ? Alors, il convient, plus que jamais, de se remémorer les trois questions de Sieyès : "Qu’est-ce que le tiers Etat : Tout. Qu’a-t-il été jusqu’à présent dans l’ordre politique ? Rien. Que demande-t-il ? A être quelque chose".  Ces lignes furent écrites en 1789.

 

Amaury de Rochegonde

 

"Les Etats Généraux de la presse fermés à la … presse !", par Gilles Klein, journaliste...

Gilles Klein

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"Pour la création d’un Fonds d’investissement dédié à la presse", par J. Gautrand

Jacques Gautrand

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"Lu, vu, entendu aux Etats généraux de la presse", par Amaury de Rochegonde

Amaury de Rochegonde

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"A quoi sert un journaliste ?"

Journalistes, historiens, éditeurs répondent à la question...

Ils répondent... Vous aussi, participez au débat !

A quoi sert un journaliste en Chine ? A quoi sert un journaliste sous le règne de l’immédiat numérique ? A quoi sert un journaliste sportif devant un stade où il n’a pas le droit d’entrer ? A quoi sert un localier qui n’a plus d’autres confrères sur sa contrée ? A quoi sert un journaliste qui a perdu la confiance du public ? A quoi sert un journaliste au chômage ? A quoi sert un journaliste qui ne s’interroge plus sur son métier ?

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"Un monde sans journaliste ?"

Eric Le Braz

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Pub ou pas ? France 2 et Radio France réagissent

Châteauneuf et Pellegrini

  Il y a quelques mois le Président de France Télévision se battait pour une nouvelle coupure publicitaire en soirée. Le président de Radio France réclamait l’ouverture de ses antennes à la publicité commerciale. Dans les rédactions on dénonçait cette atteinte aux principes du service public. Dans le grand tohu-bohu de sa conférence de presse Nicolas Sarkozy a balayé ces vieilles querelles. Il n’y aurait plus de publicité dans l’audiovisuel public.

Toutes celles et ceux qui n’ont pas été consultés affirment s’en réjouir, mais que pensent les rédactions de ce joli contre-pied ? Face à face pour Journalisme.com : Nicolas Chateauneuf, président de la SDJ de France 2 et Vincent Pellegrini, président de la SDJ de Radio France. 

 

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